« Avec mes salariés agricoles, nous cultivons une relation gagnant-gagnant », en Charente-Maritime
Le Gaec Le Grand Pré en Charente Maritime a basculé d’une ferme familiale à un fonctionnement patron-salariés : Bastien Charré a su rendre l’exploitation attractive et trouver une nouvelle organisation du travail, plus protocolaire.
Le Gaec Le Grand Pré en Charente Maritime a basculé d’une ferme familiale à un fonctionnement patron-salariés : Bastien Charré a su rendre l’exploitation attractive et trouver une nouvelle organisation du travail, plus protocolaire.
« J’aurais préféré trouver un associé pour prendre la suite de mes parents sur l’exploitation, confie Bastien Charré, installé en 2009 sur la ferme familiale. Mais après quatre tentatives d’associations infructueuses, nous avons écarté cette solution et, petit à petit, le choix du salariat est devenu une évidence. » Une décision que les éleveurs ne regrettent pas aujourd’hui : « Nous sommes satisfaits de la nouvelle organisation trouvée et je considère désormais Charline comme mon bras droit », poursuit Bastien. Charline Bonnevin est embauchée sur le Gaec depuis trois ans à temps plein : elle dispose d’un contrat de 38 heures et a son mercredi pour elle. Un deuxième salarié, Baptiste Jaulin, employé à mi-temps, complète l’équipe. Ils travaillent ensemble un week-end sur deux. "Mes parents continuent aussi de travailler pour l'équivalent d'un mi-temps; désormais en tant que salariés."
Si la réussite est au rendez-vous, ce n’est pas le fruit du hasard. Les associés ont su adapter leur mode de fonctionnement et réorganiser le travail.
Retravailler l’organisation et la communication
« Pour cela, nous nous sommes fait accompagner notamment pour la réalisation d'un audit travail, dépeint l’éleveur. Il est ressorti que mon père occupait un rôle central sur l’exploitation et que cela posera un problème lorsqu’il ne sera plus là. Nous avons donc pointé toutes les tâches qu’il accomplissait afin de définir qui doit les réaliser et comment. » Désormais, les postes sont doublés : il y a toujours deux personnes qui sont capables de réaliser une tâche. « Et en termes de gestion, je suis le leader de l’exploitation, mais je joue plus le rôle de bouche-trou que d’homme clé », expose Bastien dans un sourire.
Fiche élevage
3 UMO dont 2 UMO salariées (Charline et Baptiste et les parents)
1 250 000 l de lait produits
135 vaches à 9 200 L
149 ha de SAU dont 47 de maïs, 53 de prairies, 21 d’orge, 28 de méteil
Les conseils reçus quant à la façon de communiquer ont également été les bienvenus : « Avec des salariés, le mode de communication est forcément différent de celui que nous avions quand il n’y avait que mes parents et moi », poursuit-il. Concrètement, aujourd’hui, tout le monde se retrouve autour d’un café vers 9 h-9 h 30, dans une grande cuisine aménagée où les salariés peuvent également se restaurer et se poser le midi. « Nous partageons un moment convivial lors duquel nous abordons les travaux du jour ainsi que les éventuelles évolutions du planning. » Les salariés donnent leur avis et sont intégrés au management quotidien de l’exploitation.
Plusieurs outils structurants ont été instaurés : un tableau donne notamment de la visibilité sur le planning des principales tâches sur quinze jours pour savoir qui fera quoi (cf. encadré). « Je me suis inspiré d’un tableau que j’avais vu lors de la visite d’une ferme au Danemark avec le réseau European Dairy Farmer (EDF). »
Un autre tableau qui liste toutes les tâches hebdomadaires à réaliser sert de pense-bête pendant qu’un dernier énumère les tâches ponctuelles à exécuter dès que possible : « L’idée est de ne pas toujours être derrière les salariés afin qu’ils soient autonomes. Si je ne suis pas là, ils savent qu’ils peuvent se reporter à ces listes. Et chacun barre ce qui est réalisé au fur et à mesure. »
Le confort de la salle de traite est un atout
L’autre enjeu a été de rendre la ferme attractive pour recruter et fidéliser les salariés. « Contrairement à ce que l’on entend, les salles de traite peuvent également constituer un attrait pour les salariés, considère Bastien. 90 % des candidats que nous avons reçus sont des femmes et plébiscitent la traite pour être au contact des animaux. » Mais encore faut-il qu’elles soient confortables…
Le Gaec a mis le paquet en investissant dans une salle de traite 2×16 simple équipement (Dairy Master), ergonomique et équipée de nombreuses options qui facilitent grandement le travail telles que l’identification des animaux, le plancher mobile, la barrière poussante qui racle aussi l’aire d’attente, la désinfection automatique des griffes, deux lactoducs pour le tri du lait, des portes de tri, l’annonce vocale en salle de traite du statut et des spécificités de chaque vache (longue à traire, trois trayons, mammite, fraîche vêlée). « Ainsi, même sans tableau de consignes, un trayeur occasionnel sait exactement ce qu’il a à faire, dépeint le jeune éleveur. Avec son confort et sa fiabilité, cette salle de traite contribue au fait que les salariés se plaisent et restent. »
D’ici deux ans, une fois que les parents de Bastien ne travailleront plus du tout, un troisième salarié à mi-temps sera embauché : « Je suis confiant, la ferme est attractive et nous sommes à l'affût des opportunités qui se présenteront », conclut-il.
"J’ai préféré arrêter les robots et repasser en salle de traite"
Plusieurs raisons ont conduit le Gaec à réinstaller une salle de traite plutôt que de renouveler les deux robots de traite.
Deux robots de traite avaient été installés en 2010. « Toutefois, nous avions gardé la possibilité de réinstaller une salle de traite dans le bâtiment, sans savoir de quoi serait fait l’avenir », précise l’éleveur. Quand est arrivé le moment de renouveler les robots, il y a trois ans, cette question est revenue sur la table : « Cela n’a pas été facile de trancher. Pour nourrir ma réflexion, j’ai échangé avec des éleveurs du groupe EDF dont j’ai apprécié le franc-parler. J’ai pesé le pour et le contre et finalement, la salle de traite s’est montrée l’option la plus adaptée en vue du nouveau fonctionnement que nous souhaitions adopté, notamment avec les salariés », justifie Bastien sans pour autant remettre en cause la légitimité de la traite robotisée dans d’autres situations.
Une part d’aléatoire plus limitée
« Avec des robots, je craignais que davantage de choses m’incombent en termes de gestion des alarmes, notamment la nuit ou le week-end. Sans associé à terme, j’ai eu peur de devenir esclave du robot. J’avais déjà vécu ça avec deux robots gérés indépendamment dans le bâtiment, à raison d’une alarme par semaine en moyenne. Je ne voulais plus cette épée de Damoclès au-dessus de la tête. »
En intégrant des salariés, il a semblé plus opportun à Bastien de privilégier la solution la moins aléatoire : « Pour un salarié, il est plus facile de traire que de gérer les alarmes », illustre-t-il.
« De plus, avec les multiples options, les salles de traite d’aujourd’hui n’ont rien à envier aux robots », estime Bastien qui apprécie aussi de limiter le coût de la maintenance à 3 000 € par an avec la salle de traite, au lieu de 25 000 € avec les vieux robots. « L’investissement est revenu à 230 000 € avec toutes les options, soit moins cher que deux stalles à 250 000 €, mais il a fallu ajouter 40 000 € avec toute la maçonnerie de démolition et reconstruction. »