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Arracher et complanter sans se planter

Le remplacement d’un cep mort ou malade est de plus en plus mécanisé. Petit tour d'horizon des machines existantes qui soulageraient les viticulteurs.

L’essor des maladies du bois est à l’origine d’une augmentation de la mortalité des ceps. Dans un contexte d’augmentation des tailles d’exploitation, la mécanisation de la complantation devient incontournable. Pour limiter la perte de production d’une parcelle, il est important que le jeune plant ait les meilleures conditions pour se développer. Cela passe par le choix de plants avec ses racines, dont la mise en place doit être effectuée avec soin (racines orientées en bas), mais aussi par la préparation du sol. Comme dans la mise en place d’une nouvelle plantation, il est important d’avoir un sol débarrassé de toutes racines. L’idéal est de réaliser les deux opérations (enlèvement des racines et travail du sol) avec le même outil. Cependant, tous les viticulteurs ne complantent pas tous les ans et préfèrent enlever le bois mort en perturbant au minimum le sol. Ce dernier reste ferme sur l’interrang et donc stable pour circuler avec des engins. Néanmoins, s’il n’est pas nécessaire de complanter tous les ans, il est recommandé d’enlever les bois malades ou morts le plus tôt possible. Cela évite la propagation de la maladie aux pieds voisins.

Pour extraire le cep tout en minimisant le défonçage du sol, il existe plusieurs techniques. Le câblage à l’aide d’une chaîne et d’un treuil monté sur trépied (notamment pour les zones les plus pentues non mécanisables) ou d’un engin de manutention reste fastidieux et lent : préférez un arrachage vertical, qui limitera les ruptures de racines. Pour gagner en productivité, de plus en plus de constructeurs ont conçu des pinces d’arrachage montées sur platine, sur le relevage du tracteur ou sur le bras d’une minipelle ou d’un porteur. Selon le constructeur, cette pince propose une ou deux mâchoires mobiles qui viennent serrer la base du cep, avant de soulever le tout. Sur les modèles à une seule mâchoire mobile, il faut veiller à bien coller la partie fixe contre le cep, à défaut de quoi le cep risque de se rompre lorsqu’on resserre la pince.

Préparer la plantation en même temps qu’assainir le sol

Cette méthode ne permet d’extraire qu’une partie des racines. Or, certaines maladies, notamment cryptogamiques comme le pourridié, nécessitent l’enlèvement d’un maximum de racines pour éviter la contamination des pieds voisins et du complant. Un travail profond (50 cm) prépare le sol pour la future plantation : un sol bien émietté et aéré favorise la reprise du complant. Le travail du sol doit également être large pour limiter le développement racinaire des pieds voisins qui pourraient concurrencer le jeune complant, quitte à éliminer quelques racines de ceux-ci.

Pour extraire les racines et travailler le sol, il existe toute une diversité d’outils. Le godet sur minipelle figure parmi ces solutions : le fond plein peut être un facteur limitant au débit de chantier, quand les conditions deviennent collantes. Celui-ci présente l’avantage de ne pas perturber les horizons de sol tout en décompactant ce dernier. La profondeur de travail reste limitée à la dimension de l’outil, qui tend à sectionner les racines. Le godet de type fléco figure aujourd’hui parmi les outils les plus plébiscités pour combiner arrachage et préparation de la plantation. Ajouré, il permet de creuser profondément et de laisser passer la terre, tout en retenant le cep et une majeure partie des racines. Plusieurs variantes sont proposées sur le marché. Le girondin Jeko et le vauclusien NR Inov Concept déclinent une version sur minipelle avec un godet déporté pour travailler plus facilement sous les fils de palissage : seule limite, l’opérateur ne travaille que sur un rang à la fois, contrairement au fléco centré. Le girondin Guyard propose de son côté une version entre-roues sur tracteur enjambeur, montée sur parallélogramme pour venir arracher sur le rang. Nicolas Rogier affiche également à son catalogue, un godet ajouré vibrant pour améliorer le passage de la terre.

