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« Je personnalise la ration distribuée à mes brebis laitières »

Au Pays basque un éleveur transhumant a réussi à réduire ses charges alimentaires malgré l’inflation, grâce à une distribution minutieuse.

Alors que les charges alimentaires ont augmenté d’environ 20 % (source Idele) entre 2019 et 2022, Roger Uhalde, éleveur de brebis laitières à Estérençuby (Pyrénées-Atlantiques), lui, les a baissées de 13 %, soit 70 € par brebis. Il ne s’en vante pas, il déclare juste essayer de faire au mieux pour préserver son revenu dans ce contexte. Selon son conseiller chambre d’agriculture, Jean Bedou, « Roger sait surtout bien évaluer les besoins de ses brebis ».

Comme dans beaucoup de fermes transhumantes du Pays basque, sa surface agricole utile est limitée. Il ne dispose que de 23 ha pour un troupeau de 455 Manech tête noire et 5 Berrichons, dont 368 mères en reproduction. Il y a donc inévitablement d’importants achats de fourrages et de concentrés.

Optimiser l’herbe avec peu de surfaces

Ne pouvant pas pratiquer le pâturage tournant dynamique faute de différents accès et compte tenu de la pente sur plusieurs de ses parcelles, il gère le pâturage avec une clôture amovible sur les 7 ha attenants à la bergerie. « Elles reviennent toutes les quatre semaines au même endroit », précise-t-il. Si la météo le permet, dès que les brebis ont pâturé, il épand du fumier composté, pour faciliter la repousse : soit deux fois par an sur les parcelles plates et une fois sur les pentes. « Je n’achète donc aucun engrais » souligne-t-il.

Afin de nourrir ses brebis l’hiver, il coupe foins et regains sur les 15 ha qui le permettent. Le nouveau problème dans le département, ce sont les cyrphis, des chenilles nuisibles qui abîment les prairies. À défaut de traitement efficace, il faut ressemer, après leur passage. Il ressemait du ray-grass anglais, car c’est l’espèce qui s’enracine le mieux « mais c’est aussi l’espèce qui sèche le moins bien ». Or l’humidité est un problème au Pays basque pour les foins.

L’estive pour libérer les prairies d’en bas

« Le dactyle associé à l’herbe déjà installée aurait une durée de vie beaucoup plus longue, mais il est difficile à semer sur les pentes » constate Roger Uhalde. Dès lors, quand il achète des fourrages, il privilégie au maximum les regains de dactyle plus fibreux (180 €/t) et à défaut du Rumiplus (luzerne brins longs plus granulés), à 354 €/t, auprès de sa coopérative Mendikoa. En 2023, il fait intervenir une entreprise de travaux agricoles, qui passe une herse à dents pour mieux s’assurer de réussir son semis.

« En fait, selon l’herbe qu’elles ont pâturée en journée, je réduis ou j’augmente, à l’œil, le fourrage que je mets sur le tapis », explique l’éleveur basque. De mi-mai à mi-octobre, ses brebis estivent, sur une montagne gérée par la commission syndicale de Cize, à une trentaine de kilomètres. Ainsi les prairies d’en bas sont libérées pour les regains. L’herbe faisant défaut en fin de saison, Roger les complète avec du maïs dès le 25 septembre « pour les préparer aux agnelages qui commencent en novembre ». L’hiver ses agnelles sont dehors, en pension, pour 0,15 € par jour chez un tiers.

Rationner les concentrés

En début de lactation, Roger met sur le tapis 600 g de concentrés (maïs et pulpe de drêche de blé), qu’il baisse progressivement selon la disponibilité de l’herbe de printemps. « Quoi qu’il en soit en avril, je n’en mets plus », résume-t-il.

Par contre à la salle de traite, il personnalise. Depuis 2013, il charge le distributeur automatique de concentrés de 200 g par tête en début de lactation, puis au vu des résultats que chaque brebis réalise au contrôle laitier, en cours de campagne, il baisse la quantité des brebis qui font moins de 2 l/j, en descendant jusqu’à 25 g. « En revanche, celles qui sont à plus de deux litres je n’augmente pas leur quantité de concentrés, je les laisse aller chercher à la pâture ou dans les fourrages. »

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