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« En vigne, la combinaison d’outils limite nos émissions de carbone »

Vignerons à Martigné-Briand, à trente minutes d’Angers, Catherine et Frédéric Roger ont saisi l’opportunité offerte par le dispositif du Bon diagnostic carbone pour analyser leurs émissions et capacités de stockage carbone. Une expérience riche d’enseignements.

Grâce au dispositif Bon diagnostic carbone, Frédéric et Catherine Roger ont pu évaluer l'impact de leurs choix à la vigne et au chai en termes d'émissions de gaz à effet de serre.
Grâce au dispositif Bon diagnostic carbone, Frédéric et Catherine Roger ont pu évaluer l'impact de leurs choix à la vigne et au chai en termes d'émissions de gaz à effet de serre.
© C. Gerbod

Début 2022, lorsque Mathieu Jehanno, conseiller en charge de l’atténuation du changement climatique à la chambre d’agriculture des Pays de la Loire, leur a proposé le dispositif du Bon diagnostic carbone, Catherine et Frédéric Roger n’ont pas hésité. « Notre état d’esprit est de produire les plus beaux raisins en respectant la vie du sol et l’environnement, expose le vigneron. Faire le point sur nos émissions nous paraissait logique. C’est essentiel de répondre au défi climatique. »

Sa femme s’est associée avec lui en 2020 pour donner un nouvel élan à son domaine familial angevin, situé à Martigné-Briand, sur la commune de Terranjou. Ils l’ont rebaptisé Sagesse des sols et ont engagé la conversion en bio.

Un coût modique grâce au dispositif Bon diagnostic carbone

Ce Bon diagnostic carbone tombait à pic. Prévu par le volet agricole du plan gouvernemental France relance, le dispositif était réservé aux jeunes agriculteurs installés depuis moins de cinq ans (1). À ce titre, Catherine Roger pouvait en bénéficier. Pris en charge à 90 % par l’Ademe, il ne leur est resté que 157,50 euros HT à débourser.

La chambre d’agriculture des Pays de la Loire utilise l’outil de mesure de l’empreinte carbone adapté à la filière viticole qu’elle a élaboré et que l’Ademe a validé. La promesse du diagnostic est aussi de baisser ses charges d’exploitation et d’optimiser ses revenus. La démarche englobe également une réflexion sur les adaptations au changement climatique (voir encadré).

Les informations à entrer dans l’outil de mesure notamment sont extraites du bilan comptable, de la déclaration de récolte ou encore de la déclaration PAC. Le calcul s’est basé sur l’année 2020.

Une restitution des résultats collective

L’outil intègre les dépenses énergétiques liées aux itinéraires techniques : enherbement un rang sur deux, broyage des sarments, engrais tous les quatre ans, effeuillage pneumatique sur une seule face… C’est la conduite générale qui est prise en compte, une parcelle qui serait gérée totalement différemment n’est pas distinguée.

« Le modèle se base sur des référentiels de consommation selon les outils. Pour une combinaison, il va prendre l’outil le plus énergivore, enlever le passage des autres outils et rajouter un supplément de consommation », décrit Frédéric Roger. Nombre de passages, type de matériel, puissance, vitesse de travail sont répertoriés. Le calcul inclut des données sur le chai, via les consommations d’électricité et les contenants utilisés pour le conditionnement.

Mathieu Jehanno a restitué les résultats lors d’un rendez-vous collectif en mai 2022, avec quatre autres exploitations ayant également fait appel au dispositif. Catherine et Frédéric Roger ont mesuré leur chance d’avoir un vignoble regroupé malgré leur surface relativement étendue (30 hectares). En revanche, ils ont été un peu déçus que les quelques haies et arbres présents sur l’exploitation offrent peu de possibilités de stockage carbone.

Mais ils ont réalisé la portée des efforts engagés. « On s’est dit que nos résultats étaient bons et cohérents, se félicite Catherine Roger, cela nous a confortés dans nos choix ».

Un point zéro pour aller encore plus loin

Le diagnostic a fait état de 48 928 kg équivalent CO2 émis pour 2020 et d’un stockage additionnel de 22 177 kg équivalent CO2, donc d’une compensation de 45 %. Sur la seule partie viticole, le domaine a même plus que compensé avec un taux de 113 %.

Face à ces données, Catherine Roger a regretté un manque de références pour évaluer la performance du domaine par comparaison, faute d’exploitations comparables. Reste que ces chiffres donnent un point zéro.

La combinaison d’outils systématisée par Frédéric Roger depuis 2019 est apparue comme le point fort du domaine pour limiter les émissions. Le vigneron privilégie les outils portés et n’hésite pas à en adapter. « Travailler avec une colonne latérale est plus confortable. Préserver l’environnement c’est aussi préserver les hommes. C’est plus facile de travailler le cavaillon en ayant les outils sous les yeux », estime Frédéric Roger. Il combine jusqu’à trois outils, par exemple un rolofaca à l’avant, un disque émotteur entre les roues et une rogneuse un rang à l’arrière.

