Lot-et-Garonne : une serre adaptée aux températures caniculaires
Expérimentée par Invenio dans le Lot-et-Garonne depuis 2024, la serre Agrinéa a été conçue pour le climat de Nouvelle-Calédonie. Face aux canicules intenses de la saison 2026, cette serre de fraises et aubergines affiche un écart de 10 à 12 °C par rapport à la serre témoin.
Expérimentée par Invenio dans le Lot-et-Garonne depuis 2024, la serre Agrinéa a été conçue pour le climat de Nouvelle-Calédonie. Face aux canicules intenses de la saison 2026, cette serre de fraises et aubergines affiche un écart de 10 à 12 °C par rapport à la serre témoin.
Alors que le climat métropolitain cumule les périodes de canicules, une serre imaginée pour le climat de la Nouvelle-Calédonie est-elle une piste d’avenir ? C’est le sens du test de la serre Agrinéa en cours sur le site Invenio de Sainte-Livrade, en Lot-et-Garonne. Opérationnelle depuis 2024, cette serre de 1 000 m2 a été conçue par Joël Despujols, fondateur d’Agrilogic systèmes. Elle se positionne comme une serre fermée anti-insectes pour climat chaud. La serre installée à Sainte-Livrade possède une double paroi gonflable (DPG). Elle abrite une culture de fraise sous trois chapelles et d’aubergine sous une chapelle. Au départ, sa promesse Insect-proof était majeure dans le test, avec en ligne de mire la Drosophila suzukii sur fraises et les punaises Lygus sp., Halyomorpha halys et Nezara viridula sur aubergines. Mais avec les températures enregistrées cette année, la promesse de refroidissement est devenue tout aussi majeure. Nous sommes donc revenus voir début juillet cet équipement que nous avions présenté dans Réussir Fruits et Légumes, en mai 2025.
10 à 12 °C de moins à l’intérieur de la serre
« Cet outil nous permet de passer l’été, résume Sébastien Cavaignac, directeur d’Invenio. Dans les outils extérieurs, il y a un décrochage. Coups de chaud et Drosophila suzukii nous obligent à arrêter. Dans l’Agrinéa, on peut continuer. »
La capacité de refroidissement a fait ses preuves dès 2024. Sébastien Cavaignac notait alors une régulation thermique effective avec « un différentiel intérieur-extérieur pouvant atteindre 10 °C de moins lors des journées les plus chaudes ». Une performance très éloignée de la serre témoin DPG qui enregistrait simultanément des températures atteignant 35 °C. Cette même année, l’oïdium a entraîné l’arrêt des cultures de fraise en tunnel de 6 mètres (T6M) dès la semaine 30. La serre Agrinéa a, elle, pu prolonger la culture jusqu’en semaine 41 « avec des rendements satisfaisants et sans incidents sanitaires majeurs », selon Sébastien Cavaignac.
Des conditions pour produire plus longtemps
« En 2025, en fraise Murano, nous avons constaté des rendements bruts proches de ceux de la T6M témoin mais davantage de production commercialisable dans l’Agrinéa », relate Joël Despujols. L’écart de déchets a été jusqu’à plus de 100 grammes par plant. En aubergine, toujours en 2025, le rendement par mètre carré était équivalent jusqu’au 12 juillet puis les courbes ont divergé. Au 20 octobre 2025, la production atteignait 40 kg/m2 en Agrinéa mais 27 kg/m2 dans le témoin DPG. « Les plantes se sentent bien. Avec des plants en meilleure santé on gagne en productivité », analyse Sébastien Cavaignac. L’allongement de la période de culture permis à la fois par le refroidissement et l’insect-proof est pour lui un atout majeur.
Cet effet a été à nouveau constaté sur 2026. Les relevés sur la semaine du 22 au 28 juin montrent un écart de 12 degrés avec une serre classique par 40 °C à l’extérieur, sachant que l’extraction ne tourne pas à plein régime pour une question de voisinage. « Cet écart de 10 à 12 °C, c’est un amortisseur. En fraise comme en aubergine, les plants ont encaissé la chaleur », se réjouit Sébastien Cavaignac.
Le renouvellement de l’air est amplifié
La capacité de refroidissement de la serre Agrinéa repose sur une amplification du rapport entre le renouvellement de l’air de la serre et la surface rafraîchissante assurée par le pad cooling. La serre est équipée de deux façades rafraîchissantes au lieu d’une seule dans une serre semi-fermée classique. L’extraction d’air puissante est assurée non pas en façade opposée mais en toiture. Elle est opérée par des ventilateurs placés en série sur le faîtage des chapelles. Agrilogic calcule un renouvellement de l’air trois fois supérieur à celui d’un système de cooling classique pour une même dimension de serre.
