« La convivialité, c’est primordial pour la cohésion d'équipe de notre Gaec », en Meurthe-et-Moselle
Au Gaec de la Dame de Haye en Meurthe-et-Moselle, la cohésion de l’équipe de neuf personnes est une priorité pour les cinq associés. Café le matin, déjeuner pris en commun, les éleveurs misent sur la communication et les temps d’échanges.
Au Gaec de la Dame de Haye en Meurthe-et-Moselle, la cohésion de l’équipe de neuf personnes est une priorité pour les cinq associés. Café le matin, déjeuner pris en commun, les éleveurs misent sur la communication et les temps d’échanges.
Neuf personnes travaillent au Gaec de la Dame de Haye, en Meurthe-et-Moselle : cinq associés, deux salariés à plein temps et deux salariés à mi-temps. À cette équipe s’ajoutent trois salariés à la tâche, pour certains week-ends et la traite du soir. « Si un membre de la famille vient donner un coup de main, c’est en tant que salarié. C’est plus simple pour tout le monde », estime Johann Vévert, un des associés du Gaec.
Pour faire fonctionner ce collectif, les associés misent sur la communication et les temps d’échanges. « Chaque matin, après les soins aux animaux, nous prenons le petit déjeuner tous ensemble, salariés et associés. Nous ne faisons jamais de différences entre les deux, tout le monde vit mieux l’aventure ainsi, et cela se ressent dans le travail, dans l’envie. Le déjeuner peut durer entre quinze minutes et une heure, selon les jours », témoigne l’éleveur. Ce rituel est à la fois un moment de convivialité et de répartition des tâches de la journée.
Une salariée s’occupe des repas
Le midi, toute l’équipe mange ensemble. Préparer le repas est même inclu dans les missions d’une des salariées. « Bien sûr, être présent au repas n’est pas obligatoire, si mes enfants sont là par exemple, je ne viens pas, explique Johann Vévert. Mais c’est vrai que cela contribue à la cohésion de l’équipe. Lorsque l'un d'entre nous n’est pas là, il rate quelque chose. » Les éleveurs ont aménagé une grande salle de pause au-dessus de la salle de traite, avec cuisine équipée, canapé, télévision et même un lit d’appoint. « C’était important pour nous d’avoir un lieu neutre où nous retrouver tous ensemble, qui ne soit ni le bureau, ni la maison de l’un ou de l’autre », estime Steve Jouquelet, un autre associé du Gaec.
À ces moments d’échanges collectifs s’ajoute un groupe de discussion via une application de messagerie instantanée. « Par exemple, j’envoie ‘j’attends quelqu’un avec une benne dans telle parcelle’, et quelqu’un répond ‘ok j’arrive’, tout le monde est au courant », explique Steve Jouquelet, qui a la charge de l’atelier grandes cultures.
Un compte bancaire par atelier
En effet, parmi les associés, chacun sa spécialité : Johann Vévert et Noé Gahnouchi pour l’atelier lait, Antonin Ebel pour les vaches allaitantes, Hugo Wetzel pour les chèvres et Steve Jouquelet pour les grandes cultures. Chaque responsable d’atelier gère ses dépenses avec un compte dans une banque différente. « Chacun achète aussi les aliments chez des fournisseurs différents, cela simplifie la ventilation comptable. C’est plus simple, mais nous avons vite fait de réaliser des virements entre banques si besoin », précise Steve Jouquelet. Malgré ces spécialités, chaque personne de l’équipe est amenée à travailler sur les autres ateliers de temps en temps. « Nous travaillons quasiment toujours en binôme et nous ne nous cloisonnons pas. Par exemple, je trais les chèvres au moins une fois par mois. Ainsi, nous ne perdons pas de vue les fondamentaux de chaque atelier, précise Johann Vévert. Et puis, ça permet d’avoir un autre regard que celui qui est dedans tous les jours. Cela fait vraiment progresser l’équipe. »
Cette polyvalence permet également de pallier les éventuelles absences. « L’année dernière, j’ai eu un accident de travail, j’ai été hospitalisé pendant deux mois. C’était la moisson. L’équipe a pu gérer. C’est appréciable de savoir que dans tous les cas notre boulot sera fait », se souvient Steve Jouquelet. « Il faut savoir déléguer, on vit plus cool », ajoute Johann Vévert.