« Il faut avoir un vignoble adapté », admet-il. En plusieurs années, il a donc progressivement modifié 500 bouts de rangs pour pouvoir tourner plus facilement. Aujourd’hui, le gain en temps et énergie est pour lui évident. Il a aussi décidé de rouler les couverts avec un rolofaca. Les tontes évitées contribuent à limiter les émissions de gaz à effet de serre (GES) grâce à une limitation du nombre de passages et à une amélioration de la biodiversité. Il regrette que dans les exploitations environnantes, le fauchage reste la règle.

De nouveaux projets à mettre en œuvre

Les vignerons travaillent sur leur plan d’action. Ils prévoient par exemple une nouvelle combinaison pulvérisation-binage du cavaillon sur les rangs enherbés. Autre piste, une amélioration de l’écoconduite. Pour disposer d’un tracteur dédié aux travaux nécessitant peu de puissance, Frédéric Roger s’interroge sur la possibilité de troquer son tracteur 60 chevaux de l’année 1998 pour un 40 chevaux d’aujourd’hui, moins énergivore, voire plus tard d'opter pour un tracteur électrique. Mettre des moutons dans les vignes l’hiver pourrait aussi enlever un passage. À moyen et long terme, les Roger se posent également la question d’ajouter des haies. Dans l’immédiat, ils vont se concentrer sur l’entretien de celles déjà existantes et sur celui de leurs deux mares. Pour le chai, ils vont étudier un système qui permettrait de limiter la climatisation en récupérant de l’air extérieur à certains moments de la journée.

Une expérience satisfaisante et stimulante

Au final, ils sont très satisfaits de leur expérience. Est-ce qu’ils se seraient lancés s’il avait fallu payer la prestation entièrement ? « La réduction de coût était très incitative », avoue Catherine Roger. « On se rend compte que le plus gros frein c’est l’humain. Il faut être prêt à faire évoluer ses pratiques », prévient Frédéric Roger. « Dans notre cas ce n’est pas une contrainte, cela fait partie de notre approche qualitative », pointe la vigneronne.

Frédéric Roger estime qu’investir dans un diagnostic vaudrait le coup pour un rachat d’entreprise ou même dans le cadre d’un gros projet comme la transformation d’un bâtiment, afin de faire les bons choix.

L’intérêt réside aussi dans la communication. Les Roger ont ainsi évoqué leur diagnostic carbone dans la newsletter annuelle qu’ils envoient à leurs clients professionnels. « Ce sont des cavistes indépendants, plutôt spécialisés sur les vins bio, biodynamiques et nature. Ils sont sensibles à ce genre de démarche », précise Catherine Roger. Ils l’ont aussi cité dans la newsletter annuelle envoyée à leurs clients.

Pourront-ils monétiser leurs efforts lorsque le label Bas carbone sera en place ? La perspective leur paraît très hypothétique en l’absence d’informations sur le futur système. Pour eux, l’optimisation de leurs pratiques est déjà un enjeu important. « L’approche globale nous a intéressés. Nous y avons vu un moyen d’avancer sur le plan économique et agronomique », apprécie Catherine Roger. Et si demain, l’affichage environnemental s’installe sur les étiquettes ou si la législation se durcit, ils ne seront pas pris au dépourvu.

(1) Le dispositif a ensuite été étendu à l’ensemble des exploitations agricoles. Il était prévu qu’il s’arrête en 2022 mais il peut encore rester des possibilités localement.

repères

Surface 30 hectares

Mode de conduite conversion bio depuis 2020

Emploi 2 salariés équivalent temps plein + saisonniers

Encépagement chenin, chardonnay, cabernet franc, cabernet sauvignon, grolleau noir, grolleau gris, pinot noir, pineau d’aunis

Commercialisation vente directe et cavistes (production de 40 000 bouteilles par environ), négoce et vente de raisins sur pied

Les étapes du diagnostic carbone

- diagnostic carbone de l’exploitation pour identifier son impact sur les gaz à effet de serre (GES) = une demi-journée.

- diagnostic de vulnérabilité au changement climatique et échange sur les différents leviers disponibles pour améliorer ce bilan = une journée en groupe.

- mise en place d’un plan d’action en identifiant les leviers intéressants sur le plan agronomique et économique. L’objectif peut être la réduction des GES émis mais aussi diminution des intrants ou l’adaptation au changement climatique = une demi-journée individuelle ou en groupe.

- suivi individuel six à huit mois après = une demi-journée (cette phase n’a pas encore été réalisée par Sagesse des sols).

 

La bouteille verre a un fort impact

Les bouteilles verre pèsent à elles seules 57 % des émissions du domaine Sagesse des sols, bien que Catherine et Frédéric Roger aient déjà choisi des modèles allégés.

 

 
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Si l’on exclut les contenants, la viticulture concentre 92 % de leurs émissions de GES.

 

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