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Entre déclin ou relance : quatre scénarios pour le porc bio à horizon 2040

Entre déclin et relance, les scénarios envisagés pour l’agriculture biologique font le grand écart. C’est ce qui ressort d’une étude prospective commandée par le ministère de l’Agriculture.

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Les quatre scénarios illustrent l’incertitude qui entoure l’avenir de l’agriculture biologique, entre marginalisation et potentiel développement.
© Ifip

Après plusieurs années de développement soutenu, l’agriculture biologique (AB) marque le pas depuis 2021.

Le pic de consommation observé pendant la période des confinements en 2020 a cédé la place à une baisse, renforcée par l’inflation à partir de 2022. Dans ce contexte, une étude prospective réalisée par la société de conseil spécialisée dans le secteur agricole et le Credoc (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie), dresse quatre futurs possibles pour l’AB. 

Lire aussi : La production porcine biologique française diminue

Les quatre scénarios illustrent l’incertitude qui entoure l’avenir de l’agriculture biologique, entre marginalisation et potentiel développement. Ils démontrent que les évolutions dépendront principalement des orientations des politiques publiques, des mécanismes de régulation économique, de la structuration des filières et des comportements de consommation. À court terme, le prix demeure un facteur décisif dans les choix d’achat, notamment pour le porc biologique, nettement plus coûteux à produire que le porc conventionnel. Ainsi, des soutiens à la consommation, comme les chèques alimentaires ou la sécurité sociale de l’alimentation, peuvent être envisagés. À plus long terme, le développement d’incitations économiques (taxes aux intrants ou soutiens financiers) pourrait renforcer la compétitivité de la bio. L’éducation des consommateurs et la visibilisation de la parole scientifique seront des clefs pour améliorer la compréhension des enjeux environnementaux.

1- Croissance économique prioritaire, la bio marginalisée

Ce premier scénario s’organise en deux temps. Jusqu’en 2030, la priorité à l’échelle de la planète est donnée à la croissance économique, au détriment des enjeux environnementaux. La plupart des consommateurs accordent alors une importance limitée aux questions écologiques, tandis que la mondialisation se poursuit. Cette dynamique favorise l’épuisement des ressources et accroît l’ampleur des aléas climatiques et économiques. Dans ce contexte, les politiques de soutien à l’AB sont fortement réduites. La bio disparaît alors des grandes surfaces. Elle se cantonne ainsi à une clientèle aisée ou à un public de convaincus.

Dès 2030, des crises majeures d’approvisionnement déstabilisent le système économique. Les échanges internationaux sont en repli, les frontières se ferment. L’agriculture bascule progressivement vers des pratiques proches du bio, non plus par choix mais par nécessité, dans un contexte de faible disponibilité en intrants agricoles. Le label officiel disparaît, et les attentes des consommateurs se recentrent sur d’autres priorités.

2- Émergence d’une démarche privée, la bio éclipsée

Dans ce deuxième scénario, l’agriculture biologique est progressivement concurrencée par l’émergence d’une démarche privée portée par les grandes entreprises de l’agroalimentaire. Cette « troisième voie » se positionne entre l’agriculture conventionnelle et la bio en termes d’exigences de production. Les normes de production, définies par des acteurs privés, deviennent légèrement plus exigeantes, tout en restant moins contraignantes que le cahier des charges bio. Soutenue par de puissants moyens marketings, cette démarche connaît une forte croissance à la fin des années 2020 et devient progressivement la référence en matière de production perçue comme durable. Elle capte une partie des soutiens publics jusqu’alors destinés à l’AB. Faute d’organisation collective suffisante, la bio est progressivement marginalisée. Dans ce contexte défavorable, quelques filières AB se restructurent et s’orientent vers l’export grâce à des productions compétitives sur des marchés européens où la « troisième voie » s’est peu développée.

3- Avec un cahier des charges assoupli, la bio référence

Le troisième scénario met en avant la multiplication d’événements climatiques extrêmes qui entraîne une prise de conscience mondiale des enjeux environnementaux au début des années 2030. En 2032, un accord international est conclu pour préserver les ressources. Dans ce contexte, l’agriculture biologique est reconnue comme référence au niveau européen, appuyée par un nouveau Green Deal visant notamment la sortie des produits phytosanitaires en 2040. Des taxes sur les intrants renchérissent les coûts de production conventionnels, tandis que les pouvoirs publics encouragent une rationalisation des processus (réduction de la largeur de gamme, mutualisation des outils…) et une structuration verticale des filières afin de limiter l’inflation alimentaire. Le cahier des charges du bio est assoupli pour faciliter les conversions et réduire l’écart de coûts avec le standard. À partir de 2032, la filière bio connaît un nouveau développement, soutenu par une consommation dynamique et un meilleur pilotage des volumes. En 2040, les produits biologiques atteignent environ 30 % de parts de marché en France.

4-L’UE se recentre, la bio passe au premier plan

Dans le quatrième scénario, la multiplication des crises climatiques et géopolitiques conduit à une démondialisation progressive. Les échanges mondiaux se polarisent. À l’horizon 2030, la prise de conscience environnementale s’intensifie en Europe sous l’effet du militantisme, de l’éducation et d’une parole scientifique revalorisée. L’UE restreint ses échanges aux pays partageant des standards environnementaux et sociaux élevés afin de limiter le dumping. Les politiques agricoles, sanitaires et environnementales convergent vers une logique « One Health ». L’AB devient progressivement la norme de référence, notamment au niveau de la politique agricole commune. Des incitations financières à la transition sont mises en place, les soutiens à la recherche et à la formation sont fléchés vers la bio. Les pouvoirs publics soutiennent également la consommation de produits bios. Une sécurité sociale de l’alimentation est mise en place afin d’assurer à tous l’accès à des aliments jugés bons pour la santé et respectant des critères environnementaux, notamment issus de l’agriculture biologique. En 2040, la bio est généralisée sur l’ensemble de la chaîne, mais l’agriculture conventionnelle reste majoritaire en raison de résistances persistantes et des limites de l’accompagnement budgétaire.

Lisa Le Clerc, lisa.leclerc@ifip.asso.fr

Repères

Étude prospective : quels avenirs pour le secteur bio français d’ici 2040 ? Oudin B., Gouwy L., Gressier M., Duchen P., Lehuede F., Ceresco, Rapport final, mars 2025, 240p.

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