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« Nous ne produisons pas plus de lait que ce que notre surface en herbe peut donner », dans les Ardennes

À l’EARL des Quatre Pâquis, dans les Ardennes, Pascal et Pascale Colson misent tout sur l’herbe, que ce soit pour l’alimentation des laitières ou l’engraissement des veaux issus du troupeau laitier. Ils préfèrent réduire la productivité par vache afin de moins dépendre des achats extérieurs.

« Je ne veux produire que ce qu’un hectare d’herbe peut donner sans engrais azoté, quitte à réduire la production laitière ou à ce qu’elle varie », plante Pascal Colson, installé à Terron-sur-Aisne dans les Ardennes, avec son épouse Pascale, qui travaille également à mi-temps à l’extérieur.

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Les vaches laitières marchent jusqu'à 2 kilomètres pour rejoindre les pâtures les plus éloignées. © J. D. Balthazar

Malgré un système tout herbe, le couple n’a pas choisi l’agriculture biologique. « Je ne veux pas de cahier des charges trop contraignant, je préfère être libre. Ce que nous faisons, nous le faisons pour nous », explique l’éleveur.

La liberté, pour Pascal Colson, passe par le pâturage. « À la fin de l’hiver, j’en ai marre. J’ai besoin d’être dehors, dans la nature. Quand les vaches ressortent, et que je les suis dans les prairies, je suis heureux. J’aime les voir au pâturage. Je laisse souvent un ou deux veaux en nourrice au pâturage, rien que pour le plaisir de les voir courir avec les vaches », confie-t-il.

Fiche élevage 

2 ETP : 1,5 associé ; 0,5 salarié 

600 000 l de lait produits (hors FCO)

150 vaches jersiaises à 4000 l

TB : 57

TP : 40,3

295 ha de SAU, dont 260 ha d’herbe

Des prim’Holstein aux jersiaises

Quand ils se sont installés en 2005, les époux Colson ont repris une exploitation de 88 hectares avec un troupeau d’environ 55 vaches laitières Prim’Holstein à 9 000 litres, en système maïs-herbe. « Nous avons fonctionné comme cela jusqu’à la crise du lait en 2009, se souvient l’éleveur. Avant cela, le prix du lait était bon, mais je trouvais qu’il ne nous restait pas grand-chose après avoir retranché toutes les charges. J’avais l’impression d’acheter le lait que nous produisions. Pendant la crise, tous les fournisseurs nous sont tombés sur le dos. »

Les éleveurs décident alors de changer de système, pour moins dépendre des achats extérieurs. « Nous sommes passés en tout herbe mais les prim'Holstein n’aiment pas cela, elles fondent. Et puis, avec nos terrains hydromorphes, nous avions besoin de vaches plus légères. » Le couple vend donc les prim’Holstein, et achète des jersiaises, mieux adaptées à leur projet.

Pascal Colson rêve grand : il faut construire un nouveau bâtiment et il ne veut pas d’une salle de traite, mais d’un roto, pour pouvoir traire rapidement et seul. « Mais pour rentabiliser ce système de traite, il faut au minimum 110 à 120 vaches. » Alors pendant sept ans, ils utilisent une salle de traite mobile, et agrandissent leur troupeau petit à petit.

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Le troupeau en aire paillée n’a pas de problèmes de cellules. Après la traite, les vaches restent une heure au cornadis le temps que les sphincters se referment. © A. Legendre

Le bâtiment est finalement construit en 2017. Aujourd’hui, environ 150 vaches jersiaises sont à la traite. Avec le roto 28 places, la traite seule prend une heure. « En comptant le lavage et le fait d’aller chercher les vaches en pâture, cela monte à deux deux heures », précise-t-il.

