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« Nous allons revenir à la balance commerciale agroalimentaire de 1978, la France n’était alors pas autosuffisante ! » alerte Sébastien Windsor

Le président de Chambres d’Agriculture France a alerté ce 18 septembre sur la dégradation du commerce extérieur français sur le secteur agroalimentaire, à l’occasion de sa conférence de rentrée.

4 représentants des chambres d'agriculture lors d'une conférence de presse.
A gauche, Thierry Pouch, économiste, responsable du service études économiques et prospective à Chambres d’agriculture France et Sébastien Windsor, président de Chambre d’Agriculture France, le 18 septembre lors de la présentation des chiffres du commerce extérieur agroalimentaire français.
© Chambres d'agriculture de France

Après un excédent de 4,9 milliards d’euro en 2024, soit le plus faible depuis 25 ans, la France pourrait voir sa balance commerciale agroalimentaire frôler le déficit en 2025, selon Thierry Pouch, économiste, responsable du service études économiques et prospective à Chambres d’agriculture France.

En cumulé à fin juillet 2025, l’excédent commercial agroalimentaire de la France se fixe en effet à 1,2 milliard d’euros, soit un recul de 82% sur un an. 

« On va revenir à la situation de la balance commerciale de 1978, la France n’était alors pas autosuffisante pour son alimentation » alerte Sébastien Windsor, ce 18 septembre en conférence de rentrée de Chambres d’agriculture France. 

Lire aussi : Agroalimentaire : pourquoi le solde commercial est-il si dégradé cette année ?

Des importations en hausse de 16% depuis janvier

Une dégradation de la balance commerciale agroalimentaire qui s’explique par une augmentation limitée des exportations (+1% sur les 7 premiers mois de l’année par rapport à l’année précédente) face à une progression beaucoup plus marquée des importations (+16%). 

« Sur la période notre déficit est d’1,2 milliard d’euros avec l’Union européenne et notre excédent de 2,3 milliards vers les Pays tiers mais en chute de 50% », précise Thierry Pouch. 

Evolution du solde agroalimentaire de la France

Courbes du solde agroalimentaire français

Source : chambres d’agriculture France/Agreste

Relire : Commerce extérieur : pourquoi le solde de l’agroalimentaire atteint un plus bas historique

Quelle évolution du solde agroalimentaire par secteur ?

En détail, Chambres d’agriculture France rappelle que le solde commercial des céréales a reculé de 17% entre juillet 2024 et juillet 2025 et ce du fait de la baisse des exportations de 16% (sur fond de conflit diplomatique avec l’Algérie) et de la hausse des importations de 5%. 

Solde commercial français des céréales

Solde commercial des céréales

Source : chambres d’agriculture France/Agreste

Lire aussi : Sénalia : des exportations céréalières divisées par deux en 2024-2025

Les produits laitiers, se positionnant généralement sur la troisième place du podium des secteurs agroalimentaires les plus excédentaires, ont aussi vu leur excédent chuter de 37% entre juillet 2024 et juillet 2025, du fait du faible augmentation des exportations (+2%) contre une hausse des importations de 19%.

Jamais mes grands-parents, éleveurs en Normandie, n'auraient cru ça !

« Si on extrapole, la courbe des importations va bientôt passer au-dessus des exportations, on va bientôt devenir importateurs nets de produits laitiers. Jamais mes grands-parents, éleveurs en Normandie, n’auraient cru ça ! », commente alors Sébastien Windsor.

Solde commercial français des produits laitiers 

Solde agroalimentaire des produits laitiers

Source : chambres d’agriculture France/Agreste

Le secteur des boissons a vu pour sa part son solde commercial reculer de 3,5% entre juillet 2024 et juillet 2025, du fait d’une baisse des exportations de 3,6%. Face à la menace des taxes Trump, les acheteurs étrangers ont eu un réflexe de stockage ces derniers mois. 

Déjà déficitaire, le secteur des fruits et légumes voit pour sa part sa balance commerciale s’enfoncer avec un déficit qui s’aggrave de 84% entre juillet 2024 et juillet 2025 pour les légumes et de 11% pour les fruits. 

Entre 2024 et 2025, Chambres d’Agriculture France a calculé un coefficient de contribution à la dégradation du commerce extérieur pour les filières précédentes : céréales (36%, la plus grande part dans la dégradation), produits laitiers (26%), légumes (14%), boissons (13%) et fruits (10%), signale Thierry Pouch.

Lire aussi : Droits de douane : un accord UE-USA « déséquilibré », « source d’inquiétude majeure » pour les filières agricoles 

Des plans d’action à décliner dans chaque filière selon Chambres d’Agriculture France

Cette situation est-elle provisoire ou marque-t-elle l’érosion structurelle de la compétitivité de la France ? « Cette dégradation ne date pas de 2024 mais il nous faut une réaction agressive face aux attaques américaines », commente Sébastien Windsor, président de Chambres d’agriculture France. 

Il ne suffira pas d'un débat pour retrouver de la souveraineté

« Il ne suffira pas d’un débat pour retrouver de la souveraineté, on va devoir décliner des plans d’action au plus près du terrain », poursuit-il, assurant que les chambres d’agriculture « auront à cœur d’essayer d’être à la manœuvre pour avoir des projets de territoire ».

« Les chambres d’agriculteur doivent agir sur le levier de la perte de compétitivité à court terme, pour aller chercher tous les euros de compétitivité. Mais on pourra difficilement agir seuls si la France et l’Europe ne nous aident pas ». 

Lire aussi : « La société civile est insouciante du risque que l’agriculture court » : 14 agriculteurs lancent un cri d’alarme et témoignent « à cœur ouvert »

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