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Lecture
« Plutôt nourrir » ou le parcours d’une éleveuse militante diplômée de Sciences Po

« Plutôt nourrir. L’appel d’une éleveuse » est l’histoire de Noémie Calais, diplômée de Sciences Po devenue éleveuse de cochons noirs dans le Gers et militante, face à l’agro-business, de l’alternative du mode de vie paysan. Un livre paru aux éditions Tana en forme de manifeste politique et immersif.

livre
© Tana éditions

Sciences Po, une carrière internationale, des ennuis de santé qui poussent à changer d’environnement et puis une reconversion. Ce sera éleveuse de porcs noirs dans le Gers. Voilà le parcours de Noémie Calais que nous narre Clément Osé dans le livre cosigné avec celle qui fut sa camarade de promotion.

Celle qui a choisi de devenir paysanne est avant tout une battante car elle avoue qu’elle ne songeait pas avant son installation à tous les défis qu’elle allait devoir relever. « Au fil des années de mon installation agricole, je me suis retrouvée à être dans une dynamique de lutte, une lutte quotidienne contre les éléments, un corps à corps avec la nature, avec l’animal, avec les charges lourdes, avec mon propre corps et les limites qu’il impose parfois » a confessé Noémie Calais sur les ondes de France Culture le 25 septembre dernier dans l’émission « Les Bonnes choses ».

Le combat ne s’arrête pas là : il faut aussi composer avec la réglementation qui tourne souvent à l’hérésie pour la jeune paysanne : « On se retrouve soumis à des tas de normes, des tas de contraintes que l’on subit et qui sont totalement déconnectées de la réalité, de nos pratiques de terrain et qui sont faites par et pour l’agro-industrie ».


Un modèle alimentaire viable, durable et juste

Pour avoir été au contact de l’élevage intensif, elle sait que "ce système est une impasse écologique qui broie les hommes autant que les bêtes". La jeune femme a choisi un  modèle d’élevage de petite taille, extensif, biologique, en circuit court, qui correspond pleinement aux valeurs qu’elle porte. « Un cochon a besoin d’interagir avec d’autres cochons, d’aller dehors et de retourner le sol. Ce besoin fondamental de se servir de son groin pour explorer le monde, de fouir est nié dans l’élevage intensif » a-t-elle confié sur France Culture. Déterminée, persévérante, portée par le collectif paysan qu’elle a intégré, Noémie Calais va de l’avant et s’adapte.

D’abord focalisé sur des questionnements écologiques, Clément Osé comprend au fil de son immersion dans le quotidien de la jeune femme, l’importance salutaire du lien à la vie, à la mort, à l’animal, à la terre, à l’humain qu’incarnent Noémie et les paysans, et qui les rapprochent de la vérité autant que d’un modèle alimentaire viable, durable et juste.

portraits
Noémie Calais et Clément Osé
© Tana éditions

 

Être en phase avec ses convictions

Noémie Calais a une conception bien précise de son métier qu’elle défend et voudrait parfois aller plus loin, pour être en phase avec ses convictions, notamment avec la question de la mort : « Il n’est jamais facile de tuer son animal, jamais facile de l’emmener à l’abattoir. Le gros souci c’est que nous n'avons pas la main sur la mort de l’animal qu’on a élevé, c’est un crève-cœur, j’ai un sentiment de trahison lorsque je le dépose à l’abattoir. Je suis en faveur de l’abattage mobile, de l’abattage à la ferme » raconte celle qui est fière de s’impliquer dans toute la chaine alimentaire, de la naissance des animaux à la découpe dans un atelier qu’elle partage avec d’autres éleveurs.

« Un pacte entre elle et les clients »

La jeune femme remet en cause l’idée même de produire pour se réorienter vers la vocation essentielle de l’agriculture : nourrir les gens, leurs corps et leurs âmes et nourrir la terre. Et l’important est de ne pas nourrir n’importe comment. Clément Osé écrit : « Noémie m’a dit qu’il y avait comme un pacte entre elle et les clients. Ils lui confient leur santé et, moralement, elle ne peut pas leur vendre une viande bourrée d’additifs, issue de bêtes qui ont vécu l’enfer. Les gens, elle les regarde droit dans les yeux. Pour certains, elle connaît leur vie, leur famille, leur métier, leur budget. Elle a une responsabilité envers eux. Elle les nourrit, et ils savent qu’en retour elle a besoin d’eux pour vivre ».

Ce livre est à contre-courant des idées dominantes sur la viande : ce récit transcende l’opposition manichéenne entre véganisme dogmatique et élevage industrialisé et déshumanisé, en racontant la troisième voie du petit élevage extensif en plein air. Un propos qui nuance et politise le débat sur le bien-être animal et l’empreinte écologique de la viande.

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