Vinification : ces vignerons qui produisent leur SO2 à partir de soufre minéral
Attachés à l’origine naturelle des produits qu’ils utilisent, les membres de la Cuma libre en Beaujolais ont investi dans une machine à produire du SO2 à partir de soufre minéral. Un soufre qui ne serait pas allergisant.
Parce que de plus en plus de personnes ne souhaitent pas de sulfites dans leur vin et parce qu’ajouter du SO2 d’origine pétrochimique dans ses vins bio lui posait question, Olivier Renard, vigneron à Villié-Morgon, dans le Rhône a décidé de produire lui-même son SO2 à partir de soufre minéral de qualité alimentaire. « Pour moi, c’est un bon compromis pour la qualité des vins et un enjeu de santé publique », explique-t-il. Le soufre en question est extrait du sous-sol, dans une mine en Pologne. Avec un mode de production qui le laisse indemne de métaux lourds, qui pourraient être responsables des allergies, selon lui.
L’idée de produire son SO2 en faisant brûler du soufre solide vient d’un vigneron du Val de Loire qui avait bricolé une installation. Le principe a été repris et amélioré en Bourgogne, puis par Cédric Moussé, vigneron à Cuisles, dans la Marne et un chaudronnier de Châtillon-sur-Marne, qui commercialisent un dispositif complet et sécurisé, avec joints en viton, tuyaux résistants, etc.
« Je suis en viticulture bio et biodynamique et je n’utilise aucun produit œnologique sauf le soufre. C’est pourquoi je me suis penché sur la question, explique Cédric Moussé. Nous avons mis quatre ans à développer le système de combustion avec Yves Colle. J’ai déposé le brevet, c’est lui qui les fabrique et qui les vend. »
Un matériel très adapté pour des groupes de vignerons
La machine vaut environ 6 000 euros. C’est donc un investissement. Mais son usage est très adapté pour des groupes de vignerons. En Beaujolais, ce matériel a été acquis par la Cuma libre pour une trentaine de domaines.
« Ce n’est pas compliqué, il suffit de lancer l’allumette dans la chambre de combustion et c’est parti ! », appuie Olivier Renard qui conseille tout de même de bien lire la notice technique avant de débuter. Depuis un an, le vigneron du Beaujolais a supervisé trois à quatre cycles de fabrication pour l’ensemble du groupe. Même si l’exercice ne lui paraît pas difficile, il ne représente pas le cœur de son métier et il verrait bien une entreprise de prestation reprendre cette activité, une fois la machine amortie.
Le SO2 revient à moins d’un centime par bouteille
Pas de consigne particulière pour conserver la solution, mis à part de disposer de bidons bien fermés. Olivier Renard vérifie la concentration en SO2 avant utilisation. Il n’a pas constaté de déviation jusqu’à présent. Seule petite réserve, la solution sulfureuse ainsi obtenue dégage une odeur assez forte par rapport aux produits du commerce.
« Nous réconcilions le monde des vins nature et le conventionnel »
« Nous voyons un effet positif car nous utilisons moins de sulfites, se félicite Olivier Renard. Je mets 10 mg/l à la mise et mes bouteilles tiennent facilement deux à trois jours une fois ouvertes. Nous avons la digestibilité des vins nature mais nos vins sont tout de même protégés. »
« Nous réconcilions le monde des vins nature et le conventionnel, résume Cédric Moussé. Avec notre soufre, je connais au moins trois personnes sensibles qui n’ont pas été malades après avoir bu nos champagnes. J’ai fait analyser la solution de SO2 que nous obtenons et elle ne contient aucun métal lourd. »
« Nous constatons aussi que ce SO2 est moins agressif au niveau organoleptique », avance Olivier Renard. Mais il admet manquer encore de repères pour savoir comment ce SO2 va se comporter dans les vins : comment va-t-il se combiner ? Est-il possible de diminuer encore la dose ? Autant de questions auxquelles l’expérience apportera des réponses.
SO2 : l’important, c’est la dose
Arnaud Immélé, œnologue et consultant
« Dans les deux cas, le SO2 est obtenu par combustion de soufre jaune »
Pour ma part, je suis plutôt pour éviter de mettre du SO2, car c’est l’intervention la plus intrusive dans le processus de vinification. Ce produit a un large impact sur la biologie, l’oxydoréduction, les processus enzymatiques. Je reste persuadé que nous avons les moyens de faire des vins sans sulfites qui ne soient pas piqués ou déviés. Mais pour cela, il ne faut pas se fermer des portes et s’interdire ce qui permet justement de se passer du SO2, comme l’utilisation de levures. »