La transmission est déjà en marche
« Même lors des moments durs, nous n’avons jamais tous baissé la tête en même temps », confient Steve Jouquelet et Johann Vévert. Pour eux, le fait d’être cinq associés apporte plus de richesse que de complexité. « Nous sommes le bon nombre, estiment-ils. Parfois les projets peuvent prendre du temps à aboutir si nous ne sommes pas d’accord, car nous en discutons. Mais il n’y a pas de confrontation un contre un ou deux contre un comme il pourrait y avoir dans une plus petite équipe. »
Pour certains projets à long terme, les avis des associés les plus jeunes comptent plus que ceux des plus âgés. « En fin de compte, ce sont eux qui vont les maintenir », admet Steve Jouquelet. Car le Gaec de la Dame de Haye a la chance d’avoir cinq associés d’âges très différents, entre la vingtaine et la cinquantaine. « Nos deux derniers associés sont passés par l’apprentissage chez nous, explique Johann Vévert. Je suis fier de les voir prendre leur place, de savoir que la relève est là, que la ferme continuera de tourner lorsque nous serons en retraite. »
« Lorsque quelqu’un fait une erreur, nous essayons de ne pas lui tomber dessus. Car demain, c’est peut-être nous qui la ferons »
Johann Vévert, associé du Gaec de la Dame de Haye
Le saviez-vous ?
« Lorsque l'un d'entre nous s’absente de la ferme pour une journée de formation ou une responsabilité d’élu, il est possible de faire appel au service de remplacement avec un tarif aidé. Le remplacement n’a même pas besoin d’intervenir le jour de la formation », explique Johann Vévert.
Véronique Manche de la chambre d’agriculture des Pays de la Loire
« Que chacun trouve sa place »
« Dans les grands collectifs, il y a un enjeu autour des prises de décision. Comment se prennent-elles ? Qu’est-ce qui peut être décidé par chacun ? Qu’est-ce qui doit l’être à l’unanimité ? Il est aussi nécessaire de bien définir la place de chacun, son rôle, ses responsabilités, pour que chacun se sente reconnu, qu’il n’y ait ni chevauchement ni absence de décision. Plus on est nombreux, plus les besoins individuels peuvent être différents, il faut donc des espaces de discussion sur ces questions, pour faire le point sur comment le groupe fonctionne ensemble, ce qui va, ce qui ne va pas. La diversité est une force lorsque le collectif la prend en compte, mais cela nécessite une attention particulière. »
Anne Schoug du BTPL
« Mettre en place une organisation pour le quotidien et le long terme »
« Au quotidien, c’est important que chacun sache ce qu’il a à faire : un calendrier sur quinze jours avec les missions de chacun peut être intéressant. Afficher une liste de tâches à réaliser sur la période, avec le temps qu’elles prennent peut aussi aider. Les membres de l’équipe peuvent piocher dedans à mesure qu’ils finissent leurs tâches d’astreinte. Les temps d’échanges sont primordiaux dans un grand collectif de travail. Le café pris ensemble est une bonne idée, c’est assez informel, cela ne prend pas forcément beaucoup de temps, mais chacun peut soulever une question s’il en a. En revanche, le repas en commun peut fonctionner chez certains mais pas chez d’autres, qui préfèreront se préserver un temps "off". Pour les projets à long terme, je conseille de mener des réunions plus formelles, d’où chacun repart avec le travail à faire pour la suite : demander des devis, revoir des documents, etc. »