Les ressources humaines, le cœur des projets d’installations caprines
Le facteur humain est essentiel pour s’installer durablement comme éleveur de chèvres. Trois originaux parcours d’éleveurs ardéchois sous le regard d’une consultante en ressources humaines.
Le facteur humain est essentiel pour s’installer durablement comme éleveur de chèvres. Trois originaux parcours d’éleveurs ardéchois sous le regard d’une consultante en ressources humaines.
Le caprin attire, mais tient parfois moins longtemps qu’on ne l’imagine. Nathalie Morardet d’Auvergne-Rhône-Alpes Élevage l’a rappelé lors d’une journée sur l’installation en Ardèche (1) : « En France, la durée médiane des carrières en élevage caprin n’est que de 24 ans », et « 10 % des éleveurs s’arrêtent dans les quatre premières années. »
Pour Sophie Marçot, consultante en organisation du travail et relations humaines, « les ressources humaines sont un facteur important de la durabilité d’une installation caprine ». Elle pose le décor avec une image parlante : « Construire une exploitation, c’est comme monter un mur. Les pierres, ce sont les personnes et le mortier, c’est la communication, le respect et les règles entre les personnes. » Trois trajectoires d’éleveurs caprins et trois façons de sécuriser le facteur humain illustrent concrètement ce mur.
1- Reprendre hors cadre familial en gardant le cédant dans l’équipe
Trystan Gelas s’est installé en 2025 à Sécheras en Ardèche après un parcours progressif sur la ferme de Pascal Balaÿ : apprentissage, puis salariat, puis reprise de l’élevage de 50 chèvres avec transformation fromagère. L’ancien salarié est devenu chef d’exploitation et l’ancien exploitant est devenu salarié à mi-temps. Un renversement de posture, rarement simple sur le plan humain, mais rendu possible par un temps de préparation de plusieurs années et une relation de confiance. « J’habite le village et on se connaît avec Pascal depuis vingt ans, décrit Trystan. C’était une super opportunité de m’installer sur une ferme qui existe déjà. » Maire de sa commune, Pascal a l’habitude de faire confiance. La preuve ? Au moment où Trystan est officiellement devenu chef d’exploitation, Pascal était en vacances !
Pour Sophie Marçot, « dans ce type de transmission, il faut trouver sa place et même prendre sa place. On ne remplace jamais une personne et chaque nouvel entrant modifie l’équilibre du collectif, même à deux ». La consultante rappelle aussi l’intérêt de se faire accompagner au moment des fins de carrière afin de laisser la place aux rentrants. « Ce n’est pas simple de partir, surtout quand rien d’autre ne vous attire à l’extérieur. »
2- Grégoire est passé de salarié à associé
Grégoire Bobichon s’est lui installé il y a trois ans dans un Gaec après dix ans de salariat dans cette ferme ardéchoise avec 150 chèvres, vente de lait et transformation fromagère, une quinzaine de vaches allaitantes et des porcs charcutiers. « Au début, je voulais m’installer comme éleveur sur les terres de mes grands-parents. Mais je me suis attaché au Gaec de Marcelas, au lieu, aux gens et au troupeau… C’était devenu ma ferme de cœur. » Le départ d’une associée lui offre l’opportunité de rejoindre le collectif.
« Malgré ma phobie administrative, le parcours à l’installation n’a pas été une montagne infranchissable, décrit Grégoire. J’ai changé de statut mais pas de travail ». Déjà comme salarié, Grégoire participait aux décisions techniques de l’élevage. Les règles d’organisation restent les mêmes avec une rémunération du travail à l’heure. En s’installant à plusieurs, l’éleveur de 29 ans apprécie de pouvoir conserver des week-ends et des vacances.
Côté communication, pas de solution magique, mais des routines. « On a un bureau commun, un groupe WhatsApp et une capacité à poser les sujets, apprécie Grégoire. On a déjà vécu des conflits mais on finit toujours par dialoguer et échanger. »
Sophie Marçot insiste : « Plus on est nombreux, plus le mortier de la communication doit être travaillé. Le groupe WhatsApp, c’est très bien, mais ça ne remplace pas le visuel et les relations. » D’où sa recommandation de prendre le temps, une fois par semaine ou une fois par quinzaine, de se mettre dans le bureau et de parler du travail.
3- Après le Gaec, Franck est devenu employeur
Franck Deygas embauche régulièrement des salariés sur sa ferme ardéchoise de 135 chèvres, tout en transformation fromagère. Il a longtemps été en Gaec familiale puis, au départ de sa sœur, il a cherché un associé mais sans vraiment trouver quelqu’un. Aujourd’hui, il travaille avec deux salariées et une apprentie. Il planifie l’agenda longtemps à l’avance et annualise le temps de travail afin de faire face aux pics et aux creux d’activités.
Côté administratif, il délègue la paie à un prestataire, mais rappelle une règle utile à tous : « Vous êtes toujours responsable des fiches de paie ; il faut les contrôler quand même. » L’éleveur de 53 ans a mis en place des outils simples pour communiquer : un groupe WhatsApp, mais surtout un rituel de présence. « Au moins une fois par semaine, je bois le café avec les salariées pour un temps d’échange qui dépasse le simple brief. » Il ajoute un principe de management souvent oublié en période de rush : « Dire les choses quand elles vont bien ; c’est plus facile ensuite de dire quand ça ne va pas bien. »
Sophie Marçot resitue l’enjeu : « Ça s’apprend d’être employeur, de passer des consignes, d’accompagner la motivation et l’attractivité. » Elle rappelle aussi l’importance de l’accueil : « On ne fait pas deux fois une première impression. Un salarié doit se sentir attendu et accueilli. »
J’ai décidé de gagner du temps
Sophie Marçot, consultante et formatrice indépendante, rappelle dans J’ai décidé de gagner du temps comment mieux s’organiser et gérer son agenda pour aspirer à un meilleur équilibre de vie en étant agriculteur. Elle explique comment dynamiser et pérenniser un groupe de travail avec des associés ou des salariés. Les méthodes et astuces pour travailler efficacement et vivre plus sereinement sont listées et accompagnées d’autodiagnostics et d’idées inspirantes.