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Des aliments moins chers avec moins de protéines

Baisser la protéine en FAF permet de gagner en coût matière sans dégrader les performances, et ce pour la plupart des aliments. Démonstration avec Pierre-Stéphane Revy de la société Vilofoss.

Pierre-Stéphane Revy, responsable Recherche et Développement et formulation Vilofoss. « Les possibilités de baisser les taux protéiques dépendent du contexte prix des tourteaux et des acides aminés. Actuellement, ce contexte est favorable. »
© Vilofoss

La baisse du taux protéique des formules d’aliments fabriqués à la ferme permet aujourd’hui de gagner au minimum 2,2 euros par tonne (€/t), sans baisse de performances. Pierre-Stéphane Revy, responsable Recherche et Développement et formulation de Vilofoss (ex-Calcialiment), souligne que l’intérêt financier de cette baisse concerne avant tout les formules d’aliment d’engraissement et de truies gestantes. « Pour un aliment croissance à 9,8 mégajoules d’énergie nette par kilos à base de maïs et de blé, baisser la contrainte mini en protéines de 16 à 15 % permet d’économiser 2,2 €/t, avec des prix de tourteaux disponibles actuellement (1). » Ce gain est de 2,5 €/t pour un aliment finition, et peut monter jusqu’à 3,3 €/t pour une formule finition à base de céréales à pailles uniquement. Dans un contexte d’élevage utilisant du tourteau de soja PCR non OGM dont le coût dépasse aujourd’hui 400 €/t, l’intérêt économique d’une baisse de la matière azotée totale (MAT) est encore plus important. « Actuellement, on peut gagner jusqu’à 5 €/t sur des aliments croissance et 6 €/t sur des aliments finition. » À partir de ces calculs, le formulateur préconise une recommandation mini de 15 % de MAT en croissance et 13,5 % en finition. Le gain économique est également important sur les aliments de gestation, qui peuvent être formulés à 12,5 % de MAT. Pour les aliments de lactation, le calcul doit tenir compte de la conduite alimentaire et des objectifs à atteindre, notamment en cas d’utilisation de génétique hyperprolifique. « Ce type d’aliment utilisé à l’entrée en maternité, contribue à limiter les problèmes, tels que les engorgements mammaires et les diarrhées des porcelets. Mais si le potentiel de production est élevé, il convient de ne pas négliger les acides aminés secondaires, et notamment la valine. » Pour les aliments 2e âge, l’intérêt économique d’une réduction de la MAT est moindre. « Mais elle peut contribuer à limiter les désordres digestifs, ou au moins ne pas être un facteur aggravant. »

Un gain variable selon le contexte des matières premières

Pierre-Stéphane Revy souligne que l’intérêt économique d’une réduction de la protéine dans les aliments dépend essentiellement du contexte de prix des matières premières et des acides aminés ainsi que de leur disponibilité. « Il y a une dizaine d’années, avec un tourteau de soja bas et stable à moins de 200 €/t, et le prix du tryptophane à 25 000 €/t, l’opération n’était pas rentable. Aujourd’hui, le prix du tourteau de soja ne descend plus au-dessous des 300 €/t. Celui des acides aminés a fortement baissé, et il est plutôt stable. Ce sont ces éléments de marché qui font l’intérêt économique d’une réduction de la protéine. »

Cependant, la baisse du taux protéique de la ration ne peut se faire sans dégradation des performances que si les apports en acides aminés essentiels sont maintenus aux niveaux définis par les tables de formulation. « Ces tables se basent sur la synthèse des normes provenant des centres de recherche et des instituts techniques européens, dont les essais ont défini ces niveaux d’apports. » Des apports sont couverts par l’optimisation des formules, mais aussi par l’incorporation dans le minéral de cinq acides aminés de synthèse disponibles dans le commerce : la lysine, la méthionine, la thréonine, le tryptophane et la valine. « La baisse récente du prix de la valine de synthèse a permis de franchir un nouveau palier dans la baisse de la protéine, explique Pierre Stéphane Revy. Quand elle était à plus de 10 000 €/t il y a encore peu de temps, elle n’entrait pas dans les formules. Son absence limitait fortement les possibilités de baisse supplémentaire de la MAT. Aujourd’hui, à moins de 5 000 €/t, ce n’est plus le cas. »

Le prix du minéral peut augmenter de plus de 30 %

Les formulateurs tiennent compte aussi de trois acides aminés supplémentaires : la leucine, l’isoleucine et l’histidine. Comme ils n’existent pas sous forme de synthèse, ils doivent être apportés par les matières premières. « Ne pas en tenir compte permet d’abaisser encore plus la MAT des formules. Mais dans un contexte FAF avec un nombre souvent limité de sources protéiques, cela pourrait provoquer des carences », met en garde Pierre-Stéphane Revy.

Malgré le prix désormais abordable des acides aminés de synthèse, le formulateur souligne que le coût du minéral d’un aliment déconcentré en protéines est plus élevé, puisqu’il contient plus d’acides aminés. « C’est le paradoxe d’une formulation à bas taux protéique : on baisse le coût global de la formule tout en utilisant un minéral dont le prix peut parfois augmenter de plus de 30 %. Mais au final, grâce à la baisse du coût alimentaire, l’éleveur est toujours gagnant, » conclut-il.

(1) Début septembre 2018.

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