Avec l’objectif de ne produire que ce que l’herbe peut donner, le troupeau a notamment pu s'agrandir grâce à la reprise de 67 hectares de terres à un voisin cessant le métier d’agriculteur, en 2013 (une partie en location, l'autre en achat). « Il avait un parcellaire groupé derrière notre ferme. Nous avons aussi procédé à quelques échanges fonciers, nous avons cédé nos terres labourables contre des pâtures », explique Pascale Colson. Ainsi, les éleveurs sont passés de 15 hectares accessibles au pâturage à 85 hectares. « Les vaches marchent jusqu’à 2 kilomètres pour aller dans les pâtures les plus éloignées, mais les jersiaises le font sans problème. De toute façon, une vache qui ne marche pas n’a pas sa place dans notre système. »

Croisement Angus et engraissement

Alors, pour la reproduction, l’éleveur mise tout sur les membres et la fertilité. Il y a deux périodes de vêlages, une du 15 janvier au 15 mars, et une autre du 15 juin au 15 septembre, pour profiter de l’herbe du printemps mais aussi de celle de l’automne. « Avec le changement climatique, il y a autant d’herbe sur les deux périodes », précisent les éleveurs. Ils possèdent des taureaux jersiais pour la reproduction des génisses, qu’ils changent tous les deux ans. 

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Les autocollants détecteurs de chaleur fonctionnent sur le principe des tickets à gratter : le gris s’enlève et laisse apparaitre une couleur quand la vache est chevauchée. © A. Legendre

Pascal Colson insémine lui-même les vaches, une partie en jersiais pour le renouvellement, et l’autre partie en Angus. « Je n’utilise plus de semences sexées, il y a un surcoût et je trouvais que cela ne prenait pas bien, confie-t-il. À la place, j’accepte d’avoir quelques bœufs jersiais par an. »

Car les époux Colson élèvent tous les veaux. Ils gardent 20 % de renouvellement par an, le reste est engraissé à l’herbe, « avec juste un peu de céréales pour que nous restions copains quand nous venons les voir au pré », plaisante Pascal Colson. « Les veaux jersiais ne se vendent pas à 1 mois, nous avons donc choisi de les garder, et de réaliser des croisements Angus pour gagner en conformation. Les vêlages sont faciles et l’Angus est une race sans cornes, nous évitant la contrainte de l’écornage. »

Les éleveurs ont signé un contrat dans la démarche Herbo’pacte. Les animaux sont vendus entre 23 et 28 mois, entre 230 et 260 kilos de carcasse pour les femelles, 240 à 280 kilos de carcasse pour les mâles. Le prix de vente s’établissait à presque 6 euros le kilo, en décembre 2025. « Notre contrat nous assure un prix plancher de 5,20 euros le kilo », précise Pascale Colson.

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Des cabanes ont été installées pour les veaux croisés. Les deux parties se font face pour limiter l’entrée de la pluie et du vent et chacune d’entre elle est déplaçable. © A. Legendre

Quelques animaux sont engraissés sur l’EARL des Quatre Pâquis, la structure principale, qui porte le troupeau laitier, et le reste sur une autre structure appartenant au couple, la SCEA des jersiaises de la Bar, à quelques kilomètres. « Il s’agissait de l’exploitation de mon père, nous l’avons reprise lorsqu’il est parti en retraite en 2022 et nous l’avons dédiée à l’activité d’engraissement. C’était plus simple de conserver deux sociétés. Il y a deux comptabilités à gérer, mais tout est carré », expliquent les éleveurs.

Les croisés jersiais-Angus restent dehors toute l’année. « Ce sont des animaux légers, ils n’endommagent pas les prairies. Dehors, ils ne toussent quasiment jamais et nous n’avons pas besoin de réaliser une transition alimentaire. J’estime que nous gagnons un mois d’engraissement grâce à cela. » Pascal Colson a mis en place des cabanes à veaux déplaçables d’une parcelle à l’autre et paillées avec des copeaux de bois pour leur assurer un abri.

« Nous pratiquons un pâturage régénératif, explique-t-il. Je stocke l’herbe sur pied en été, le couvert évite que la prairie crame, et il est consommé pendant l’automne et l’hiver par les animaux. Je peux aussi compléter l’affouragement estival par des haies fourragères, que nous avons planté dans les dernières années. » Au printemps et à l’été, les vaches taries et une partie des animaux croisés passent sur les pâtures des vaches laitières derrière elles. « Ils ont de l’herbe de seconde main, plaisante-t-il. Cela participe à la gestion des refus. »

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Pour déplacer les petits veaux facilement avec le valet de ferme, voici le « taxi veau », créé par Pascal Colson et sa fille, sur la base d’une citerne d’eau posée sur une palette. © A. Legendre

Les vaches à la traite pratiquent le pâturage tournant dynamique, avec des parcelles différentes pour le jour et la nuit. Elles sont dehors le plus longtemps possible. Le 16 décembre, elles n’étaient pas rentrées, et généralement, « au 15 mars, tout le monde est dehors », explique l’éleveur. « Lorsque le temps est vraiment mauvais, je les sors quatre heures, et je les rentre ensuite. Une vache ingère 80 % de sa ration en quatre heures. Le premier jour c’est parfois un peu dur, mais ensuite, elles savent. Cela limite le piétinement sans trop entamer le potentiel de production. » Les animaux à plus faibles besoins changent quant à eux de parcelle tous les cinq à six jours.

