Sainte-Soline : « Notre réserve restera vide cette année, laissant les exploitations sans solution alternative d’irrigation »
Thierry Boudaud est président de la Coop de l’eau 79, qui porte les réserves de substitution du bassin de la Sèvre niortaise. Il revient sur les caractéristiques hydrologiques et agricoles de ce territoire du Poitou-Charentes et sur la situation de la réserve de Sainte-Soline.
Thierry Boudaud est président de la Coop de l’eau 79, qui porte les réserves de substitution du bassin de la Sèvre niortaise. Il revient sur les caractéristiques hydrologiques et agricoles de ce territoire du Poitou-Charentes et sur la situation de la réserve de Sainte-Soline.
Quelles sont les particularités hydrologiques de votre territoire ?
Thierry Boudaud - Le bassin de la Sèvre niortaise, à cheval sur les Deux-Sèvres, la Charente-Maritime, la Vendée et la Vienne, repose sur un calcaire fissuré avec des épaisseurs de sols de 15 à 20 cm et des nappes très superficielles. Quand il pleut, elles se remplissent très vite et les rivières servent d’exutoires.
Le territoire est classé en zone de répartition des eaux (ZRE), qui impose une gestion stricte des prélèvements pour sécuriser l’eau potable. Nous avons donc été incités par les instances locales de l’eau, nous agriculteurs, à nous organiser pour stocker l’eau en hiver, en accord avec les caractéristiques hydrologiques locales.
Comment sont nés les premiers projets de réserves ?
T. B. - La Coop de l’eau 79 a été créée en 2011 pour organiser collectivement les volumes d’eau à stocker. En 2018, un protocole d’accord avec l’État, élus et associations a conduit à un projet à 16 réserves de substitution pour 6,5 millions de mètres cubes stockés.
Certaines associations déposent alors des recours devant le tribunal administratif de Poitiers, mais celui-ci valide le projet en 2021 : l’étude d’impact est jugée recevable, mais une réduction des volumes est demandée sur sept réserves. La Coop de l’eau 79 s’y conforme en retirant un million de mètres cubes au global. Après révision du dossier, le tribunal de Poitiers valide en 2023 la nouvelle étude d’impact, permettant la construction de quatre ouvrages, dont la réserve de Sainte-Soline, la plus importante (630 000 m3 pour onze exploitations).
Pourquoi la réserve de Sainte-Soline est-elle à l’arrêt ?
T. B. - Certaines associations ont poursuivi la procédure en appel. Ainsi, fin 2024, alors que le tribunal de Poitiers avait considéré que les impacts environnementaux restaient compatibles avec l’autorisation délivrée, la cour administrative d’appel de Bordeaux estime, elle, que Sainte-Soline pourrait affecter l’habitat d’une espèce protégée, l’outarde canepetière. Cette situation impose de déposer une dérogation « espèces protégées », absente de l’autorisation initiale. La cour de Bordeaux a donc retenu une interprétation plus stricte du droit de la biodiversité.
En conséquence, Poitiers a suspendu l’arrêté d’autorisation et demandé une étude complémentaire sur la faune. Le remplissage de la réserve a alors été arrêté à 60 % de sa capacité, mais les agriculteurs ont été autorisés à utiliser l’eau stockée sur la campagne 2025.
Quel avenir pour les exploitants de la réserve de Sainte-Soline ?
Aujourd’hui, l’étude écologique complémentaire est en cours et devrait être rendue au printemps 2026. Nous espérons pouvoir remplir Sainte-Soline à l'automne prochain. En attendant, la réserve restera vide pour cette campagne, laissant les exploitations sans solution alternative d’irrigation. La Coop de l’eau demande un accompagnement financier à l’État pour ces onze exploitations, car outre le préjudice à venir, il va falloir supporter le coût du mètre cube stocké qui s’élève à 34 centimes.
Toutes les autres réserves de substitution déjà construites continuent de fonctionner normalement et les projets restants ont été confirmés juridiquement. Notre modèle de stockage collectif reste pour nous la bonne réponse pour ce territoire.
Un stockage d'eau pour des fermes de 70 à 90 hectares
Les exploitations engagées dans la Coop de l’eau 79 ont en moyenne des surfaces de 70 à 90 hectares, en polyculture-élevage, en conventionnel ou en bio, avec pour certaines des cultures à valeur ajoutée. Le maïs reste présent pour l’alimentation animale, mais sa surface a été divisée par deux en dix ans. Sans un accès sécurisé à l’eau, le territoire risque d’évoluer vers des exploitations deux ou trois fois plus grandes avec des assolements en sec simplifiés au maximum.
Deux cents exploitations, soit environ 400 agriculteurs, sont concernées par les seize réserves portées par la Coop de l’eau. En s’engageant dans ce projet collectif, les agriculteurs ont investi sur le long terme, considérant les réserves comme une assurance climatique rentable sur la durée et un outil pour les générations futures.