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Rapport d’orientation
Suppression du principe de précaution, prix d’équilibre, réforme de la fiscalité agricole : que propose la FNSEA aux candidats à l’élection présidentielle ?

A l’occasion de son 80e congrès début avril à Caen, la FNSEA a adopté un rapport d’orientation en forme de programme agricole qu'elle va proposer aux candidats à l’élection présidentielle. Retrouvez-en les principales mesures.

Franck Sander et Yohann Barbe, corapporteurs du rapport d'orientation de la FNSEA, le 15 avril dans les locaux de la FNSEA.
De gauche à droite : Franck Sander, corapporteur, et Yohann Barbe, porte-parole de la FNSEA et rapporteur du rapport d’orientation le 15 avril lors de sa présentation à la presse.
© Nathalie Marchand

« Après avoir interrogé nos réseaux, nous avons décidé de nous adresser aux candidats à l’élection présidentielle », explique Yohann Barbe, porte-parole de la FNSEA et rapporteur du rapport d’orientation « renforcer le capital humain agricole et revaloriser le métier », adopté début avril lors du congrès de Caen, et présenté à la presse ce 16 avril.

Lire aussi : Congrès de la FNSEA : Annie Genevard arrive sans mesures sur le GNR et demande aux agriculteurs « de ne pas sortir tout de suite les fourches »

Des propositions émanant d’une vaste consultation des réseaux de la FNSEA

« Rentabilité insuffisante », « charges trop élevées », « complexité administrative » ou encore « manque de reconnaissance sociale » sont les problématiques qui sont le plus ressorties de cette consultation lancée du 20 août au 25 octobre 2025, auprès de l’ensemble des agriculteurs du réseau de FDSEA, des sections sociales (anciens, agricultrices, propriétaires, fermiers) et associations spécialisées. Cette consultation a recueilli la participation de 1 225 répondants, issus de 85 départements (y compris Dom).

A partir de ces constats, le syndicat agricole formule plusieurs propositions auxquelles il compte confronter les candidats à l’élection présidentielle 2027 qui seront invités à s’exprimer lors d’un grand oral au congrès de Strasbourg à partir du 31 mars 2027.

Lire aussi : Elections municipales 2026 : qu’attendent les agriculteurs des futurs maires, selon la FNSEA ?

Que demande la FNSEA dans les 100 premiers jours du mandat présidentiel ?

« Le discours de Rungis était le discours d’un président qui l’a fait seul, on voit où ça nous a amené. On veut un retournement du regard politique et social sur l’agriculture », commente Yohann Barbe porte-parole de la FNSEA. Le syndicat compte bien placer l’agriculture parmi les thèmes centraux de la campagne présidentielle. Et pour voir à quel point les candidats sont prêts à s’engager sur le sujet, la FNSEA les enjoint à prendre des engagements forts dans les 100 premiers jours.

Lire aussi : Salon de l’agriculture 2026 : Emmanuel Macron ne renie pas son discours de montée en gamme de Rungis

Une réforme constitutionnelle pour supprimer le principe de précaution

Dans son rapport d’orientation, la FNSEA milite pour une réforme constitutionnelle afin de supprimer le principe de précaution et de le remplacer par un principe d’innovation. Un principe mis en avant par Emmanuel Macron lui-même en 2015 dans le cadre de la politique d’achat des services publics, souligne la FNSEA. Une mesure qui aurait fait l’unanimité au congrès de Caen mais qui risque d’être clivante au sein de la Société. « L’idée n’est pas du tout de mettre le principe de précaution à la benne, le principe d’innovation comprend ce principe de précaution dont la rédaction après le Grenelle de l’environnement ne nous posait pas de problème. Ce qui est gênant c’est sa lecture, aujourd’hui cela devient un principe d’inaction », explique Yohann Barbe. « Après on veut ouvrir le débat avec le peuple, ce principe d’innovation c’est toute la société qui pourrait en profiter », assure-t-il. « On veut le meilleur de l’évaluation des risques et le meilleur des bénéfices. L’innovation doit contrebalancer l’immobilisme » ajoute-t-il encore.

