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Les pratiques qui vous permettront de conserver la productivité de votre prairie

Avant de se lancer dans un renouvellement de vos prairies accessibles, quelques pratiques permettent de les faire durer. Quelques ajustements au niveau de la gestion du pâturage et de son utilisation peuvent faire la différence.

Pour implanter cette prairie multiespèce, après un labour de luzerne à la mi-septembre suivi d'un passage d'outil à dents et d'un combine HR et semoir, ont été utilisés : 5,5 kg/ha de RGA diploïde, 5,5 kg/ha de RGA tétraploïde, 5,5 kg/ha de fétuque élevée, 1,5 kg/ha de trèfle blanc agressif et 2 kg/ha de trèfle intermédiaire, 1 kg/ha de trèfle violet, 0,5 kg/ha de chicorée et 1 kg/ha de plantain.
Pour implanter cette prairie multiespèce, après un labour de luzerne à la mi-septembre suivi d'un passage d'outil à dents et d'un combine HR et semoir, ont été utilisés : 5,5 kg/ha de RGA diploïde, 5,5 kg/ha de RGA tétraploïde, 5,5 kg/ha de fétuque élevée, 1,5 kg/ha de trèfle blanc agressif et 2 kg/ha de trèfle intermédiaire, 1 kg/ha de trèfle violet, 0,5 kg/ha de chicorée et 1 kg/ha de plantain.
© A. Juanchich

« Avant de chercher à rénover ou régénérer sa prairie, il faut s’interroger sur ce qui l’a fait vieillir, qu’elle soit temporaire ou permanente », soutient Patrice Pierre, du service fourrages de l’Institut de l’élevage.

Inutile de se précipiter pour ragaillardir une prairie fatiguée. D’autant plus une prairie permanente qui est un milieu en équilibre composé d’espèces adaptées aux conditions pédoclimatiques et à son mode d’exploitation. « Parfois, il suffit d’être un peu patient, estime-t-il. Nous sommes souvent surpris par des prairies qui se refont une santé. » D’autant que les laisser vieillir permet de diluer les charges engagées sur la surface.

L’intérêt est également environnemental : « En cas de rénovation, le profil du sol est détruit, le carbone est déstocké et l’azote libérée, explique Patrice Pierre. Mais cela est parfois nécessaire pour revenir à quelque chose de plus adapté pour les vaches. »

En effet, « la productivité d’une prairie temporaire est maximale les quatre à cinq premières années puis son rendement décroît : des mauvaises herbes de type pissenlit, agrostis ou chiendent se développent », décrypte André Pochon, fondateur du Cedepa(1), dans sa communication De la prairie temporaire à la prairie permanente (2013).

 

 

 

Partir du bon pied

Avant de mettre en place des bonnes pratiques pour allonger la durée de vie de sa prairie, il faut choisir avec précision les espèces à implanter et gérer au mieux la fertilisation de la parcelle.

« Le bon ciblage de l’assemblage graminées et légumineuses est important pour se mettre dans une situation où cela commence bien », confirme Patrice Pierre. 15 à 18 kg de graminées et 5 à 6 kg de trèfle blanc par hectare suffisent en bonnes conditions de semis (sol tassé, couverture légère de la graine), assure André Pochon. Le ray-grass est une bonne option tant cette graminée est productive, appétente et résistante. Mais il convient d’adapter ses variétés aux conditions pédoclimatiques de son exploitation. Ainsi en parcelle séchante, ou bien humide en région chaude, la fétuque élevée de variété tardive peut être préférée. Pour le semis, l’ingénieur de l’Idele préconise de semer à la volée et non en ligne. « Le lignage est la porte d’entrée à d’autres espèces et donc au vieillissement prématuré de la prairie », signale-t-il.

