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Monotraite le week-end : 7 % de perte de lait en 2025, pour des week-ends plus légers, en Bretagne

Supprimer les traites du soir le samedi et le dimanche induit une perte de production laitière relativement faible au regard du temps libre dégagé, d’après les résultats de l’étude mené à la ferme expérimentale de Trévarez, dans le Finistère.

<em class="placeholder">traite des vaches laitières de la ferme expérimentale de Trévarez dans le Finistère</em>
La suppression de deux traites hebdomadaires offre un compromis acceptable entre allègement du travail et maintien des performances.
© E. Tranvoiz

Supprimer les traites du soir le samedi et le dimanche, soit un passage à douze traites hebdomadaires, présente un intérêt évident en termes d’organisation du travail. La question centrale reste celle de l’impact sur la production laitière.

La chambre d’agriculture de Bretagne et l’Institut de l’élevage ont conduit en 2025 un essai à la ferme expérimentale de Trévarez, dans le Finistère. Les résultats apportent des éléments sur la perte de lait et sa dynamique au cours de la semaine.

Une baisse globale de production de 7 %

La production laitière du lot soumis à la suppression des traites du soir le week-end a affiché une diminution moyenne de 7 % par rapport au lot témoin sur les douze semaines d’essai.

Ce niveau de perte s’inscrit dans la fourchette des références bibliographiques pour des stratégies de réduction de fréquence de traite, souvent comprises entre 1 et 10 % pour l’omission ponctuelle d’une traite hebdomadaire. La particularité de cet essai réside dans la suppression de la traite du soir sur deux jours consécutifs chaque semaine, une modalité encore peu documentée.

Jusqu’à -25 % le week-end

L’analyse fine des résultats met en évidence une forte variabilité au cours de la semaine. Le week-end, période où les traites du soir sont supprimées, la production chute nettement, avec une baisse atteignant 25 %. Cette diminution s’explique directement par l’allongement de l’intervalle entre deux traites, qui atteint alors 24 heures.

Un effet de rattrapage en début de semaine

Fait marquant de l’essai : la perte de production observée le week-end entraîne un rebond en semaine. Un phénomène de compensation apparaît dès le début de semaine, avec une remontée de la production lors du retour à deux traites quotidiennes. Ce rebond traduit la capacité d’adaptation du tissu mammaire. Après la phase de contrainte, la reprise d’un rythme de traite classique stimule à nouveau la sécrétion lactée. Toutefois, cette compensation reste incomplète, ce qui explique la perte globale observée à l’échelle de la semaine.

Une perte à relativiser à l’échelle du système

Si une baisse de 25 % le week-end peut sembler importante, elle doit être replacée dans une logique hebdomadaire et annuelle. L’essai montre que l’impact final se limite à une baisse de 7 % à l’échelle d’une semaine, soit une perte relativement modérée au regard du gain en termes de conditions de travail.

La stratégie « douze traites par semaine » repose sur l’acceptation d’une variabilité journalière de la production en échange d’une meilleure organisation du travail.

Des réponses variables selon les animaux

L’étude met également en évidence une variabilité de réponse entre les vaches, que les chercheurs ne parviennent pas à expliquer précisément. Certaines catégories d’animaux semblent mieux tolérer l’allongement de l’intervalle de traite. Cette variabilité confirme que la perte de lait n’est pas uniquement liée à la modalité de traite, mais aussi aux caractéristiques du troupeau et des animaux, ce qui a déjà été démontré lors du passage en monotraite quotidienne.

Une pratique réversible, sans investissement

Au final, cette stratégie apparaît comme un levier intéressant pour améliorer la qualité de vie. La baisse de 7 % observée en 2025 constitue une référence solide pour évaluer le compromis technico-économique.

Dans un contexte où l’attractivité du métier et la gestion du temps de travail deviennent des enjeux majeurs, ce type d’adaptation pourrait trouver toute sa place dans les systèmes laitiers, notamment dans les exploitations recherchant plus de flexibilité sans transformation structurelle majeure. De plus, à tout moment, il est possible de repasser à quatorze traites par semaine.

Très peu d’impact sur les taux

En 2025, les effets de la suppression des traites du soir le week-end sur la qualité du lait apparaissent globalement limités et doivent être interprétés avec prudence. Les résultats suggèrent une légère tendance à l’augmentation du taux protéique, de l’ordre de 1,3 point, tandis que le taux butyreux présente des évolutions plus variables selon les périodes, sans tendance nette clairement établie. Ces évolutions restent cohérentes avec les mécanismes connus lors d’un allongement de l’intervalle de traite, qui peut induire un effet de concentration des constituants du lait. Toutefois, la variabilité observée au cours de l’année, ainsi que les différences potentielles entre catégories d’animaux, invite à rester mesuré dans l’interprétation.

Par ailleurs, il n’y a pas eu de dégradation de la qualité sanitaire du lait. La situation de départ était bonne en cellules et germes. Ainsi, les résultats 2025 ne permettent pas de conclure à un impact marqué ou systématique sur la qualité globale du lait.

À retenir

Jusqu’à 25 % de perte de production laitière le week-end

Un effet de compensation sur les autres jours de la semaine limite la perte hebdomadaire

Chiffres clé

24,7 kg de lait par vache et par jour en moyenne produit par le lot témoin (moyenne ajustée de la parité *)

23 kg de lait produit en moyenne par le lot « monotraite week-end »

* la moyenne ajustée de la parité représente la production moyenne d’un troupeau composé à 50 % de primipares et à 50 % de multipares.

En 2025, un essai sur douze semaines en été

L’essai conduit à la Ferme expérimentale de Trévarez en 2025 repose sur la comparaison de deux conduites de traite appliquées à des vaches laitières en conditions proches du terrain. Deux lots homogènes de vingt vaches Prim’Holstein ont été constitués : un lot témoin en traite biquotidienne classique (quatorze traites par semaine) et un lot expérimental soumis à la suppression des traites du soir le week-end (douze traites hebdomadaires).

Après une phase de pré-expérimentation de deux semaines avec un régime et une conduite identiques pour tous les animaux, l’essai s’est déroulé sur douze semaines en période estivale. Les deux lots étaient physiquement séparés mais conduits dans la même stabulation et avec la même salle de traite, afin de limiter les biais liés au bâtiment ou au matériel. Les horaires de traite ont été maintenus constants tout au long de la semaine pour ne pas perturber l’organisation globale du troupeau.

L’alimentation, basée sur le pâturage complété par de l’ensilage de maïs, a été strictement identique entre les lots afin d’isoler l’effet de la fréquence de traite. De nombreuses mesures ont été réalisées : production laitière quotidienne, composition du lait, état corporel, événements sanitaires et reproduction, temps de travail.

Un essai en 2026 cet hiver

 

<em class="placeholder">salarié à la traite, à la ferme expérimentale de Trévarez dans le Finistère </em>
Lors des deux derniers hivers à Trévarez, les vaches qui n’étaient pas en essai ont été conduites en monotraite le week-end durant un mois. © E. Tranvoiz

Dans la continuité des résultats obtenus en 2025, la Ferme expérimentale de Trévarez prévoit de reconduire cet essai en conditions hivernales. L’objectif est de vérifier la robustesse de cette conduite quand les vaches sont tout le temps en bâtiment, avec une alimentation entièrement à l’auge, des conditions climatiques humides plus contraignantes et une organisation du travail spécifique à l’hiver. Cette nouvelle phase permettra d’évaluer si les niveaux de perte de lait observés et les effets sur la qualité du lait se confirment dans un système moins dépendant du pâturage.

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