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Innovation
« Nous testons les clôtures virtuelles pour faire du pâturage tournant »

Soutenus par le conseil régional et la chambre régionale d’agriculture d’Ile-de-France, Florentin Genty et son frère Germain du Gaec de Brandelles (Yvelines) expérimentent depuis mai dernier les colliers et clôtures virtuelles de la start-up norvégienne Nofence. Reportage.

Tchéky Kario, Johnny Halliday, ou encore Gérard Depardieu, Florentin Genty et son frère Germain ont l’habitude de voir passer des célébrités sur leur ferme de Brandelles, dans les Yvelines à St Martin de Bréthencourt, théâtre de plusieurs tournages de film. Mais ce 23 novembre après-midi, les stars ce sont 6 de leurs 80 vaches limousines arborant autour du cou un collier Nofence.

« Ca fait deux ans que je veux les tester, mais je n’arrivais pas à trouver les colliers! » s’enthousiasme, un brin jaloux, Philippe Macé qui élève quelques vaches Wagyu dans l’ouest de la France.
 

Philip Synnestvedt (Nofence) avec Florentin Genty.
© Nathalie Marchand

Eleveurs, techniciens et journalistes sont venus en masse à cette visite organisée par la chambre d’agriculture d’Ile-de-France pour voir en fonctionnement le système de clôture virtuelle conçu par la start-up norvégienne.

Plusieurs responsables de Nofence sont également du voyage, parmi lesquels, Philip Synnestvedt, responsable du développement sur le marché européen.

Créée il y a dix ans, la start-up commercialise depuis 4 ans son système, lancé au départ sur les petits ruminants (moutons et chèvres). « Nous avons aujourd’hui 2500 clients en Norvège et 200 clients en Angleterre. On teste les marchés français et espagnols », confie Philip Synnestvedt.
 

Plusieurs essais en France

En France, Florentin et Germain Genty, du Gaec Brandelles, font partie des deux élevages à expérimenter le système, via la chambre d’Agriculture d’Ile-de-France, avec l’Earl Quaak située à Chaumes en Brie (en Seine-et-Marne). Un autre test est mené pour du pâturage de moutons entre les ceps de vignes. Arvalis et l’Idele mènent en parallèle des essais scientifiques via le réseau Digifermes dans leurs stations expérimentales de Mourier en Haute-Vienne en ovins viande, à la ferme des Etablières en Vendée pour l’élevage bovin allaitant et à Derval en Loire-Atlantique pour les bovins laitiers.

Installés sur l’exploitation familiale de 380 ha (dont 70 ha en bio) en polyculture élevage bovins viande (80 limousines) et ovins (80 brebis Inra 401) Florentin et Germain ont débuté le test en mai sur 6 limousines.

Le principe : les vaches sont équipées de collier munis de GPS/GSM et les éleveurs tracent des clôtures virtuelles sur une application (pour l’heure en anglais) téléchargeable sur smartphone. « Le collier (qui pèse environ 1,7 kilo) est équipé d’un GPS et de panneaux solaires permettant de recharger la batterie. Il émet un signal sonore quand la vache franchit la clôture virtuelle, puis un signal électrique si elle insiste. Ce cycle fonctionne trois fois puis si elle continue elle est déclarée échappée et l’éleveur reçoit un SMS lui disant de venir la chercher », explique Anne-Sophie Riot, chef de service Elevage à la chambre d’agriculture de la région Ile-de-France.

Il a fallu trois quatre jours d’apprentissage

Les vaches peuvent pâturer sous les pommiers.
© Nathalie Marchand

« On a voulu tester ce système pour pouvoir faire du pâturage tournant, on a des parcelles qui font 18 ha, et on souhaite les diviser en plusieurs morceaux pour valoriser au mieux les différentes parties de la parcelle, même celles que les animaux aiment moins », témoigne Florentin Genty. « Il a fallu trois quatre jours d’apprentissage. Au départ, elles faisaient leurs folles quand elles s’approchaient des clôtures virtuelles et puis elles s’y sont très bien habituées », poursuit-il. La chambre d’agriculture conseille de tester d’abord le système dans un enclos fermé physiquement, proche de la ferme, en traçant une clôture virtuelle au milieu.
 