Côté fertilisation, le phosphore et la potasse conditionnent la vigueur et la longévité de la prairie. Le fondateur du Cedepa préconise un minimum de 250 mg/kg de terre sèche de P2O5 et K2O. En dessous, « il faut appliquer une fumure de redressement au départ puis, chaque année, une fumure d’entretien de 60 unités de P2O5 et 150 unités de K2O à l’hectare ». Relever le seuil de fertilité en phosphore et potasse permettra le bon développement du trèfle blanc et du ray-grass tout en affaiblissant le rumex.

Pour le pH, en dessous de 6 en sol léger et 6,5 en sol lourd, un apport de 400 kg de chaux par hectare (équivalent à une tonne de sable coquiller) est indispensable chaque année. Pour maintenir une bonne vitalité d’une prairie permanente, il convient de viser une fourchette de pH comprise entre de 6,0 à 6,5 en terre légère et de 6,5 à 7,0 en terre lourde.

Bien gérer son pâturage est la clé

Une fois, l’implantation réussie, le mode d’exploitation de la prairie jouera sur sa longévité. Une bonne gestion du pâturage permettra d’éviter la perte de densité du couvert et préviendra sa diversification ou à l’inverse sa simplification vers une ou deux espèces dominantes.

Le surpâturage en période estivale est à proscrire. Il combine deux facteurs dégradant pour la prairie. « Les espèces à faible surface racinaire comme le ray-grass vont disparaître. Cela va créer des espaces où la prairie va se diversifier avec des espèces spontanées », alerte Patrice Pierre. Certaines graminées peuvent être intéressantes mais dans la majorité des cas, le mélange va perdre en productivité.

Autre habitude qui va détériorer prématurément une prairie : le matraquage en sortie d’hiver en conditions humides. Tous les sols n’auront pas la même capacité à se refermer. Les limons sableux peuvent faire preuve d’une certaine résilience, cela n'est pas le cas des sols argileux.

S’il est impossible de faire autrement que de sortir les vaches en période pluvieuse, André Pochon a une astuce : « en profiter pour réaliser un sursemis avec graminées et trèfle blanc ».

Le sous-pâturage n’est pas non plus la solution. Au-delà de 15 cm de hauteur, le pied de la plante ne reçoit plus de lumière et la plante ne talle plus. Un bon déprimage de printemps nettoiera la prairie et apportera de la lumière aux plantes en favorisant le trèfle blanc et le tallage des graminées.

Ne pas trop spécialiser ses prairies

Même s’il est confortable de faire pâturer les vaches sur les parcelles les plus proches du bâtiment, l’alternance entre pâturage et fauche favorise une bonne maîtrise de la flore indésirable et notamment du rumex. « Au lieu de toujours concentrer les animaux sur les mêmes parcelles, cette alternance amène un meilleur équilibre dans le temps », assure Patrice Pierre. La fertilisation des parcelles de l’exploitation n’en sera que plus équilibrée.

Enfin, si l’état d’une prairie ne laisse présager aucune possibilité de retour en arrière, peut-être alors faut-il penser à la repositionner sur une autre fonction au sein de son système. Une prairie où les légumineuses ont régressé au profit de graminées conviendra par exemple parfaitement aux vaches taries.

(1) Centre d’études pour une agriculture plus autonome.

À retenir

Pour faire durer une prairie :
]]> le piétinement des prairies en période estivale ou pluvieuse de sortie d’hiver est à exclure ;
]]> l’alternance fauche-pâturage permet une bonne maîtrise des indésirables ;
]]> le pH doit être compris entre de 6,0 à 6,5 en terre légère et de 6,5 à 7,0 en terre lourde ;
]]> les taux de phosphore et de potasse doivent dépasser 250 mg/kg de terre sèche.

Le saviez-vous ?

Réussir un sursemis de prairie n'est pas gagné d'avance. Les échecs sont fréquents. Des conseils spécifiques s'appliquent pour maximiser les chances de réussite (minimum de sol nu, végétation rase, espèces agressives, pas de fertilisaton azotée, roulage, etc.)

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