Pourquoi la polyculture-élevage est intéressante ?
Pierre Mischler et Guillaume Mathieu de l’Institut de l’élevage résument l’intérêt de coupler l’élevage et les cultures pour amortir les aléas climatiques ou économiques.
Pierre Mischler et Guillaume Mathieu de l’Institut de l’élevage résument l’intérêt de coupler l’élevage et les cultures pour amortir les aléas climatiques ou économiques.
« La polyculture-élevage présente plusieurs intérêts. D’abord, d’un point de vue économique, les études montrent que, si elle ne génère pas forcément un revenu plus élevé, elle sécurise davantage le revenu des agriculteurs. Les données issues du dispositif Inosys-Réseaux d’élevage montrent que les systèmes où les cultures et l’élevage sont fortement couplés ont des revenus moins variables. Plus autonomes, leurs revenus reposent davantage sur l’usage de l’herbe et sur le recyclage interne des ressources, avec moins d’achats d’intrants comme les engrais. L’exploitation est ainsi moins dépendante des fluctuations de prix et de la conjoncture. Ces systèmes peuvent être un peu moins performants en comparaison des fermes moins couplées les bonnes années, mais ils amortissent mieux les aléas économiques ou climatiques et offrent plus de visibilité sur le revenu. En revanche, ils demandent parfois plus de travail et une organisation plus fine, car il faut maîtriser à la fois les cultures et l’élevage, et le système peut être plus facilement déstabilisé s’il y a un problème dans l’équipe de travail.
De l’herbe pour capter le carbone et couvrir les sols
Il y a aussi des intérêts environnementaux. Les systèmes de polyculture-élevage reposent souvent sur davantage de prairies et de couverts végétaux, ce qui favorise le stockage de carbone dans les sols et contribue ainsi à compenser une partie des émissions liées à l’élevage. La présence d’herbe et de sols couverts augmente aussi la matière organique des sols, ce qui améliore leur fertilité et leur capacité à retenir l’eau. Enfin, ces systèmes ont un effet biogéophysique appelé albédo. En couvrant davantage les sols avec de la végétation, ils renvoient une partie du rayonnement solaire vers l’espace, ce qui réduit l’énergie absorbée par la surface et produit un effet refroidissant qui participe, à l’atténuation du changement climatique. Au final, la polyculture-élevage apparaît comme un système viable économiquement, plus résilient face aux aléas et porteur de bénéfices environnementaux, même si elle demande une organisation du travail plus exigeante. »