Du matériel de fauche de grande largeur

Pour la récolte de l’herbe, les éleveurs disposent d'une faucheuse de 10 mètres, d'un andaineur de 13 mètres et d'une faneuse de 17 mètres. Du matériel de grande largeur pour limiter le tassement du sol, traiter la fauche très rapidement et ainsi optimiser la qualité.

 « Nous avons mis le paquet sur le cœur du système : l’herbe. À côté de ça nous n’avons qu’un tracteur pour 300 hectares, et un valet de ferme, que nous avons pu acheter grâce aux aides du programme Ambition éleveurs de la région Grand Est », explique Pascal Colson. « Le matériel de fenaison est à l’abri dans un bâtiment, je vais faire ma carrière avec, mais c’est vrai que c’est un gros investissement. »

La ferme est en effet très chargée en annuités. « C’est le problème de notre système, confient les éleveurs. Cela a été un sacrifice pendant une petite dizaine d’années, mais nous avions un objectif. Et puis, le train ne serait pas passé deux fois pour les parcelles que nous avons pu racheter juste derrière chez nous. Nous avions aussi rêvé du séchage en grange, mais ce n’était pas réaliste avec notre prix du lait. Dans trois ans, la moitié des emprunts s’arrêtent, nous serons tranquilles. »

« Moins 20 % de production à cause de la FCO »

En 2024, la FCO a fortement touché l'expoitation. « La jersiaise vieillit bien, nos vaches font en moyenne six ou sept lactations. Nous avions de vieilles vaches, jusqu’à 15 ans, prêtes à vêler mais elles n’ont pas résisté au passage de la FCO. Nous en avons perdu une quinzaine », racontent Pascal et Pascale Colson. La surmortalité a été de 86 % sur le troupeau. Il y a également eu des impacts sur les inséminations. « Pendant deux mois, août et septembre, les inséminations n’ont pas pris. Les vêlages ont donc été décalés », se rappelle l’éleveur. Pour soulager les vaches, les éleveurs ont recouru à la monotraite durant trois mois l’hiver. La production laitière a chuté de 20 %, soit 120 000 litres de lait, entre la campagne 2023-2024 et la campagne 2024-2025, pénalisant fortement les résultats. 

Anne Le Gall, conseillère à la chambre d’agriculture des Ardennes

« Il n’y a pas de superflu »

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Anne Le Gall, conseillère à la chambre d'agriculture des Ardennes. © A. Legendre

« Les éleveurs ont pensé leur système pour valoriser au mieux leurs terres peu portantes et peu productives. Tous leurs choix sont réfléchis, il n’y a pas de superflu. Leur matériel de fauche peut sembler disproportionné mais la qualité de l’herbe est le pilier de leur système. Ils voulaient de la souplesse et du débit pour leurs chantiers de fauche. Pascal Colson est attentif au moment de la journée quand il fauche, afin de maximiser le taux de sucre. Il s’est également formé au pâturage tournant dynamique pour bien gérer les hauteurs d’herbe et passer au bon moment avec les animaux. Les éleveurs visent un système robuste face aux aléas, climatiques ou de marché. Ils sont économes et ont géré leurs assolements pour moins dépendre d’achats extérieurs. En revanche, la mise en place du système a demandé de lourds investissements. La structure est chargée en annuités, un point de vigilance à garder en tête. »

