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Sur le Front : les sept affirmations d’Hugo Clément qui irritent le monde agricole

"Produits en France, envoyés à l’étranger, qui se fait du blé avec nos aliments ?" était le thème de l’émission Sur le Front diffusée hier par France 5. En direct agriculteur et organisations professionnelles agricoles se sont prêtés au petit jeu du fact checking.

Hugo Clément dans l'émission Sur le Front
© Capture d'écran vidéo Sur le Front

L’émission Sur le front diffusée présentée par le journaliste militant Hugo Clément et diffusée hier soir sur France 5 n’a pas manqué de faire réagir le monde agricole sur les réseaux sociaux. Le thème « produits en France, envoyés à l’étranger : qui se fait du blé avec nos aliments ? » et surtout la manière de le traiter ont donné lieu à de nombreux commentaires. Sept points présentés dans le documentaire de 51 minutes, vu par plus d’1,1 million de téléspectateurs, ont en particulier irrité les agriculteurs.

 

  1. L’agriculture française a décidé d’arrêter la production de moutarde

70% des graines de moutarde transformées en France viennent de l’étranger et en particulier du Canada. « On faisait de la graine de moutarde en France mais on a décidé de se spécialiser dans d’autres cultures et le Canada s’est spécialisé dans la moutarde » affirme Camille Dorioz, responsable de campagne Foodwatch à Hugo Clément dans le documentaire. « C’est un choix politique de ne pas investir dans cette filière » poursuit-il. Une affirmation qui a agacé la twittosphère agricole.

« On n’a pas choisi de ne plus produire de graines de moutarde c’est la réglementation et les conditions de production en France qui a découragé les producteurs », commente Jean-Pierre Vallais agriculteur dans le Morbihan, faisant référence à l’interdiction d’insecticides pour faire face à l’altise friande de la moutarde.

 

  1. Le houblon a laissé la place au maïs en Alsace

Dans sur le Front Hugo Clément s’étonne ensuite qu’une grande partie du houblon utilisé dans les petites brasseries françaises soit importé. Et affirme à l’issue d’un déplacement en Alsace, que dans la région la production a été remplacée par celle du maïs pour une question de rentabilité. Une contre-vérité selon Intercéréales (interprofession de la filière céréales française) qui souligne sur twitter qu’au plus fort de l’expansion du houblon en France, les surfaces totales représentaient 7000 hectares mais qu’elles sont descendues à près de 300 à cause de l’effondrement de la brasserie au cours du XXe et XXIe siècle. Ce ne serait ainsi pas le maïs qui serait responsable de la diminution des surfaces de la filière. Avec la reprise de l’industrie de la bière, « on observe par ailleurs un doublement des surfaces de houblon (entre 2015 et 2019) », souligne Intercéréales.

 

  1. La France s’est spécialisée dans les céréales

Sur le Front affirme que « la France s’est spécialisée dans les céréales » montrant des champs à perte de vue sans haies. Et d’affirmer que la région de Jean-Bernard Lozier, cultivateur de blé dans l’Eure, fait de la monoculture de céréales. Une affirmation contredite à nouveau par Intercéréales qui affirme sur twitter que « la monoculture en céréales est très marginale en France et concerne moins de 5% des surfaces » avant de rappeler la notion de rotation utilisée par les agriculteurs.

Un céréalier dénonçant « les délires d’Hugo Clément » poste pour sa part une photo aérienne d’un bocage français. Un autre fait de même en dénonçant une « affabulation journalistique ».

 

  1. Le blé a chassé la luzerne

Hugo Clément affirme aussi que les céréales ont chassé la production de luzerne dans certaines régions, obligeant la production animale à importer des denrées de l’étranger et notamment du soja. Intercéréales rappelle que ce sont des changements dans les soutiens de la PAC qui ont incité les agriculteurs à délaisser cette production, alors que Cédric Benoist, secrétaire général adjoint de l’AGPB, souligne sur twitter que dans les années 60 la luzerne était déshydratée à l’aide d’énergie fossile bon marché.

 

  1. On ferait mieux de produire le soja en France

On importe du soja d’Amérique du Sud, rappelle l’émission Sur Le Front, soulignant que la France devrait se mettre à en produire davantage. Une remarque qui fait ironiser Emmanuel Ferrand agriculteur et maire de Saint-Pourçain sur Sioule : « C’est pas faux, mais en même temps il faut bien préciser que le soja consomme autant d’eau voire plus que le maïs entre juillet et septembre, alors on stocke de l’eau pour le soja ? ». L’agriculteur Jean-Yves Chauveau commente aussi pour sa part « le climat France UE n'est pas celui de la Louisiane ou du Brésil. Le soja a des rendements bcp plus faibles. Pas rentable. Et comme il faut irriguer cela ne va pas s'arranger avec le réchauffement climatique. Et oui, il ne faut pas oublier les bases techniques ».

 

  1. La France est une grande exportatrice de blé

L’émission Sur le Front pointe les forts volumes de blé exportés par la France. « Oui la France est grande exportatrice de blé », répond fièrement Intercéréales sur twitter, soulignant qu’au-delà de la balance commerciale, « la filière céréalière représente 540 000 emplois non délocalisables et participant à la vitalité de nos territoires et au maintien du tissu social ».

 

  1. Pourquoi on exporte autant ?

Alors qu’Hugo Clément dénonce les « quantités astronomiques de céréales ou d’animaux vivants » que nous importons, plusieurs agriculteurs l’interpellent sur le sujet de la souveraineté alimentaire. « Poses les bonnes questions Hugo », lui lance le céréalier Bruno Cardot sur twitter. « Avant de parler exports il faut surtout comprendre pourquoi on importe autant ! On nous enlève nos outils pour finalement importer les produits contenant les pesticides qu’on s’est interdit », écrit-il tout en postant l’infographie « La France perd sa souveraineté en protéines animales » signée Les Marchés et publiée cette semaine.

Plus généralement, les agriculteurs expriment leur colère face aux raccourcis et à la tendance à la caricature, comme cette agricultrice qui lance un coup de gueule sur Facebook. « NON NON et NON, les fermes françaises, dans leur grande majorité, ne sont pas des fermes usines où l’on cultive du blé puis du blé et encore du blé. Non, tous les élevages ne travaillent pas avec du soja OGM, etc … et j’en passe! NON, tous les agriculteurs ne sont pas prêts à sacrifier leurs valeurs pour le seul motif de l’argent » écrit-elle.

 

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