A la veille de l’examen de la loi d’urgence agricole une cinquantaine de chefs étoilés appelle à un changement de modèle
Dans une tribune publiée dans Le Monde le 17 mai 2026, plus de 50 chefs étoilés mettent en garde contre une agriculture productiviste et réclament une bascule « vers un modèle agricole durable et moins nocif ». Pour ce faire, les signataires proposent deux mesures concrètes.
Dans une tribune publiée dans Le Monde le 17 mai 2026, plus de 50 chefs étoilés mettent en garde contre une agriculture productiviste et réclament une bascule « vers un modèle agricole durable et moins nocif ». Pour ce faire, les signataires proposent deux mesures concrètes.
Avec Agra Presse
« Ne nous trompons pas de combat : la compétitivité seule est un mirage ». Le 17 mai 2026, une cinquantaine de chefs étoilés ont dénoncé le système agricole productiviste dans une tribune parue dans Le Monde. Ils appellent à un changement de modèle vers une agriculture « plus durable, plus familiale et plus qualitative ».
Intitulée « La compétitivité produit des volumes sans âme, l’agriculture durable crée de véritables richesses », la tribune a été co-écrite par Ludovic Aventin, créateur du système de financement participatif des vignobles Terra Hominis et par Jacques Marcon, chef triplement étoilé de Haute-Loire. Parmi la cinquantaine de signataires, des personnalités connues de la gastronomie française : Philippe Etchebest, Thierry Marx (chef et président de l’Umih, principal syndicat patronal de l’hôtellerie-restaurations), Gilles Goujon, Nicole Fagegaltier ou encore Mauro Colagreco.
Pour les défenseurs du sol et de ses produits que nous sommes, c’est se tromper autant sur les causes que sur les solutions
Que proposent les chefs pour changer de modèle agricole ?
Ces acteurs du secteur de la restauration alertent sur les déclarations de la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard lors du dernier Salon de l’Agriculture. Elle avait alors invité à s’interroger sur la « taille critique » des exploitations françaises. « Pour les défenseurs du sol et de ses produits que nous sommes, c’est se tromper autant sur les causes que sur les solutions », contestent les auteurs.
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Alors que la loi d’urgence agricole est discutée à l’Assemblée nationale et avec les élections présidentielles 2027 en ligne de mire, ils proposent deux mesures « facilitant l’installation des jeunes et soulageant les agriculteurs en difficulté » : d’une part, la création d’ « un fonds foncier national » qui serait abondé par les plans épargne retraite. D’autre part, « une réduction d’impôt fléchée vers des outils qui créent de la valeur à la ferme » sur la base de la déclinaison du mécanisme Girardin dans le secteur agricole. Ce dispositif mis en place dans les territoires d’outre-mer représente un investissement à fonds perdus. L’investisseur souscrirait au capital d’une société de portage qui acquérait et ferait exploiter des infrastructures agricoles.
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Le secteur de la restauration déjà engagé contre la loi Duplomb en 2025
Ce n’est pas la première fois que le secteur de la restauration prend position sur des sujets agricoles. En juillet 2025, une tribune contre la loi Duplomb parue également dans Le Monde avait rassemblé plus de 400 signatures de chefs cuisiniers et acteurs du secteur.
Le texte, signé notamment par Mauro Colagreco et Jacques Marcon, qualifiait ladite loi d’ « insulte aux scientifiques, aux agriculteurs et à la santé de tous ». Et appelait alors à la mise en place d’ « un moratoire sur les pesticides » et d’« un véritable plan de transformation de notre système alimentaire ».
Sur les réseaux sociaux, la tribune de mai 2026 a suscité de nombreuses réactions : si certains ont salué l’initiative, d’autres ont qualifié les chefs étoilés « d’hors sol ». « Quand on fait payer plusieurs centaines d’euros un menu (ce que je ne remets pas en question, ils ont un savoir-faire et leur travail mérite d’être valorisé), il est facile de signer une tribune pour souhaiter une agriculture moins intensive alors que de nombreux agriculteurs ont du mal à joindre les deux bouts », commente un agriculteur sur Facebook.