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La silphie, une pérenne remise au goût du jour

Avec plus de 3 000 hectares implantés en France 2021, la surface en silphie a été multipliée par trois par rapport à 2020. Après la méthanisation, c’est en tant que fourrage qu’elle est testée.

Importée d’Allemagne depuis 2018, cette plante originaire des plaines d’Amérique du Nord suscite l’intérêt de plus en plus d’éleveurs. « Elle est présente dans 80 % des départements français », se réjouit Amédée Perrein, gérant de la société Silphie France (importateur exclusif de la variété Abica Perfo).

Comment expliquer ce début d’engouement ? Oubliée depuis les années 1960, elle a refait surface il y a trois ans par le biais de la méthanisation. Cette plante pérenne (environ 15 ans) peut en effet atteindre 3,50 m de hauteur avec un taux de matière sèche de 28-30 % lorsqu’elle est récoltée à cette fin, avec une seule coupe fin août-début septembre. Le rendement peut alors atteindre 18 à 20 t MS en année normale, affirme Amédée Perrein.

Le regain d’intérêt observé en 2021 est lié à sa valorisation en alimentation animale. « Cette année, plus de 70 % de nos ventes de semences sont destinées à fournir un fourrage aux bovins. Cela s’explique par le fait que depuis deux ou trois ans la sécheresse plombe les rendements de maïs dans certaines régions. »

Pourquoi la silphie ferait-elle mieux que le maïs ? « La silphie n’est pas une plante miracle. Elle a besoin d’autant d’eau que le maïs, mais pas aux mêmes moments. Quand elle est destinée à fournir du fourrage, elle peut être récoltée une première fois mi-juin avec un rendement compris entre 5 et 9 t MS/ha. Elle mesure déjà 1,70 m alors que le maïs n’est semé que depuis quelques semaines. » Autre point fort, lorsqu’elle est bien implantée - compter trois ans – son système racinaire profond (2 à 3 m) lui permet de mieux résister à la sécheresse.

Elle boostera d’autant plus les stocks fourragers qu’une deuxième coupe est possible fin septembre, avec toutefois un rendement plus modeste : 3 à 5 t MS/ha. Autrement dit, en année normale, on peut espérer récolter jusqu’à 14 t MS/ha, selon Amédée Perrein.

Pas de récolte lors de la première année

 

 
La silphie peut être enrubannée ou ensilée. Les essais en cours dans les élevages apporteront des informations utiles à son potentiel de valorisation en fourrage. © Silphie France

 

Mais attention, compte tenu de son délai d’installation, il faudra patienter plus d’un an avant de récolter les premiers kilos de silphie. « Une fois semée et désherbée, je préconise aux éleveurs d’attendre le mois de mai suivant pour aller revoir la culture pour éviter de se faire peur », explique Amédée Perrein.

Elle n’atteindra sa vitesse de croisière que trois ans après son implantation. D’où le choix de certains de la semer sous couvert de maïs. « Comme cela pénalise son installation, je ne le conseille pas aux éleveurs qui veulent faire un essai sur une surface limitée. En revanche, vous pouvez le faire si vous l’implantez sur une grande surface pour ne pas trop pénaliser la quantité de fourrages récoltés en première année. »

L’absence de données récentes et de récolte en première année incitent cependant à la prudence sur le terrain. Les récoltes des prochains mois apporteront plus d’éléments, notamment du côté de sa valeur alimentaire et de la consommation par les animaux.

Une valeur alimentaire à confirmer

La seule véritable référence sur la valeur alimentaire de la silphie est puisée dans les tables Inra de 2007. Les premières analyses réalisées l’année dernière par la chambre d’agriculture des Vosges ont confirmé des valeurs proches de 0,70 à 0,85 UFL selon le stade de récolte. « Sa teneur en protéines est comprise entre 12,8 et 16,9 % de MAT. Cette plante contient deux fois plus de protéines que le maïs. En revanche, faute de grains, elle est moins riche en énergie », souligne Amédée Perrein, de Silphie France.

« Ces valeurs se rapprochent de celles d’un ensilage d’herbe. Mais ce sont des valeurs en vert. Avec la conservation, elles risquent de diminuer », indique Noémie Choffel, de la chambre d’agriculture des Vosges.

Amédée Perrein préconise de ne pas en distribuer plus de 30 % dans la ration pour limiter le risque d’acidose en raison de sa richesse en sucres solubles. Les valeurs alimentaires de la silphie devront être confirmées avec des analyses d’ensilages ou d’enrubannages réalisés en 2021 et 2022.

Côté éco

Le coût de la semence est de 1 710 €/ha, auxquels il faut ajouter 60 €/ha d’engrais starter.

En cas de semis sous couvert de maïs, ce coût avoisine 1 900 €/ha.

Les conseils de Silphie France pour la cultiver

Implanter si possible sur des parcelles propres.
Réaliser un à trois faux semis au printemps avant de semer.
Semer en mai 170 000 graines/ha entre 0 et 2 cm de profondeur avec un semoir monograine pneumatique : maximum 50 cm d’interrang en pur. Taux de germination garanti de 90 %.
Possibilité de l’associer à un maïs pour avoir une récolte de fourrage en première année.
Bien rappuyer.
Désherbage en post-semis selon un protocole divulgué seulement aux clients de Silphie France.
Désherbage mécanique pour les bios (essais en cours avec herse étrille et rotative).
Désherbage d’automne avec un antigraminée.

Les avantages et inconvénients de la silphie

Les plus :

Bonne résistance à la sécheresse et au gel
Culture pérenne (plus de 15 ans)
Source d’énergie pour les méthaniseurs
Peu d’intrants
Plante mellifère (100 à 150 kg de miel/ha)

Les moins :

Culture à implantation délicate
Aucune récolte la première année
Pas encore reconnue comme surface d’intérêt écologique

Avis d’éleveur : Julien Soltys, Gaec de la Souche, dans les Vosges

« Nous testons la silphie enrubannée »

 

 
Julien Soltys. « Nous avons récolté 9 t MS de silphie en 2020. Elle s'est bien conservée. Nous allons poursuivre nos essais. » © A. Perrein

 

« Nous avons commencé à tester la silphie sur un hectare en 2019. Notre objectif était de nous faire la main sur sa culture et sa récolte en enrubannage. Lors de la première récolte réalisée mi-juin 2020, nous n’avons récolté que 6 tonnes de matière sèche (62 % MS) après un séchage au champ de trois jours. Puis 3 t MS en septembre, soit un cumul de 9 t MS. Cela s’est plutôt bien passé. Les tiges de silphie restent souples. Elles n’ont pas percé les films d’enrubannage. Il y a eu très peu de moisissure. Au final, cela ressemble à de la luzerne. Nous en avons ressemé deux hectares l’année dernière. Et comme c’est une plante qui ne nécessite pas de traitements phytosanitaires, nous allons en semer sur une bande de 10 mètres de large en guise de zones de non-traitement (ZNT) dans nos champs situés en zone périurbaine. La surface totale avoisinera 5 à 6 hectares. Notre objectif est d’en distribuer aux jeunes génisses plutôt qu’à nos vaches (120 Prim’Holstein à 10 000 kg en traite robotisée) parce que nous n’avons pas assez de stocks. Les génisses la consomment très bien. »

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