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L’aval de la filière porcine européenne réduit la voilure

L’année 2023 a été marquée par une restructuration importante des activités à l’aval des filières porcines dans plusieurs pays européens. Des entreprises leaders du secteur ont fermé des usines de production et ont diminué l’activité de certains de leurs sites.

Le leader de l'abattage allemand Tönnies a fermé son département export à Weißenfels et a diminué l’activité de son site d’abattage de Sögel.
© D. Poilvet

Parmi les dix groupes leaders européens du secteur de l’abattage-découpe, six ont amorcé une restructuration de leurs activités depuis 2022. 

Lire aussi : Pourquoi les abattages de porc ont-ils fortement baissé sur la zone Uniporc en 2023?

En cause, le contexte économique, sanitaire et géopolitique qui a mis à mal les entreprises d’abattage, de découpe et de transformation du porc, notamment en Allemagne, au Danemark et en France. 

Lire aussi : Le porc progresse dans le monde, l’Europe trinque

Les exportations vers la Chine, moteurs de la croissance des filières porcines ces dernières années, se sont rétractées à mesure que le pays reconstituait son cheptel porcin à la suite de la fièvre porcine africaine apparue en 2018. 

L’Allemagne, touchée aussi par cette épizootie depuis 2020, a perdu ses débouchés clés sur le marché asiatique. L’inflation, amorcée depuis la fin des confinements de la pandémie du Covid-19, puis amplifiée par la guerre en Ukraine, a d’une part engendré une envolée des coûts de production, et d’autre part restreint le pouvoir d’achat des ménages. Les entreprises de l’aval, ayant des besoins importants en électricité et gaz, ont particulièrement été affectées par la crise énergétique. De plus, la hausse des taux d’intérêt a mis sous contrainte leurs financements. 

À cela s’ajoutent également des problèmes de recrutement de la main-d’œuvre. La baisse de la production de porc a conduit à des difficultés d’approvisionnement pour les abattoirs, et par ricochet pour les charcutiers salaisonniers, entraînant une surcapacité de leurs outils de production. 

Certains ateliers d’abattage-découpe ont fonctionné quatre jours par semaine au lieu de cinq. Alors que les prix du porc sorti élevage sont particulièrement élevés, le manque à gagner pour les acteurs aval se fait sentir. Pris en étau entre des coûts en hausse et la faiblesse des débouchés, les entreprises ont connu des difficultés financières provoquant des défaillances, et plusieurs groupes d’abattage, de découpe et de transformation ont dû ajuster leurs capacités de production à cette dynamique du marché.

Une restructuration importante en Allemagne

La restructuration la plus importante s’est faite en Allemagne. En 2023, le pays a abattu plus de 47 millions de porcs, soit une baisse de 15,5 millions depuis 2016 (-26 %) et 3,2 millions de moins sur un an (-7 %). Le groupe Tönnies (14,8 millions de porcs abattus en 2022 en Allemagne) a fermé son département export à Weißenfels (Saxe-Anhalt) en mars 2023 et a diminué l’activité de son site d’abattage de Sögel (Basse-Saxe). Le groupe Westfleisch (6,5 millions de porcs abattus en 2022) a fermé son abattoir à Gelsenkirchen (Rhénanie-du-Nord-Westphalie) en 2021, d’une capacité d’abattage de 1 million de porcs.

 

 
L'Allemagne a abattu 15,5 millions de porcs en moins en 2023 par rapport à 2016
L'Allemagne a abattu 15,5 millions de porcs en moins en 2023 par rapport à 2016 © Eurostat

Le groupe Vion (5,8 millions de porcs abattus en 2022 en Allemagne) va fermer son abattoir à Emstek (Basse-Saxe) et son site de transformation à Großostheim (Bavière), mais aussi céder son abattoir de Perleberg (Brandebourg), ainsi que son usine de transformation d’Ahlener Fleischhandel. 

Le groupe néerlandais réduit ainsi de moitié sa capacité de production en Allemagne. 

Le groupe Danish Crown (3 millions de porcs abattus en 2022 en Allemagne) a arrêté, début 2023, son atelier de désossage et transféré cette activité auprès de son abattoir à Essen (Rhénanie-du-Nord-Westphalie), son autre site allemand. Par ailleurs, ce dernier a diminué ses capacités de production de près de 40 %. 