Interêt pour valoriser les intercultures

Au bout de quelques mois les deux éleveurs en tirent un bilan positif. « Pour nous c’est intéressant de faire du pâturage tournant dynamique sans avoir à installer des clôtures physiques, valoriser des espaces difficilement accessibles. Les vaches vont aussi désormais pâturer sous les pommiers le long de la route, on fait de l’éco-pâturage ! », raconte Florentin Genty. « Un agriculteur à 2 km fait des intercultures et nous a demandé si on pouvait faire pâturer les vaches sur ses parcelles, cela permet de valoriser le couvert et de fertiliser le champs », poursuit-il.
 

Eduquer les vaches et les passants

Sur le Gaec de Brandelles, les colliers Nofence ont été associés à des colliers Medria, qui permet de détecter et d’analyser les comportements des animaux et leurs niveaux de confort. « On peut observer sur l’application les trajets que chaque vache effectue, les zones de pâturages : on est très très contents du système », poursuit l’éleveur.

La clôture virtuelle peut varier de 3 mètres

Seul bémol selon lui « la clôture virtuelle peut varier de 3 mètres selon la position du satellite. Il faut faire attention quand on est au bord de la route ».

Affiche à destination des passants.
© Nathalie Marchand

Autre problème : les passants ! « La première semaine on a eu les gendarmes, les pompiers, malgré le petit panneau au bord de la route, les gens voyant des vaches près de la route sans clôture s’inquiétaient ! », témoigne Florentin Genty. « Et puis ne constatant pas de barrière, ils vont faire des selfies avec les vaches », poursuit-il !! Le système demande un temps d’adaptation pour les vaches mais aussi pour les humains !

Pour les vaches, la chambre d’Agriculture a étudié les changements de comportements sur la période d’apprentissage (voir étude complète en bas de l’article). Lors de la première rencontre avec la clôture virtuelle, « les animaux ont pris peur et sont partis en galopant vers le fond de la pâture », peut-on lire dans l’étude. Au début, il est également constaté « une nette diminution d’ingestion et de rumination » des vaches avec colliers. Après une semaine, les animaux semblent retrouver peu à peu leurs comportements habituels.

 

Quel intérêt économique ?

Autre bémol, et pas des moindres : le coût du système. Le collier coûte 290 euros (pour une garantie de 4 ans, mais selon Nofence il dure plus longtemps) et il faut compter un abonnement de 56 euros par an par animal. Des prix qui deviennent dégressifs avec le nombre d’animaux équipés : -25% à partir de 60 animaux, -50% pour 110 animaux. Le test au Gaec de Brandelles est aujourd’hui financé à 70% par le Conseil régional (dans le cadre de son programme innovation) et la Chambre d’agriculture, quelque 20% restant à la charge des éleveurs.

Une étude économique, pour évaluer les coûts et les économies (coûts des clôtures physiques notamment en main d’œuvre) générés par le système, va démarrer au niveau de la Chambre d’agriculture d’Ile-de-France. L’Idele et Arvalis travaillent aussi sur le sujet.

 

Xavier Niel séduit par Nofence

Une chose est sûre l’innovation crée beaucoup de curiosité en France. Selon nos informations elle aurait tapé dans l’œil d’Hectar, le campus agricole récemment créé dans les Yvelines. Christophe Naudin, le directeur de la ferme-pilote qui veut s’inscrire dans le modèle d’agriculture régénérative, et le milliardaire Xavier Niel, cofondateur d’Hectar, ont reçu des représentants de la start-up Nofence le 22 novembre dernier et un test va démarrer.

 

Lire l'étude sur le comportement des vaches en phase d'apprentissage :

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