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La consommation de viande de porc repart à la hausse

Inflation stable mais budget contraint : les volumes de porc et volaille progressent, le bovin recule. Des signes de revalorisation de la charcuterie émergent au travers du redressement des marques nationales et de la coupe. Proximité, e‑commerce et circuits spécialisés redessinent les débouchés.

Toutes viandes confondues, la consommation apparente par habitant connaît une légère reprise (+ 1 %), pour atteindre 85,7 kg équivalent carcasse (kgéc) par habitant par an.

Selon les espèces, les habitudes alimentaires évoluent néanmoins différemment. La consommation de porc progresse de 2,7 % en 2025 par rapport à 2024, pour atteindre 31,6 kgéc par habitant, un niveau désormais très proche de celui de la volaille (31,7 kgéc ; + 3,3 %). À l’inverse, la consommation de bœuf et de veau recule de 2,7 % (20,1 kgéc) : la décapitalisation des cheptels et la surmortalité accrue ont entraîné une hausse des prix au détail.

À domicile, la viande de porc progresse

Le repli des cours du porc vif au second semestre impacte positivement la consommation de porc à domicile, qui progresse de 2,9 % en 2025, effaçant le recul observé en 2024 (-2,9 %) (1). Sur l’année, les prix sont cependant restés quasi inchangés (-0,3 %). Par ailleurs, l’année a toutefois été marquée par de fortes variations mensuelles, avec des hausses spectaculaires en janvier (+ 12,7 %) et en septembre (+ 12,2 % sur un an), soutenues par d’importantes opérations promotionnelles. Le porc a également bénéficié d’un report de consommation dans un contexte de flambée des prix du bœuf (+ 8,3 %, avec des volumes en baisse de 6 %) et de tensions d’offre sur la volaille de chair et les œufs, entraînant des ruptures en rayon. La croissance est portée avant tout par les viandes de porc brutes (2), en progression de 4,2 % tandis que les élaborés de viande de porc (3) demeurent quasiment stables (+ 0,2 %). La saucisserie fraîche affiche un fort rebond (+ 8,5 %), soutenue par une météo estivale particulièrement favorable aux barbecues. En effet, l’année 2025 s’impose comme la quatrième année la plus chaude jamais enregistrée en France.

Revalorisation en charcuterie

Les ventes de charcuterie à domicile affichent une évolution contrastée. Les prix poursuivent leur baisse, avec un recul moyen de 1,6 %, plus marqué que celui observé pour la viande de porc. Certaines catégories sont particulièrement touchées : le jambon cuit voit ses prix diminuer de 3,8 %, et les lardons, la poitrine et le bacon reculent de 2,6 %. Malgré ces baisses tarifaires, la hausse des volumes en charcuterie reste modeste (+ 0,7 %) et la valeur continue de se contracter de 0,9 %. Cette dynamique contraste avec celle d’autres rayons frais plus performants, comme les salades traiteur ou les plats cuisinés. La consommation de charcuterie recule notamment au sein de deux segments clés : les moins de 35 ans, dont les achats diminuent en moyenne de 5,3 % par an, et les foyers les plus aisés, qui réduisent leur consommation de 4,1 % en 2025. Ce double repli pèse sur l’ensemble du marché. Quelques signaux encourageants apparaissent toutefois. Le rayon coupe retrouve de l’élan, notamment porté par le développement du frais emballé, enregistrant une hausse de 3,9 % en 2025 après un net recul de 7,4 % en 2024. La reprise est principalement tirée par les circuits spécialisés. Le libre-service, de son côté, se maintient avec des volumes globalement stables (+ 0,4 %). Le rayon coupe des grandes surfaces pèse désormais 22 % des volumes de charcuterie, même s’il ne retrouve pas encore son niveau de 2023. Contrairement aux tendances observées les années précédentes, les marques nationales repartent à la hausse, affichant une progression de 2,3 % de leurs volumes. Les marques distributeurs (MDD) suivent un rythme plus modéré (+ 1,1 %). À l’opposé, les premiers prix accusent une forte baisse, avec un recul de 7,6 %.

 

 
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Graphique - La plupart des produits de charcuterie en reculÉvolution de la consommation en volumes d'achat par famillede produits de charcuterie ( 2025/2024) © Source : Ifip d'après Myworldpanel de Kantar

Développement des magasins de proximité

La baisse de fréquentation des hypermarchés (‑1,5 %) et des supermarchés (‑3,2 %) impacte directement les volumes de charcuterie-salaison, particulièrement en supermarchés (‑2,5 %). À l’inverse, les magasins de proximité (+ 5 %) et les discounters (+ 3,1 %) bénéficient des arbitrages budgétaires des ménages. L’e-commerce poursuit sa croissance, même si son rythme ralentit (+ 3,4 % en 2025 contre + 9,7 % en 2024). Les circuits spécialisés progressent également (+ 5,2 %), notamment les enseignes dédiées au frais qui gagnent en fréquentation (+ 5,4 %) grâce à l’expansion de leur réseau. Les artisans bouchers-charcutiers et la vente directe profitent eux aussi de cette dynamique.

 

 
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Graphique - Les circuits spécialisés progressent mais les formatsgénéralistes se replientÉvolution des volumes d'achat de charcuterie par circuit de distribution © Source : Ifip d'après Myworldpanel de Kantar
Sources : Insee, Ifip d’après Kantarworldpanel, Nielsen.
(1) Les chiffres sont exprimés au cumul 12 mois à fin décembre 2025/2024.
(2) Côtes, filet, rôti
(3) Émincés, sautés, brochettes

Le porc profite du snacking

Le dynamisme du snacking stimule la consommation de porc, tandis que les occasions de consommation à domicile reculent (69 % en 2025 contre 71 % en 2024). Dans la grande distribution, la concentration s’accentue : les cinq principaux groupes représentent 79 % du marché, un niveau proche de l’Allemagne. Parallèlement, les consommateurs délaissent le “plein de courses” au profit d’achats plus fragmentés et répartis entre davantage de formats. Cette évolution des circuits et des modes d’achat devrait continuer à transformer la filière et impose de repenser les cibles de consommateurs selon les circuits.

"Les ménages s’adaptent aux contraintes de prix"

 

 

Valérie Diot, Ifip-Institut du porc

L’inflation alimentaire se stabilise mais continue de peser sur le pouvoir d’achat, rendant les arbitrages alimentaires déterminants. Le rebond observé en viande de porc montre l’adaptation des ménages aux contraintes de prix. La charcuterie, encore fragile, bénéficie toutefois d’un contexte plus favorable grâce au redressement des marques nationales, au regain du frais emballé et au dynamisme des circuits spécialisés.

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