Le charcutier-salaisonnier Family Butchers, filiale du groupe InFamily Foods et deuxième transformateur allemand en volume, a fermé son site de Lörrach (Bade-Wurtemberg) en novembre 2023 et planifie la fermeture de celui de Vörden en 2025, réduisant ainsi le nombre de ses salariés de 13 %. Enfin, l’abattoir municipal de Bamberg en Bavière (290 000 porcs abattus en 2022), en difficultés financières, devrait cesser son activité cette année.

Réorganisations en France, Danemark et au Royaume-Uni

La France a aussi été touchée par ce phénomène, mais dans une moindre mesure. En 2023, 21,8 millions de porcs ont été abattus dans le pays, soit 2 millions de moins par rapport à 2016 (-8 %) et 1,1 million de moins sur un an (-5 %). Les leaders français de la filière porcine tels que Bigard, Cooperl ou encore Fleury-Michon, ont réorganisé leurs activités. Fin 2023, le groupe Bigard (5,6 millions de porcs abattus en 2022) a fermé 3 lignes d’abattage de porc (Charal Sablé-sur-Sarthe dans la Sarthe, Socopa Celle-sur-Belle dans les Deux-Sèvres et Socopa Le Neubourg dans l’Eure) pour les rapatrier vers le site d’Evron (Mayenne). 

Le groupe Fleury-Michon a arrêté, en avril 2023, l’activité de son usine à Plélan-le-Grand (Ille-et-Vilaine) produisant de la charcuterie cuisinée. Enfin, la Cooperl (4,6 millions de porcs abattus en 2022) a programmé la fermeture des sites de salaison d’Ergué-Gabéric (Finistère) et de Goussainville (Val-d’Oise) pour 2025.

 

 
Des baisses plus marquées depuis 2022 dans les principaux paysAbattages annuels de porc
Des baisses plus marquées depuis 2022 dans les principaux paysAbattages annuels de porc © Eurostat, Defra

Au cours de l’année 2023, près d’une vingtaine de transformateurs en défaillance ont été recensés. Au Danemark, le leader national Danish Crown, qui concentre plus de 70 % des abattages nationaux, a lui aussi réorganisé ses activités. En 2023, le Danemark a abattu près de 14,5 millions de porcs, soit une baisse de 3,8 millions depuis 2016 (‑21 %) et 3,3 millions de moins sur un an (-19 %). 

Le groupe Danish Crown (12,9 millions de porcs abattus en 2022 au Danemark) a fermé son abattoir à Saeby et transféré ses activités vers d’autres sites. Le groupe danois avait également diminué, fin 2022, les capacités du site de Ringsted. Au Royaume-Uni, Pilgrim’s UK, filiale du groupe brésilien JBS, a fermé en 2023 son abattoir à Ashton et transféré les activités vers trois autres sites qui étaient en surcapacité.

Nicolas Rouault, nicolas.rouault@ifip.asso.fr

Sources : presse internationale et nationale, sites web et rapports d’activité des entreprises mentionnées, données Eurostats, Uniporc, BDPorc et Danske Svineproducenter.

Des évolutions stratégiques en vue

Depuis 2022, les dix leaders de l’abattage-découpe auront perdu près d’une dizaine de sites de production. Pour évoluer dans ce nouvel environnement de marché, les stratégies sont multiples. L’accentuation de la spécialisation et l’optimisation des coûts industriels semblent être incontournables. Le développement de la contractualisation auprès des éleveurs sécurise l’approvisionnement. Certaines entreprises s’orientent vers plus de création de valeur, comme Vion ou Danish Crown, en développant des chaînes d’approvisionnement local ou régional, ou encore par la prise en compte des demandes sociétales en termes de bien-être animal et de durabilité. La diversification vers d’autres filières agroalimentaires est un autre choix stratégique vers lequel s’est tourné le groupe Westfleisch en s’aventurant dans le petfood et les protéines végétales. L’Europe n’est pas la seule région où les entreprises de l’aval ont été confrontées à une réorganisation de leurs activités par manque de porcs. Au Canada, le groupe leader Olymel, a fermé plusieurs sites d’abattage et de transformation.

N.R.

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