Autre outil utilisé, la tarière. Il en existe deux types : avec vis sans fin ou simplement avec deux lames de chaque côté de l’axe. Si elle convient bien pour la plantation de piquet, la première n’est pas adaptée à l’arrachage des ceps morts ou malades. La seconde convient mieux, même si elle ne permet pas de conserver l’intégrité du système racinaire pour en enlever le maximum. Utilisée également pour la plantation, la tarière tend à lisser les bords du trou, surtout dans la déclinaison avec vis sans fin : dans certaines terres, ce lissage constituera une barrière physique ralentissant le développement du système racinaire du complant.

Deux outils pour mécaniser la complantation

Pour ce qui est de la complantation à proprement parler, il existe deux solutions pour faciliter la mise en terre des plants avec racines longues. Ces derniers ont 1,5 fois plus de chance de reprise que des plants sans racine, à condition de bien disposer les racines vers le bas. Pour y parvenir, le plantoir Plavi est un outil manuel, facturé 229 euros, dans lequel on enferme le plant, avant de l’enfoncer dans un sol préalablement ameubli et dont les mâchoires s’écartent lorsqu’on ressort du sol. L’autre solution est la complanteuse NR-120 de NR Inov Concept. Montée sur tracteur ou sur minipelle, cette machine se compose d’un tube permettant d’y insérer un plant en pot. L’extrémité basse comprend deux pièces mobiles creusantes, fermant le tube en rotation quand on l’enfonce. La rotation s’inverse et ces deux pièces s’ouvrent, libérant le complant, quand on relève l’outil. L’extrémité haute du tube comprend une trappe par laquelle on introduit le plant et son tuteur. À cela, s’ajoutent deux dents sur les côtés du tube servant à casser le lissage généré par le tube, ainsi qu’un système d’arrosage automatique, combiné à une réserve d’eau, qui s’enclenche lorsqu’on retire l’outil du sol.

Fertiliser et arroser pour une bonne reprise

Au moment de la complantation, il est important de fertiliser et d’arroser le jeune plant, afin de favoriser son développement et sa mise en production. Certains combinent les deux opérations en intégrant la fertilisation dans la cuve d’eau. Dans l’idéal, il est préférable de revenir arroser les complants la première année, si les conditions deviennent sèches. Il convient également d’entretienir le sol pour limiter la concurrence avec l’enherbement.

Arracher et préparer avec un bon débit de chantier

À la tête d’une exploitation d’une centaine d’hectares à Criteuil-la-Magdeleine en Charente, David Bitaud est confronté à des problèmes de mortalité liés à l’esca, dont certaines parcelles avec des taux annuels dépassant les 10 %. Dans ce contexte, le viticulteur a cherché une solution productive pour arracher les ceps morts. "La minipelle permet de travailler sur deux rangs, mais est limitée par sa vitesse d’avancement. C’est la raison pour laquelle j’ai demandé à mon concessionnaire d’équiper mon tracteur interligne d’une pelle rétro sur le relevage avant en déportant les commandes en cabine. Il suffit de quelques secondes pour descendre les pieds stabilisateurs et être pleinement fonctionnel. La position avant de la pelle rétro est confortable et ergonomique." Le viticulteur a également demandé à son concessionnaire de construire un outil d’arrachage sur le principe de la sarclette. En forme de U, l’outil passe sous le cep mort, s’enfonçant à 30 cm de profondeur. "En un seul mouvement, je décompacte le sol et je permets un arrachage facile du cep avec une bonne partie de ses racines. Le tout sans déplacer de terre. Et quand je viens complanter au printemps, le sol est encore meuble." La seule contrainte en amont consiste à couper le cep à 20 cm du sol à l’automne, après l’avoir marqué en août. "Le fait de couper permet de le repérer rapidement et d’avancer plus rapidement entre les ceps marqués : dans une parcelle atteinte par 5 % de pieds malades, j’arrache entre 100 et 150 pieds à l’heure."

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