La version d’Invenio dispose de trois options de réglage pour atteindre les consignes de température et d’humidité. La première est la fermeture/ouverture latérale automatisée par enroulement d’un film plastique placé en extérieur, en façade, devant le filet insect-proof situé derrière le pad cooling. « Si le temps est plus frais, on peut conserver la chaleur de la serre en déroulant ce plastique et en laissant juste un petit passage d’air le temps que les extracteurs évacuent l’air humide. Il suffit d’un quart d’heure », décrit Joël Despujols. La deuxième modalité de réglage, c’est la ventilation. « Il y a cinq extracteurs en faîtage par chapelle, actionnables par trois interrupteurs (pour 1, 2 et 2) », précise Sébastien Cavaignac. Le troisième levier de réglage, c’est la mise en marche du pad cooling.
L’énergie solaire pour alimenter l’extraction
Agrilogic a conçu la serre pour qu’elle soit autonome en énergie compte tenu de la puissance de ventilation nécessaire. « Il faut deux panneaux solaires de 500 Wc pour alimenter les extracteurs, qui ont une capacité de 35 000 m3/h », indique Joël Despujols. Ces panneaux peuvent être intégrés à la toiture sans perte significative de lumière. « Ils représentent peu de surface, on n’est pas dans de l’agrivoltaïsme », insiste le créateur d’Agrinéa. Chez Invenio, l’énergie électrique est assurée par les panneaux solaires d’une ombrière photovoltaïque située sur le site.
Le directeur d’Invenio souligne un autre avantage de la serre : les conditions de travail sont améliorées. « On peut commencer le travail de la journée dans les serres plus chaudes et ensuite travailler dans l’Agrinéa. Cela permet de faire des journées de six à sept heures même par temps chaud », expose-t-il.
Joël Despujols pointe pour sa part le fait que le sol est libéré de la présence de gaines. « On peut imaginer cultiver en terre et travailler avec un tracteur en serre insect-proof », relève-t-il en pensant notamment au maraîchage en agriculture biologique.
Une serre commercialisée par Casado
Agrilogic travaille avec l’entreprise périgourdine Casado pour commercialiser son concept de serre fermée en métropole. Une couverture type Ondex est jugée par Joël Despujols comme plus « stratégique » vis-à-vis du risque de grêle notamment, mais une couverture souple est possible. Au choix également : simple paroi ou double paroi gonflable ; panneaux solaires in situ ou à côté. Une telle serre se justifie à partir de 2 ou 3 chapelles. La longueur minimum est de 20 m et maximum de 60 m. La hauteur maximale est de 4,50 m. « Le choix géométrique impacte le coût au mètre carré, prévient Joël Despujols. Mieux vaut allonger la serre que de l’élargir pour limiter les surfaces de cooling nécessaires ». En Outre-mer, deux serres fonctionnent depuis deux ans en Nouvelle-Calédonie. Cinq dossiers sont en cours en Nouvelle-Calédonie, à la Réunion, en Guadeloupe et à Tahiti.
L’évaluation de la serre se poursuit
Cette année un blanchiment léger a été opéré pour compenser le fait que le temps d’extraction d’air est limité pour respecter les souhaits d’un riverain. « Le but a été de casser le rayonnement direct par un blanchiment à 10 à 15 %, sans impact sur la photosynthèse car c’est le maintien du rayonnement qui permet de soutenir le cycle des fraises remontantes », pointe Joël Despujols.
L’équipe réfléchit à tester la spécialisation de la serre dans une culture ou la séparation des deux cultures pour éviter les interactions sans impact sur la circulation adéquate de l’air. Sébastien Cavaignac estime aussi qu’il serait intéressant pour l’avenir d’étudier quelles autres cultures pourraient s’y adapter ou encore d’analyser la consommation d’eau entre le pad cooling et l’irrigation des plants, qui pourrait être moindre.
Des résultats très encourageants en situation caniculaire en fraise en 2026
Sur 2026, en fraise Charlotte, le rendement cumulé en grammes par plant est nettement plus élevé en serre Agrinéa que dans le tunnel témoin.
En semaine 29, dans un contexte caniculaire, la production en Agrinéa atteint 400 grammes par plant soit 120 grammes par plant de plus que le témoin. « Ce sont des résultats plutôt intéressants qui vont s’accentuer étant donné que la culture sous tunnel est terminée », commente Sébastien Cavaignac, président d’Invenio.