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Les coûts de fabrication des aliments du bétail augmentent

La hausse des prix de l’énergie impacte les coûts de production dans les usines d’aliment du bétail. La granulation est l’opération la plus impactée dans le processus de fabrication.

Les deux syndicats nationaux de l’alimentation animale, La Coopération agricole nutrition animale (LCA-NA) et le syndicat national de l’industrie de la nutrition animale (Snia) estiment que la hausse des prix de l’énergie impacte les coûts de production d’une usine d’aliments pour animaux de + 5 à +20 euros la tonne.

« L’impact varie selon la spécialisation des usines et leurs contrats d’achat de l’énergie », résume Valérie Bris (LCA-NA). S’il est moindre que la volatilité des cours des matières premières, il n’en présente pas moins un facteur sensible qui incite les éleveurs à réfléchir à leurs approvisionnements. Avec 57 % de la consommation, l’opération de la granulation est la plus gourmande en énergie. La présentation en miettes est donc encore plus énergivore puisqu’elle est obtenue par fractionnement d’un granulé.

Historiquement, le surcoût d’un achat d’aliment en granulé plutôt qu’en farine avoisine 6 euros la tonne. Ce surcoût va sans doute augmenter, puisque le coût de la granulation a triplé depuis le début de la crise. Le fabricant d’aliments peut également ajuster la durabilité du granulé en réduisant la pression et, ainsi, réduire la consommation énergétique de ses presses. La question reste en tout cas posée de conserver ou non des aliments en granulés.

En alimentation porcine, la fabrication à la ferme dispose rarement d’une presse à granuler. Et, de façon générale, Faf ou non, 60 % des places d’engraissement sont alimentées en soupe. C’est aussi fréquent en alimentation des truies et des reproducteurs. La soupe est obtenue généralement à partir de farine, parfois de miettes. Ces dernières devraient donc probablement disparaître. L’utilisation de granulés est par contre systématique en aliments 1er et 2e âges auxquels il est compliqué de toucher. La tentation est toutefois grande d’abandonner cette présentation. Mais il faut y regarder de plus près, déjà du point de vue des équipements. Cela paraît assez facile si les bâtiments sont déjà équipés d’une machine à soupe. Cela se réfléchit plus si tout est conçu pour une distribution en sec. L’un des intérêts des granulés est en effet pratique : ils coulent mieux dans les nourrisseurs et émettent moins de poussières, surtout avec des distributeurs pneumatiques. « Notre station est dessinée pour utiliser des granulés, mais nous utilisons régulièrement des farines pour nos essais », explique Didier Gaudré (Ifip). « Dans ce cas, nous positionnons des chaînettes au-dessus des auges. Les cochons les agitent en venant manger ce qui fait tomber la farine. »

Attention aux performances techniques

Le second intérêt des granulés est leur meilleure digestibilité. L’impact de la présentation se chiffre aux alentours de 5 % d’indice de consommation dans la bibliographie. « Cette valeur est ancienne et les conditions de la granulation ainsi que le type de formule n’est en général pas renseigné dans les articles de recherche publiés. Il faudrait disposer d’études récentes et plus précises pour savoir si elle est toujours d’actualité, je me demande si la différence ne serait pas moindre, peut-être vers 3 % », s’interroge Didier Gaudré. Difficile en tout cas d’avoir une certitude, même si cet avantage doit être mis au regard de l’augmentation du surcoût à l’achat.

La densité est un autre facteur de différence entre la farine et le granulé. « Nos silos contiennent 4 tonnes d’aliments en granulé, mais seulement 3,5 tonnes s’ils sont en farine », remarque le chercheur. Cela peut impacter l’autonomie de l’élevage ou la livraison par camion selon la politique commerciale de l’usine d’aliments. Il faut en tout cas en tenir compte pour ne pas tomber en panne d’aliments !

 

Joseph Jouault, PDG de Districéra : « Notre contrat d’achat tempère la hausse »

Joseph Jouault, PDG de Districéra. «Nous nous sommes engagés dans un plan de sobriété dans nos usines.»
Joseph Jouault, PDG de Districéra. «Nous nous sommes engagés dans un plan de sobriété dans nos usines.»
© Districera

L’impact des hausses du prix des énergies est très variable selon les usines confirme Joseph Jouault, PDG de Districéra. « Nous avons la chance d’être couvert avec notre contrat d’achat ce qui tempère la hausse », constate Joseph Jouault, le PDG de Districéra en Ille-et-Vilaine. Il attend toutefois les dernières décisions du gouvernement pour l’Arenh, cette aide pour l’accès réglementé à l’énergie nucléaire historique afin de savoir précisément ce qu’il en sera de 2023. Actuellement le dirigeant prévoit un budget d’au moins 2 M€ pour l’énergie utilisée en production l’an prochain quand il était de 1,2 en 2021 et de 1,6 en 2022. 

L’entreprise s’est engagée dans un plan de sobriété dans ses usines. Elle a également accepté un plan de délestage grâce à ses groupes électrogènes, qui lui permettent aussi d’envisager d’éventuelles coupures avec sérénité. « Mais le gasoil augmente aussi ce qui impacte d’au moins 10 % nos coûts de transport », rappelle le dirigeant. Il faudra donc aussi optimiser les trajets des camions en incitant les achats par camion complet quand c’est possible mais, surtout, en demandant aux éleveurs d’anticiper leurs commandes pour optimiser les plannings de fabrication et de livraison.

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