SNBC 3 : le HCC pointe « un manque de transparence » sur l’évolution du cheptel, des rendements agricoles et des régimes alimentaires
Suite à la saisine du gouvernement en décembre dernier, le Haut conseil pour le climat vient de rendre son rapport dans lequel il évalue la cohérence, l’ambition et la crédibilité du projet de troisième Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) 3. Il pointe certains points problématiques liés à l’agriculture et à l’alimentation.
Suite à la saisine du gouvernement en décembre dernier, le Haut conseil pour le climat vient de rendre son rapport dans lequel il évalue la cohérence, l’ambition et la crédibilité du projet de troisième Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) 3. Il pointe certains points problématiques liés à l’agriculture et à l’alimentation.
Le Haut conseil pour le climat (HCC) qui avait été saisi en décembre dernier par le gouvernement pour rendre son avis sur le projet de troisième Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) 3 vient de rendre son rapport dans lequel il « salue la publication du projet final de SNBC3 et souligne que son adoption rapide est nécessaire » et qu’elle présente « des objectifs ambitieux et dans l’ensemble compatibles avec les objectifs de l’UE ».
Lire aussi : SNBC 3 : comment réduire les émissions carbone du secteur agricole d’ici 2030 d’après le gouvernement ?
D’importantes émissions résiduelles dans le secteur de l’agriculture
Le HCC estime que le projet de SNBC3 présente d’importantes émissions résiduelles dans le secteur de l’agriculture. Le scénario mobilisé envisage une décarbonation quasi-complète de la plupart des secteurs à horizon 2050. Pour l’agriculture, les émissions restent élevées en 2050 avec 43 Mt, soit plus de la moitié des émissions actuelles du secteur. « La SNBC 3 n'indique pas les émissions résiduelles prévues à terme, après 2050, pour ce secteur ni les horizons auxquels elles pourraient être atteintes » souligne le rapport.
Reculs environnementaux sur les politiques agricoles
Selon le HCC, la mise en œuvre des objectifs en agriculture se heurte toutefois au manque d’efficacité de certaines mesures et aux reculs environnementaux sur les politiques agricoles. Il affirme que certaines mesures mobilisées pour atteindre les objectifs climatiques agricoles et alimentaire posent question, leur efficacité n’ayant pas été démontrée ou, dans certains cas, fortement remise en cause. « Le contexte de simplifications et de reculs des politiques agricoles et alimentaires sur les questions environnementales renforce encore ce constat » souligne-t-il et d’ajouter : « Le PSN doit être revu pour augmenter son ambition climatique et contribuer ainsi à l’atteinte des objectifs de la SNBC ».
Absence d’hypothèses sur l’évolution du cheptel, des régimes alimentaires…
Il est souligner que le HCC se pose une « question de transparence » sur l’évolution du cheptel et sur l’évolution des régimes alimentaires qui ne sont pas publiées. Il fait remarquer que dans la précédente version du document pour l’horizon 2030, les hypothèses d’évolution étaient disponibles : une baisse du cheptel (ex. 9 % pour le cheptel de vaches laitières entre 2021 et 2030) et un rééquilibrage des régimes alimentaires étaient envisagés (ex. +9 % de consommation de légumes entre 2020 et 2030, +119 % pour la consommation de protéagineux,- 12 % pour la consommation de viande bovine).
… et des futurs rendements agricoles
Autre remarque du HCC : « De même, les hypothèses sur l’évolution future des rendements agricoles ne sont pas présentées. Il n’est donc pas possible de voir à quel point tous ces leviers sont mobilisés, ce qui pose une question de transparence ». Il souligne que si la limitation de la consommation de produits à forte intensité carbone est mentionnée, la SNBC 3 n’entre pas dans le détail et n’aborde pas la question de la consommation de produits d’origine animale. Elle ne mentionne que le soja, le cacao et le café comme exemples de produits à forte intensité carbone.
Décarboner l’ensemble du système alimentaire est nécessaire selon le HCC
La diminution de la consommation de produits d'origine animale et la substitution des protéines d’origine animale par des protéines végétales constituent, ensemble, un levier important pour réduire l’empreinte carbone de l’alimentation, qui est associée aux importations à hauteur de 46 %, estime le HCC. Selon lui, réduire l’empreinte carbone de l’alimentation, au-delà de la réduction des émissions de l’agriculture, nécessite de décarboner l’ensemble du système alimentaire, d’adopter une alimentation saine et moins riche en produits d'origine animale, et de réduire au maximum les émissions importées et les gaspillages.
« Soutenir l’adoption de pratiques agricoles bas-carbone et adaptées au changement climatique »
Le HCC explique : « Par ailleurs, cela suppose de soutenir l’adoption de pratiques agricoles bas-carbone et adaptées au changement climatique en réduisant les externalités sociales et environnementales négatives. Des leviers à toutes les étapes du système alimentaire doivent être mobilisés et coordonnés ».
Le HCC recommande d’associer à la SNBC 3 une feuille de route opérationnelle
De manière plus générale, le HCC recommande d’associer à la SNBC3 une feuille de route opérationnelle de mise en œuvre annuelle de la planification étroitement coordonnée avec la planification budgétaire, renforçant les investissements nécessaires à la décarbonation et garantissant la stabilité des dispositifs. Pour respecter le troisième budget carbone, il affirme que les émissions brutes doivent baisser de plus de 4 % par an, compte tenu des réductions estimées en 2024 à seulement -1,8 %, et pré-estimée également en 2025 à -1,6 %.