Renforcer le rôle du ministère de l’Agriculture

En parallèle, la FNSEA demande au futur président de la République de redonner un rôle fort à l’agriculture dans son gouvernement, avec un budget dédié moins dépendant de Bercy. Dans ce cadre le syndicat propose notamment de créer une nouvelle direction générale dévolue à la Souveraineté alimentaire au sein de ministère de l'Agriculture. Elle aurait pour mission de « suivre les objectifs, de coordonner les travaux des autres directions générales opérationnelles en les centrant sur les objectifs de production ». La direction leader du ministère de l'Agriculture est actuellement la DGPE (direction générale de la performance économique et environnementale des entreprises), trop dépendante de Bercy, souligne Yohann Barbe, qui cite comme preuve l'épisode récent de l'aide GNR.

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Porter une ambition productive à Bruxelles

Dans le cadre de la réforme de la PAC en cours de réflexion, la FNSEA demande aussi aux candidats à la Présidentielle de s’engager à « porter l’ambition productive de l’agriculture et la protection des marchés communautaires » tout au long de leur mandat. Le syndicat milite notamment pour « la défense d’un budget agricole de la PAC dédié », « des mesures de réciprocité dans les échanges commerciaux », la révision complète de la stratégie Farm to Fork, le soutien à la recherche et l’innovation, ou encore la réintégration d’outils de régulation de marché « aux critères de déclenchement plus transparent s et automatiques ».

Lire aussi : PAC 2028-2034 : la FNSEA demande une politique plus « commune » et « économique »

Quelles mesures demande la FNSEA pour le revenu agricole ?

Vers un prix d’équilibre 

Pour améliorer le revenu des agriculteurs, dans son rapport d’orientation le syndicat propose par ailleurs la mise en place pour les filières qui le souhaitent d’un « prix d'équilibre », intégrant « les coûts complets de production », y compris les investissements et la rémunération de l’agriculture, équivalente à « un salaire décent » dont le montant n'est pas précisé. Une mesure qui pourrait s’accompagner de « tunnels de prix » pouvant « exclure ce qui part dans le marché européen et mondial », explique Yohann Barbe, président de la FNPL (producteurs de lait). 

Un soutien plus territorialisé

Pour mieux soutenir les projets locaux de production, la FNSEA propose par ailleurs de créer une déclinaison agricole du dispositif « France Territoires d’industrie ». L’objectif serait de « substituer au schéma habituel des plans nationaux », « un continuum bien plus opérationnel à partir des orientations des conférences de souveraineté, afin d’identifier les projets concrets et les assortir d’un accompagnement accéléré, en fonction des besoins des filières et des territoires. » « France Territoires d’Agriculture » pourrait notamment « labellisés » les plans d’avenir inscrits dans le projet de loi d'urgence agricole (à l’initiative des Jeunes agriculteurs) « s’ils répondent à un besoin identifié lors des conférences de la souveraineté alimentaire ». 

Lire aussi : Loi d’urgence agricole : la FNSEA arrive au salon de l’Agriculture avec sa liste de mesures

Vers une réforme de la fiscalité agricole

Enfin parmi ses propositions, la FNSEA propose de revoir les bases de calcul de l’impôt sur le revenu des entreprises agricoles et des cotisations sociales des chefs d’exploitation. L’idée du syndicat agricole : créer un impôt sur les sociétés agricoles qui ne prendrait en compte que ce que perçoit réellement le chef d’exploitation.

« Nous allons bientôt rencontrer chaque écurie présidentielle », explique Yohann Barbe. « L’idée ne sera pas que chacun pioche dans le rapport mais de voir qui adhère à l’ensemble », prévient-il. Sur le terrain, les FDSEA sont aussi encouragées à s’emparer du rapport d’orientation et à préparer les élections législatives qui vont suivre les présidentielles.

Lire aussi : « La FNSEA pâtit de préjugés et d’une image dégradée » : Pierrick Horel, président des Jeunes agriculteurs, secoue le congrès de Caen

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