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Les éleveurs hollandais plombés par des charges improductives

Le secteur doit composer avec des investissements récents pour satisfaire la réglementation sur l’environnement, des frais de gestion de lisiers élevés et des coûts de production globalement en hausse. Les faillites se multiplient et la valeur des élevages s’effondre.

La crise qui frappe les éleveurs hollandais aujourd’hui n’est pas la première, mais sans doute la plus grave. Beaucoup d’entre eux ont dû investir dans les bâtiments pour la mise en groupe des truies comme ailleurs en Europe, mais aussi dans des systèmes obligatoires de réduction des émanations d’ammoniac. Dans la plupart des cas, il s’agit de laveurs d’air en bout de ventilation centralisée. Pour répartir ces coûts sur un plus grand nombre de porcs, beaucoup ont dans le même temps augmenté leur cheptel.

Par ailleurs, ils ont dû faire face à des frais de gestion des lisiers croissants. Dans les zones à forte densité porcine du sud et de l’est des Pays-Bas, le coût s’élève entre 20 et 25 euros par tonne de lisier. Les producteurs laitiers, avec la fin des quotas, ont augmenté leur cheptel, alors que dans le même temps, les apports autorisés d’azote et de phosphore épandus ont encore diminué. Les éleveurs de porcs quant à eux sont tenus à limiter les quantités de phosphore épandues sur les sols. D’où une pression sur les lisiers qui, de plus en plus, doivent être traités ou exportés.

Des fermes qui ont perdu de la valeur

Enfin, un des nouveaux problèmes qui se posent est lié à la valeur des bâtiments d’élevage. Paul Bens, directeur de l’agence en conseil privée DLV Advies explique : "Compte tenu des mauvais résultats économiques des élevages durant ces dernières années, la valeur des fermes a chuté de 50 %. Les fermes qui ne sont plus à la pointe ne trouvent pas de preneur, ou alors à un très bas prix. Et les éleveurs qui cherchent à s’agrandir rencontrent des difficultés pour financer leur projet en raison de la faible valeur de leur outil. » En conséquence, l’attitude des banques a changé depuis une dizaine d’années. Elles sont beaucoup plus réticentes à augmenter leur encours, la solvabilité des exploitations étant passée, selon lui, de 61 % à presque 50 % au cours des dix dernières années.

De plus en plus de faillites

Il n’existe pas de données officielles sur le nombre d’éleveurs en difficulté de paiement. Mais de récents rapports estiment à environ la moitié des producteurs qui se trouvent dans l’impossibilité de payer leurs factures. Ce sont les fabricants d’aliment qui ont les encours les plus importants et jamais autant d’élevages ne se sont trouvés en situation de cessation de paiement, même des outils « apparemment bons ». Dans le même temps, certains éleveurs, malgré la conjoncture, recherchent toujours des solutions pour s’agrandir ou investir dans des installations pour produire plus. Ce sont en général des élevages familiaux avec de bons résultats techniques, de faibles charges de travail, possédant plusieurs sites aux Pays-Bas ou à l’étranger. Une autre tranche d’éleveurs est relativement moins impactée par la crise, à savoir ceux qui exercent une autre activité, qui possèdent des terres qu’ils peuvent vendre, ou qui ont des coûts de production assez bas compte tenu du peu d’investissements récents (mais avec des bâtiments âgés).

« Toutefois, bien qu’il existe de très grandes disparités de résultats entre élevages, on considère que, sur les dix dernières années, le déficit structurel pour avoir des trésoreries saines est de 2 à 4 euros par porcelet, et 6 centimes par kilo de carcasse de porc charcutier. »

Vers une concentration des élevages

Même s’il est difficile de prédire ce qui se passera dans les cinq prochaines années, chacun s’accorde sur une réduction à venir du nombre d’élevages. Sur les dix dernières années, leur nombre a déjà été divisé par deux. Et la tendance va se poursuivre, sans que, au final, le nombre de truies et de porcs produits ne diminue. Les élevages (ou les droits à produire) sont en effet repris par d’autres éleveurs en qui Koen Van Bergen, manager du secteur porcin à la Rabobank, croit : « En général, une partie du secteur porcin néerlandais peut rivaliser avec les autres bassins de production. Mais les différences entre élevages sont considérables. La situation actuelle est mauvaise, mais les bons éleveurs peuvent passer la crise ". La filière porcine, le gouvernement et Rabobank travaillent sur un plan appelé "Industrie porcine vitale" qui se concentre sur de meilleures collaborations dans la chaîne de production et la réduction des coûts.

Les exportations seront aussi déterminantes pour le secteur porcin néerlandais. Paul Bens s’inquiète : « Pour rester compétitif, le secteur doit chercher plus de bénéfices et abaisser les coûts. Or, le secteur du porcelet fait face à des difficultés liées à leur qualité qui doit être améliorée : des porcelets plus lourds, de meilleur statut sanitaire… et plus d’informations sur leur phase d’élevage. Certains éleveurs – peu nombreux – ont déjà fait le choix de productions différenciées, pour des marchés spécifiques. La tendance va se poursuivre, mais il y a encore beaucoup de chemin à parcourir ".

La filière bio, contrôlée et rentable

Les prix pour la viande de porc bio atteignent des records aux Pays-Bas. Le marché du bio concerne environ 100 éleveurs qui produisent 2 000 porcs charcutiers par semaine. Si beaucoup d’éleveurs sont évidemment intéressés par cette production, le coût de la transition et les investissements nécessaires sont importants. Et le marché du porc bio est sous le contrôle d’une seule organisation, De Groene Weg (la voie verte), une filiale du géant Vion, qui entend établir des contrats avec les éleveurs dans la limite de la demande en viande bio.

Les Pays-Bas, petit pays et beaucoup de porcs !

Les Pays-Bas comptent 41 500 km2 (15 fois moins que la France), avec 17 millions d’habitants… et 12,2 millions de porcs produits dans 5 000 élevages. Il y a dix ans, le pays en comptait 10 000 (pour 11,3 millions de porcs). L’année passée, la taille moyenne d’élevage atteignait 572 truies (et 1440 places en engraissement). Les autres sont abattus en Allemagne ou exportés (porcelets) pour être engraissés en Allemagne, Espagne, Belgique ou en Europe de l’Est.

La production moyenne est de 29,2 porcelets sevrés par truie par an. En engraissement, les performances moyennes sont de 804 g/j de GMQ, 2,58 d’indice de consommation et 59,3 % de pourcentage de maigre des carcasses.

La génétique danoise représente aujourd’hui un quart du marché national. Avec la demande du marché allemand, la moitié des mâles utilisés sont des Piétrain.

Les + :

Élevages spécialisés

Bons résultats techniques

Recours à la main-d’œuvre familiale bon marché

Haut niveau d’innovation technique par les entreprises

Qualité de la recherche (université de Wageningen) et des services

Les –
Forte densité des porcs (et des hommes)
Surcoûts « improductifs »
Coûts élevés du bien-être animal, de la main-d’œuvre, du lisier, de la réglementation
Forte dépendance à l’export en carcasse comme en vif.
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