Variétés de blé tendre : les mélanges montrent leurs atouts face aux aléas climatiques
Les mélanges variétaux en blé tendre dépassent les 30 % dans certains territoires. Ils assurent une meilleure stabilité des rendements et marquent leur différence lors des années difficiles, à forte pression parasitaire par exemple. À condition de choisir la bonne association de variétés…
« Les mélanges variétaux de blé représentent aux alentours de 20 % de la surface de blé tendre et tendent à se stabiliser à ce niveau, selon Alexis Decarrier, animateur blé tendre à Arvalis. Il existe de fortes disparités entre régions : plutôt de l’ordre de 5 % de mélanges dans le Nord-Pas-de-Calais et 30 % en zone ouest. » La technique s’est largement démocratisée.
Des distributeurs commercialisent des mélanges variétaux prêts à l'emploi aux agriculteurs. « Nous en proposons deux à nos adhérents, un pour les premiers semis (précoces), avec les variétés Kingkong, Pondor et RGT Arpegio, et un pour les semis plus tardifs, composé de Thermidor, Conquistador et SU Pulsion », présente Philippe Pluquet, responsable agronomique de Noriap, coopérative de Normandie et des Hauts-de-France.
Ces mélanges répondent aux agriculteurs qui recherchent, entre autres, la simplicité dans leurs emblavements. Au lieu de cultiver plusieurs variétés pures de blé dans différentes parcelles, ils choisissent un mélange variétal qui réunit toutes les qualités requises en termes d’agronomie et de qualité. « Il y a moins de risques de rester avec du stock de semences à la fin des semis et, potentiellement, un léger gain de tolérance aux maladies, remarque Philippe Pluquet. Avec nos mélanges, nous notons également un petit gap de rendement, jusqu’à plus de 2 quintaux par hectare certaines années par rapport à des variétés cultivées en pur, mais moins d’autres années (+ 1 q/ha en 2025). »
Jusqu’à 10 q/ha entre mélange et variétés en pur à forte pression maladie
Arvalis a mesuré les écarts entre mélange et variétés pures de blé. « Sur 171 essais entre 2008 et 2023, la moyenne de gain est de 0,5 q/ha en faveur du mélange, présente Philippe Du Cheyron, spécialiste variétés céréales à Arvalis. Mais par très forte pression maladie, le gain de rendement est plus élevé, de 3 à 10 q/ha. »
Quelles sont les précautions à prendre quand on constitue soi-même le mélange variétal ? Plusieurs règles s’imposent : éviter de cumuler les mêmes sensibilités à des maladies ou à la verse dans les variétés choisies, avoir un mélange de qualité homogène avec des variétés panifiables et choisir des blés de précocité proche à la montaison et à l’épiaison. Ce dernier paramètre est important pour obtenir une maturité des grains homogène à la récolte, « mais aussi pour l’application de fongicides ou de régulateurs de croissance sur des blés qui devront être homogènes aux dates de montaison et d’épiaison », souligne Philippe Pluquet. Une garantie pour obtenir la meilleure efficacité possible des applications sur l’ensemble des plantes.
La tolérance à la septoriose est à privilégier dans les mélanges de variétés. « Il est préférable de ne pas dépasser le seuil d’un quart de variétés sensibles à cette maladie au sein du mélange pour limiter son impact, précise Philippe Du Cheyron. En 2024, année marquée par une pression septoriose exceptionnelle, les mélanges affichaient 10 % de symptômes en moins dans nos essais que la moyenne des variétés qui les composent prises isolément. »
Un levier pour une meilleure adaptation au changement climatique
L’effet « mélange » sur la diminution de la verse est aussi bien observé. « Les variétés jouent entre elles un rôle de soutien mutuel, comme un effet tuteur. Plus l’écart de verse entre les variétés est marqué, plus le rendement du mélange dépasse celui des variétés conduites séparément », remarque le spécialiste d’Arvalis.
Des agriculteurs réalisent leurs mélanges variétaux, en produisant leurs propres semences pour en économiser le coût. Ces mélanges approchent parfois les dix variétés. Selon Philippe Du Cheyron, « plus on rajoute des variétés dans le mélange, plus on stabilise le rendement, mais le gain de production devient faible en ajoutant toujours plus de variétés. » L’argument de mieux résister aux aléas climatiques est parfois avancé, notamment dans les situations à faible potentiel. « Le mélange est un levier pour une meilleure adaptation au changement climatique en apportant davantage de robustesse au système et de la diversité génétique intraparcellaire », témoigne Anne-Laure Fuscien, conseillère de chambre d’agriculture.
Arvalis teste depuis 2022 des mélanges originaux, avec des variétés à composantes de rendement très différentes et des mélanges avec des profils précoces et tardifs. Le but : observer le comportement de ces mélanges variétaux face aux aléas climatiques changeants. « Le mélange qui diversifie les précocités est meilleur que celui avec diversité de composantes rendement, rapporte Philippe Du Cheyron. Mais il faut rester prudent sur ces résultats. »