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« Le sursemis de méteil dans les prairies vivantes est prometteur mais exigeant »

Le semis direct de méteil fourrager et d’espèces prairiales dans les prairies vivantes est pratiqué dans le Cantal depuis 2017. Retour d’expériences avec Vincent Vigier, conseiller bio à la chambre d’agriculture du Cantal.

Vincent Vigier, de la chambre d'agriculture du Cantal.
Vincent Vigier, de la chambre d'agriculture du Cantal.
© A. Conté

Pourquoi semer des plantes annuelles avec des espèces prairiales dans des prairies vivantes ?

Vincent Vigier - « Nos systèmes herbagers sont confrontés ces dernières années à des sécheresses à répétition et des dégâts importants de campagnols. Cette technique de semis sur prairies vivantes permet de regarnir les prairies dégradées en espèces agressives et productives. Le méteil sursemé consolide le rendement et la valeur protéique de la première coupe. Les espèces prairiales sursemées bouchent les trous, améliorent la valeur alimentaire et le rendement des prairies sur les récoltes suivantes, sans les détruire.

L’objectif est aussi de découper le feutrage racinaire des vieilles prairies, et d’améliorer la porosité et la vie du sol en introduisant des plantes à fort pouvoir racinaire. Ceci favorise la minéralisation de l’azote organique et un meilleur développement des légumineuses. Le sursemis permet également de limiter le salissement hivernal des luzernes et dactyles. »

 

 
Démonstration de sursemis avec un semoir Simtech. © V. Vigier

 

La technique a connu un véritable engouement dans le Cantal. Quel bilan en tirez-vous ?

V. V. - « Le risque d’échec est élevé si tous les facteurs de réussite ne sont pas appliqués. Les premières parcelles ont été sursemées en 2017. Dès 2018, suite aux démonstrations de matériel, des entreprises ont investi et 1 400 hectares ont été sursemés ; plus de la moitié se sont soldés par des échecs en raison des conditions de semis, des matériels utilisés et des espèces semées. Pour déterminer les conditions idéales de semis, la chambre d’agriculture, accompagnée financièrement par le programme Pepit de la région Auvergne-Rhône-Alpes, a suivi 120 parcelles et mis en place des essais avec témoins en collaboration avec l’Inrae. »

 

 
Témoin à gauche et sursemis à droite © V. Vigier

 

 

 
Témoin à gauche et sursemis de méteil dans une luzerne à droite. © V. Vigier

 

Quels sont les facteurs de réussite de cette technique ?

V. V. - « Cinq conditions doivent être respectées pour que les espèces semées puissent se développer :

- il faut semer dans une prairie peu dense et peu concurrentielle, sur une végétation rase pour assurer un maximum de lumière ;

- les espèces semées doivent être agressives : nous avons testé pas mal d’espèces. La vesce commune ou velue (15 à 20 kg /ha) ne nous a jamais déçus, l’avoine (80 kg/ha) est vraiment intéressante. Nous profitons du passage du semoir pour recharger la prairie avec du trèfle violet (5 kg/ha), du trèfle blanc géant (3 kg/ha), du ray-grass anglais ou hybride (10 kg/ha) ainsi que du dactyle en plaine. Il est illusoire d’espérer du résultat avec un triticale ou un pois fourrager qui souffrent de la concurrence avec la prairie ;

- le choix du semoir est important, il doit être assez agressif pour ouvrir un sillon suffisamment large et créer de la terre fine dans le lit de semences. Le semoir à socs Simtech remplit ces conditions. Les semoirs directs monodisques ne sont pas adaptés. Les semoirs à disques doivent être équipés de disques ouvreurs gaufrés ou turbo et de disques semeurs en V. Il est aussi possible d’utiliser un combiné herse rotative-semoir réglé au minimum d’agressivité. La herse étrille donne des résultats trop variables ;

- le sol doit être suffisamment réhumidifié et ressuyé : les semis les plus réussis sont à l’automne (première quinzaine d’octobre) avec le retour des pluies ;

- une fertilisation azotée minimale de 60 unités d’azote, majoritairement du lisier de bovin épandu en février, est indispensable. »

Que peut-on espérer comme gain de rendement ?

 

 
Récolte d'un semis direct de méteil dans une prairie (Cuma du labiau). © V. Vigier

 

V. V. - « Si ces recommandations sont appliquées, les rendements augmentent de plus de 40 %, soit 1,3 tMS/ha en première coupe : c’est la moyenne de 12 parcelles bio suivies en 2020 et 2021 avec témoin. Ils progressent de plus de 50 % sur les deuxièmes coupes de 2021 grâce au trèfle violet et au ray-grass. Les taux de protéines progressent de 1 point, essentiellement grâce à la forte présence de vesce. »

Le saviez-vous ?

Un fort développement du trèfle blanc a été observé dans plusieurs prairies temporaires sursemées après le passage d’outils scarificateurs, alors qu’il n’avait pas été semé. Il s’explique probablement par un meilleur accès à la lumière et une multiplication des stolons.

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