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Fruits à noyau : vers une stabilisation des surfaces de pêche, abricot et nectarine en Europe ?

Spécialisation des exploitations et progrès génétiques ont limité la perte en volume en Europe alors que les surfaces reculent régulièrement depuis quinze ans. Mais pour les producteurs européens, on est peut-être arrivé à un palier, d'après une table ronde organisée au Medfel.

<em class="placeholder">Récolte de nectarines dans les Pyrénées-Orientales.</em>
Dans les principaux pays européens producteurs, les vergers de fruits à noyau ont connu un repli sensible ces dernières années.
© Y. Kervenno

Chaque année au Medfel, le même constat est dressé pour les fruits à noyau : les surfaces plantées en abricot, pêche et nectarine ne cessent de reculer, même si les scénarios et les espèces diffèrent selon les pays (voir encadré). Peut-on aujourd’hui envisager de stopper l’hémorragie ? C’est à cette question qu'a tenté de répondre une table ronde organisée au Medfel, salon qui s’est tenu à Perpignan, les 28 et 29 avril. 

Situations variables en Espagne

En Espagne, le début du repli coïncide avec l’embargo russe décrété en 2014 et qui est toujours en vigueur. « C’était un marché très important pour nous et pour lequel nous avions planté beaucoup de vergers afin de l‘honorer », explique Santiago Vazquez de la fédération des coopératives espagnoles. Ces plantations, survenues à partir de 2010, nous ont conduits à pic de production en 2017, c’est à partir de cette année-là que les arrachages ont commencé. Passé cette vague, les arrachages que nous connaissons aujourd’hui sont liés à d’autres facteurs plus récents : le manque de rentabilité, la difficulté à recruter de la main-d’œuvre, le coût des intrants, la pression sur les produits phytosanitaires… Ce sont ces facteurs qui détournent aujourd’hui les jeunes de l’idée de reprendre ces vergers. »

Mais en Catalogne, on continue à planter et renouveler des vergers comme l’explique Manel Simon, directeur d’Afrucat : « La production s’est stabilisée chez nous parce que nos entreprises sont aujourd’hui très spécialisées et qu’elles se sont reportées à la fois sur des variétés plus productives mais surtout orientées vers les consommateurs (« consumer oriented ») avec plus de goût, c’est-à-dire capables de répondre parfaitement à la demande du marché ».

La concurrence du kiwi en Italie et en Grèce

En Italie, pays ou le recul est le plus sensible, Laura Stocchi, experte marché au Centro Servizio Ortofruticolo de Ferrare, explique que « cela fait 20 ans que les surfaces de pêchers sont à la baisse, avec pour principale cause la concurrence internationale ». Recul qui reste, selon elle, d’actualité pour les années qui viennent, surtout en pêche pavie tandis qu’en nectarine, les surfaces devraient rester stables. Pour les abricots, elle incrimine les accidents climatiques qui éreintent les producteurs. En Grèce, comme en Italie, les producteurs se détournent de la pêche pour « se consacrer aux kiwis, parce que c’est plus facile », explique Nikolaos Tsitsiokas de la coopérative Asepop Velventos.

Le développement des fruits plats

Pour autant, à l’exception de l’Italie, tous s’accordent à dire que la baisse pourrait s’atténuer, parce qu’au final, le marché européen a trouvé un certain équilibre, même s’il reste précaire et souvent consolidé par un accident climatique dans un des bassins de production. Tous signalent, y compris Muriel Milan, responsable technique de l’AOP pêches et abricots de France, le grand mouvement de professionnalisation et de spécialisation des entreprises. Plus performantes et plus grandes, elles ont su s’adapter en Espagne, par exemple, en développant les pêches plates.

Et maintenant les nectarines plates, même si Santiago Vazquez reste prudent sur ce segment manquant de maturité. « Nous sommes réservés sur la nectarine plate à la fois pour des questions organoleptiques mais aussi de consistance du fruit, de pérennité au long de son cycle de vie. D’autant que c’est pour l’instant un produit très peu rentable, il faudra un calendrier de production complet et des fruits stables et bons pour toute la saison », expose-t-il. C’est peut-être d’ailleurs là que se jouera le maintient des vergers, dans le goût. « Le consommateur ne nous attend pas et le goût est le principal moteur de réachat », insiste Manel Simon. Et là, la création variétale a tout son rôle à jouer, en abricot comme en pêche et nectarine.

Un repli général des surfaces, sauf exception

Partout en Europe les vergers de fruits à noyau ont connu un repli sensible ces dernières années. C’est 13 % en moins pour les vergers d’abricots entre 2016 et 2024. De plus de 51 000 hectares, il est tombé à tout juste 45 000 hectares dans les trois principaux pays producteurs, Italie, Espagne et France. Si la perte est contenue chez nous, elle est très marquée en Espagne et seule la Grèce progresse. La production, elle, avec les gains de productivité engrangés par le renouvellement des vergers, ne perd que 10 % en tendance sur la même période. En pêche et nectarines, le recul atteint 20 % entre 2016 et 2024 en Italie et en Espagne (respectivement passés de 69 000 à 53 000 hectares et de 85 000 à 68 000 hectares), quand les surfaces évoluent peu en France, stable à 11 000 hectares ou encore en Grèce où elles ont quasi retrouvé leur niveau de 2020 à 45 000 ha.

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