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Le Covid-19 va peu impacter le commerce mondial du porc

Pour l’Ifip, le commerce mondial du porc pourrait être peu affecté à long terme par la crise du Covid-19. Même si, pour certains, la dépendance à l’égard des exportations ou des importations est désormais considérée comme une vulnérabilité.

Les échanges mondiaux permettent de résoudre des pénuries momentanées qui interviennent dans certaines régions du monde, comme en Chine actuellement. © M. Sardin
Les échanges mondiaux permettent de résoudre des pénuries momentanées qui interviennent dans certaines régions du monde, comme en Chine actuellement.
© M. Sardin

Dans les années à venir, la crise du Covid-19 va conduire à un fort ralentissement économique. La demande va diminuer dans plusieurs parties du monde. Mais cette baisse sera différente selon les secteurs d’activité. Ce ne sera peut-être pas le cas pour le porc, en raison notamment de la demande chinoise qui s’est considérablement renforcée depuis 2019. Au plus fort de la crise, le Covid-19 a provoqué beaucoup de turbulences dans tous les secteurs agricoles. Cela a également été le cas pour la filière porcine française. L’impact a été particulièrement sensible pour les abatteurs et transformateurs qui ont parfois dû faire face à des réductions d’effectifs et des changements dans leurs débouchés. Sur le plan national, la substitution du hors domicile vers les grandes surfaces demande beaucoup d’adaptations. Les flux internationaux ont également été perturbés, tant au sein de l’Union européenne qu’avec les pays tiers, en raison notamment de difficultés logistiques. La chaîne d’approvisionnement (inter) nationale a été ralentie et risquait d’être interrompue. Tout cela a créé une grande incertitude à court terme.

Une Europe exportatrice

En réactions à ces menaces, certains économistes et dirigeants politiques ont mis en avant l’intérêt des chaînes d’approvisionnement locales pour atténuer les risques de manque de denrées alimentaires ou de débouchés. Cependant, la production porcine occupe une position particulière. Depuis des années, le secteur de l’élevage porcin s’inscrit activement dans la mondialisation, en particulier à l’échelle de l’Europe. En croissance régulière, les exportations de l’Union européenne vers les pays tiers représentent 14 % de la production européenne en 2019. Les flux sont composés de presque un tiers de coproduits, pour lesquels il n’y a pas de demande sur les marchés européens. Ces données soulignent que le commerce international a en fait deux conséquences apparemment contradictoires :

Les échanges permettent de résoudre des pénuries momentanées qui interviendraient dans certaines régions du monde (exemple de la Chine touchée par la fièvre porcine africaine).
Le commerce international met à disposition du marché les produits les moins coûteux en comptant sur les avantages comparatifs de différentes parties du monde. Mais ce faisant, il met en concurrence les producteurs de différentes régions. Cela implique que les régions qui résistent le moins bien voient leur production diminuer. À terme elles deviennent plus dépendantes et vulnérables.

Par ailleurs, l’augmentation de la population de la classe moyenne mondiale engendre une croissance de la demande en produits carnés et appelle à une poursuite de l’accroissement du commerce international.

Les multinationales vont se développer

Ensuite, pour profiter des avantages spécifiques de chaque région du monde et renforcer leur compétitivité, les grandes entreprises s’efforcent de se développer de plus en plus à l’international. Les échanges intrafirme facilitent le développement des échanges internationaux. Aujourd’hui, cette internationalisation des firmes prend aussi la forme d’une diversification des pays d’implantation pour répondre à des objectifs de gestion des risques. Il devient ainsi possible de continuer à approvisionner les clients malgré les « difficultés » locales (accès au marché, formalités administratives, programmes protectionnistes…). Pour le moment, il n’existe que quelques exemples d’entreprises porcines qui produisent dans plusieurs pays ou continents. C’est le cas de la multinationale d’origine brésilienne JBS, qui possède des unités de production aux États-Unis. Le groupe allemand Toennies Fleisch, présent en Allemagne et au Danemark, en est un exemple européen. En cas d’entrée du virus de la FPA en Allemagne, la société pourrait continuer d’exporter vers un certain nombre de pays clients au départ du Danemark. Le Chinois WH-Group, propriétaire de Smithfield Foods aux États-Unis, pourrait continuer à se développer dans d’autres pays, ce qui constituerait une manière d’assurer l’approvisionnement chinois.

Une traçabilité sanitaire renforcée

Par ailleurs, avec l’épisode de la FPA, les mesures de biosécurité et sanitaires vont devenir plus strictes. Les grands groupes et les filières verticalisées sont le mieux à même d’assurer une bonne traçabilité sanitaire. En cas de menace, ils pourront mettre en œuvre de façon rapide un ensemble de mesures correctrices sur l’ensemble de la chaîne de production. Leurs investissements sont orientés vers une spécialisation toujours plus poussée et des unités de production toujours plus grandes. La mondialisation crée une dépendance internationale, mais les multinationales pour atténuer quelque peu cette vulnérabilité.

Le secteur porcin s’inscrit activement dans la mondialisation

La Chine reste un débouché majeur pour l’Europe

En 2019, l’UE a exporté près de 4,5 millions de tonnes (tous produits) vers les pays tiers, dont plus de la moitié était expédiée en Chine. Les grands pays de production tels que les États-Unis et le Brésil indiquent également qu’ils veulent jouer un rôle dominant dans l’approvisionnement de la Chine. En raison de la crise de la FPA, ce dernier pays restera certainement un marché important pour les produits et sous-produits de porc pendant plusieurs années. Il y a de sérieux doutes que la relance de la production porcine chinoise et asiatique puisse satisfaire sa demande nationale.

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