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Eau de pluie : comment favoriser sa récupération par les vignes ?

L’eau était au cœur des septièmes Assises des vins du Sud-Ouest, le 13 janvier dernier. S’il a beaucoup été question d’irrigation, les intervenants ont également évoqué l’utilisation de l’eau pluviale par les vignes.

L'enherbement fait partie des pratiques culturales favorisant la captation de l'eau pluviale dans les vignes.
L'enherbement fait partie des pratiques culturales favorisant la captation de l'eau pluviale dans les vignes.
© C. Nadaillac

Les Assises des vins du Sud-Ouest 2023, organisées par l’IFV Sud-Ouest et l’Interprofession des vins du Sud-Ouest avaient pour thème « Eau, territoire et viticulture ». « Le scénario qui se dessine est celui de pluies abondantes mais irrégulières, avec des épisodes pouvant par exemple concentrer 50 % des cumuls de l’année sur douze à vingt jours. L’eau de pluie est là mais il faut s’adapter à sa variabilité dans l’espace et dans le temps », a posé Jean-François Berthoumieu, président de l’Association climatologique de la Moyenne Garonne (ACMG).

Réduire le ruissellement et favoriser l’infiltration

L’un des enjeux majeurs est donc d’optimiser la récupération de cette eau par les vignes. Les pratiques culturales doivent limiter le ruissellement, favoriser l’infiltration de l’eau dans les sols et sous-sols, faciliter la recharge des nappes alluviales et le stockage de l’eau dans les zones humides, a rappelé Jean-François Berthoumieu.

« Si la végétation n’est pas suffisamment alimentée en eau par le sol, elle n’évapotranspire pas », a-t-il ajouté. Avec pour conséquence une limitation de son rôle de climatiseur (voir encadré). Il invite donc à économiser de l’eau d’irrigation tant qu’il ne fait pas plus de 33/34°C pour pouvoir utiliser cette eau les jours de canicule, afin d’évapotranspirer au travers des végétaux et ainsi « réduire à grande échelle l’amplitude thermique ; 200 mm c’est - 4 °C d’amplitude thermique journalière ».

Limiter les phénomènes d’auto-ombrage

Thierry Simonneau, directeur de recherche à l’Inrae, a exposé le concept d’efficience de l’utilisation de l’eau (EUE). Au niveau de la plante et du cycle, elle rapporte le rendement de la vigne et la quantité totale d’eau qu’elle consomme. À l’échelle de la feuille, l’EUE met en relation la réduction de l’assimilation du carbone (photosynthèse) et la transpiration. Lorsque la surface foliaire augmente il y a un effet d’auto-ombrage, a-t-il souligné.

D’où l’importance de choisir un système de taille et de palissage approprié. « Pour un même objectif de production, le palissage vertical haut en espalier à forte densité de pieds (1,80 m entre rangs, 1 m entre pieds) présente une EUE nettement meilleure que le même palissage à faible densité de pieds (3,60 m entre rangs, 1 m entre pieds) du fait de la forte densité de rameaux par mètre linéaire de rang dans ce dernier système », a-t-il illustré.

Repérer les sols disposant d’une réserve utile en eau

Alain Deloire, professeur à l’institut Agro Montpellier, a rappelé que les besoins totaux en eau de la vigne sont de 250 à 350 litres d’eau pour produire un litre de moût. Pour améliorer le fonctionnement de la vigne en cas de manque d’eau, il a cité divers leviers d’action : la taille non mutilante, l’irrigation d’appoint (en portant une grande attention à la date de mise en œuvre), l’hydrologie (permaculture et keylines…), l’ombrage des vignes, la gestion du rendement et de la surface foliaire, la fertilisation foliaire, l’enherbement et la vie du sol (matière organique, biochar…). À plus long terme, il a pointé l’importance de raisonner le porte-greffe et les variétés en fonction de leur comportement face à la gestion de l’eau, ainsi que de faire évoluer la densité de plantation et les systèmes de conduite.

Thierry Dufourq, ingénieur à l’IFV a considéré que la caractérisation du comportement des variétés et cépages était un enjeu majeur. Il a martelé que la réserve en eau du sol était le premier réservoir en eau de la vigne et qu’il fallait « favoriser dès à présent les plantations sur des sols à forte réserve utile avec porte-greffe associé ».

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L’eau verte, source de climatisation

Jean-François Berthoumieu, président de l’ACMG, distingue trois types d’eau douce :

- « L’eau bleue » tombe du ciel, circule dans les rivières, se stocke dans les lacs et les nappes phréatiques et rejoint l’océan. Elle représente le tiers des flux d’eau douce.

- « L’eau verte » s’évapore des sols ou des plantes, contribue à nous climatiser et à provoquer la pluie. Il l’évalue au deux-tiers des flux.

- « L’eau grise » sort de nos maisons pour être traitée par les stations d’épuration. Elle ne pèse que « quelques dixièmes de pourcent ».

Des mesures ont fait état de 12 degrés d’écart entre des vergers irrigués et une zone de chaumes voisine. Le scientifique souligne donc que la vigne détient un rôle de climatiseur car elle produit de l’eau verte. Un rôle qu’il appelle à mettre en valeur auprès des urbains et voisins proches de vignobles.

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