 
Résultats économiques du 01/05/2024 au 30/04/2025 
Produits543 432 €Charges355 338 €
Lait283 526 €Charges opérationnelles119 897 €
Vente d’animaux124 016 €dont concentrés VL36 697 €
dont vaches de réforme14 763 €frais d’élevage14 603 €
génisses finies20 583 €frais vétérinaires29 599 €
veaux lait200 €SFP5 652 €
bœufs86 975 €cultures27 087 €
taureaux1 495 €autres approvisionnements6 259 €
Variation inventaire - 25 879 €Charges de structure hors amortiss.235 441 €
Produit grandes cultures24 086 €dont main-d’œuvre salariée15 195 €
Aides bovines5 431 €foncier48 437 €
ICHN8 507 €matériel34 463 €
Aides découplées62 170 €bâtiment5 057 €
MAEC23 619 €travaux par tiers42 158 €
Autres produits37 956 €autres charges90 131 €
EBE 188 094 euros
Approche comptableApproche trésorerie
Amortissements140 881 €Annuités150 019 €
Frais financiers27 656 €Frais financiers cours terme9 118 €
Résultat courant19 557 €Revenu disponible28 957 €

Source : chambre d’agriculture des Ardennes

 

 

  • Le tableau ci-dessus présente les chiffres consolidés des deux structures : EARL des Quatre Pâquis et SCEA des jersiaises de la Bar. Les achats-reventes entre les deux structures ont été neutralisés. Les tableaux ci-dessous ne présentent que les chiffres de l'atelier lait de l'EARL des Quatre Pâquis. 
  • L'année comptable 2024-2025 a été marquée par la FCO, avec une baisse très sensible de la recette lait et une augmentation des frais vétérinaires. La production laitière a chuté de 20 % par rapport à 2023-2024 où les éleveurs avaient vendu 646 000 litres, soit 65 000 € de produit en moins. Le produit viande a également été impacté, avec une baisse d'environ 5 000 €. 
  • À cause de la FCO, les frais vétérinaires ont grimpé de 18 200 € en 2023-2024 à 25 900 € en 2024-2025. Les aides de 23 000 € reçues au titre de la FCO ne compensent pas les 77 700 € de manque à gagner, pertes de produits ajoutées aux frais vétérinaires supplémentaires. 
  • Avec 80 % d'annuités sur EBE reconsolidé, les structures sont très chargées en annuités, en lien avec les achats de terres et la construction du bâtiment. Un choix conscient des éleveurs, mais qui reste un point de fragilité du système. 
  • Les taux, TB comme TP, sont très bons. Les éleveurs regrettent cependant qu'ils ne soient pas assez pris en compte dans le prix du lait de leur laiterie (ULM), même lorsque le cours du beurre augmente. 
  • Résultats technico-économiques du 01/05/2024 au 30/04/2025
     Exploitant
    Nombre de vaches présentes172
    UMO lait1,3
    Lait commercialisé526 233 l
    Lait par vache3 408 l
    TB – TP (g/l)57 - 40,3
    Âge au premier vêlage24 mois
    IVV  450 jours
    Prix des réformes456 €
    Prix des veaux320 €
    Prix des bœufs1 049 €
    Concentrés et minéraux / VL623 kg
      
    Approche comptable
    Coût de production lait748 €/1 000 l
    Prix de revient573 €/1 000 l
    Rémunération du travail et charges sociales exploitant0,22 Smic/UMO

     

     

     

     

     

     

    Principaux produits et charges 
    aux 1 000 litres
     Exploitant
    Prix de vente du lait540 €
    Produit viande25 €
    Aides149 €
    Achat d’aliments105 €
    Approvisionnement des surfaces29 €
    Frais vétérinaires et d’élevage84 €
    Mécanisation188 €
    Bâtiments et installations126 €
    Frais divers de gestion55 €
    Foncier et capital111 €
    MO salariée et rémunération exploitant51 €
     
    Approche trésorerie
    Coût de fonctionnement762 €/1 000 l
    Prix de fonctionnement586 €/1 000 l
    Trésorerie permise- 5 €/1 000 l

     

     
  •  
  •  
  •  
  • Principaux produits et charges aux 1 000 litres
     Exploitant
    Prix de vente du lait540 €
    Produit viande25 €
    Aides149 €
    Achat d’aliments105 €
    Approvisionnement des surfaces29 €
    Frais vétérinaires et d’élevage84 €
    Mécanisation188 €
    Bâtiments et installations126 €
    Frais divers de gestion55 €
    Foncier et capital111 €
    MO salariée et rémunération exploitant51 €
     
    Approche trésorerie
    Coût de fonctionnement762 €/1 000 l
    Prix de fonctionnement586 €/1 000 l
    Trésorerie permise- 5 €/1 000 l

     

     

    Source : chambre d’agriculture des Ardennes

     

     
  • Source : chambre d’agriculture des Ardennes

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