Les levures, alliées discrètes en élevage
Prévenir les acidoses, soutenir la production et renforcer l’immunité : des études présentées par Phileo by Lesaffre confirment l’intérêt des levures en élevage de petits ruminants.
Prévenir les acidoses, soutenir la production et renforcer l’immunité : des études présentées par Phileo by Lesaffre confirment l’intérêt des levures en élevage de petits ruminants.
Peu visibles dans la ration, mais toujours étudiées et sélectionnées, les levures présenteraient de nombreux intérêts en élevage ovin. Lors d’une journée consacrée aux petits ruminants, Lesaffre, leader mondial de la levure, a présenté les résultats d’essais récents sur les brebis et les chèvres. « Le rumen est l’un des écosystèmes microbiens les plus complexes et diversifiés de la planète », indique Eric Pinloche, responsable de la recherche et du développement de Phileo, la branche de Lesaffre dédiée à la santé animale. « Il permet aux ruminants de digérer des matières premières non utilisables par l’homme. On parle d’alimentation animale, mais en réalité on nourrit plutôt les micro-organismes du rumen qui produisent les nutriments dont a besoin l’animal. »
Un équilibre d’autant plus sensible qu’il dépend de nombreux facteurs : ration, stade physiologique, génétique, mais aussi pH et potentiel d’oxydo-réduction du rumen. En pratique, des rations riches en sucre ou pauvres en fibres longues perturbent cet équilibre. Elles favorisent la production d’acide lactique dans le rumen, abaissant le pH et exposant à un risque d’acidose.
Un gain de production grâce aux levures
Pour moduler cet écosystème, Phileo a mis au point trois solutions de levures aux propriétés complémentaires. La plus connue d’entre elles, ActiSaf, est formulée à base de levures vivantes. Les effets avancés par le fabricant sont doubles. D’une part, maintenir l’activité ruminale malgré des rations acidogènes, en limitant la chute du pH et en stabilisant le potentiel d’oxydo-réduction du rumen. D’autre part, améliorer la digestibilité, ce qui n’est pas le cas avec du bicarbonate, par exemple.
In fine, la production laitière serait améliorée significativement, tout comme la qualité du lait. Une étude grecque sur 104 brebis Chios en péripartum a mis en évidence une hausse de la production laitière de 7,6 % chez les animaux complémentés. Une autre étude, conduite en Chine sur 174 agneaux, montre aussi une amélioration des performances à l’engraissement, à ration équivalente.
Un effet antipathogène et antioxydant des levures
Mais certains additifs à base de levures auraient aussi un effet contre les bactéries pathogènes. Appelés post-biotiques, ils se fixent aux pathogènes et sont expulsés dans les excréments, au lieu d’être absorbés. Ils soutiennent aussi les défenses immunitaires de l’animal, abaissant le taux de cellules dans le lait. Une étude menée sur des brebis au Royaume-Uni recevant deux grammes de post-biotique par jour pendant les quatre semaines précédant l’agnelage montre un gain de 25 % d’immunoglobulines dans le colostrum.
Autre innovation proposée par le groupe : des levures enrichies en sélénium, un nutriment aux propriétés antioxydantes. Un essai a été mené en Grèce sur 120 brebis Chios et lacaunes, en associant les trois solutions vendues par Lesaffre, dont celle au sélénium. Résultat : le taux de protéines antioxydantes a augmenté de 8 % et le stress oxydatif des animaux complémentés a été minoré.
Des levures complémentaires de bonne pratiques alimentaires
« Nos produits sont souvent vus comme une assurance, alors qu’ils sont un levier de performance. Le gain est direct pour l’éleveur », estime Julie Duclos de Phileo. Malgré tout, ces solutions ne se substituent pas aux pratiques sécurisant le rumen. Un abreuvement suffisant et de qualité, une bonne gestion du stress thermique, un apport minéral adapté et suffisamment de fibres longues dans la ration restent des indispensables pour prévenir les acidoses.
Quelles levures pour l’avenir ?
Ce ne sont pas moins de 20 000 micro-organismes différents qui constituent la collection de Lesaffre, le leader mondial de la levure. Une immense « levurothèque » dans laquelle sont sélectionnées les souches de levures susceptibles de répondre aux besoins des éleveurs. Pour comprendre les mécanismes d’action de ces micro-organismes, le groupe est doté d’une station expérimentale, installée à côté de la ferme de l’école d’ingénieurs de Purpan, près de Toulouse. « Le microbiote grandit et mature avec son hôte. Nous avons besoin de le connaître, et de comprendre ce qui l’impacte », indique Lamya Rhayat, directrice de la station.
Les laboratoires sont adossés à une stabulation avec huit vaches, ce qui permet à l’équipe de recherche et développement de prélever du jus du rumen et de conduire des expérimentations en condition de terrain. Des échantillons de sang, d’urine et d’excréments sont aussi étudiés pour comprendre les effets pro- ou anti-inflammatoires des additifs.
Une solution contre les mycotoxines, ces toxines produites par des champignons, est ainsi en cours de développement. Cette problématique risque de prendre de l’importance dans le futur : « À cause du changement climatique, nous savons que les mycotoxines vont se développer, mais il est difficile de prédire lesquelles », explique Virginie Marquis, toxicologue. Autre sujet en lien avec le changement climatique : l’effet potentiel des levures sur la diminution de la production de méthane dans le rumen.