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« J’aurais dû anticiper l’explosion des cellules au robot de traite », dans la Sarthe

L’EARL Plard dans la Sarthe n’avait pas de problème de cellules avant le passage au robot de traite. Pourtant, l’élevage a dû faire face à une flambée de leucocytes et de mammites qui a entraîné plus d’une année de galère.

« En 20 ans, la qualité du lait ne s’était jamais révélée un souci sur l’élevage, souligne John Plard, qui est passé à la traite robotisée en octobre 2024 avec l’achat de deux stalles d’occasion. Avec ma 2×6, je n’avais jamais été pénalisé en cellules et les mammites se limitaient à deux par mois sur mon troupeau de 70 vaches à 8 500 L à l’époque. J’étais confiant. Je ne voyais pas de raison de m’inquiéter pour la qualité du lait en passant au robot. »

Pourtant, la situation de l’élevage a bel et bien dérapé. Avec les cellules d’abord qui ont commencé à grimper trois mois avant la mise en route des robots : « C’était une période compliquée », se souvient l’éleveur. Les travaux préalables d’aménagement du bâtiment ont entraîné des désagréments et des modifications en termes de logement et d’alimentation, ce qui a causé beaucoup de stress pour les animaux et n’a pas favorisé leur immunité.

En parallèle, le manque d’entretien de la machine à traire durant les six mois qui précédaient l’arrivée du robot a également contribué à la dégradation des résultats cellulaires : « C’est une erreur fréquente, les éleveurs pensent faire des économies d’entretien et zappent l’Optitraite et le renouvellement des manchons, relève Mathilde Chauvat, responsable de la qualité du lait chez Seenovia. Or, au-delà de 2 500 traites, les manchons deviennent poreux et s’avèrent une source de contamination potentielle. » « Cette négligence a été un mauvais calcul, regrette amèrement l’éleveur. Ce contrôle coûte 400 € et 1 000 € pour le renouvellement des manchons trayeurs : ce n’est rien en comparaison des dépenses et des pertes que j’ai subies. »

Fiche élevage

2 UMO, dont 1 salarié ;

95 prim’Holstein à 9 200 L ;

820 000 L ;

150 ha de SAU dont 30 de céréales, 45 de maïs ensilage et 75 de prairies ;

2 robots d’occasion ;

2,8 traites par jour au robot ;

La situation cellulaire s’est dégradée petit à petit

La situation cellulaire s’est dégradée assez insidieusement au fil des mois, et est passée de 100 000 à 250 000 par millilitre de lait : « Sur le coup, je n’y ai pas prêté garde comme ce critère ne me pose pas de souci habituellement, témoigne John. Ce qui m’a alarmé, c’est le nombre de mammites survenues dans l’hiver après la mise en route des robots. Une quinzaine par mois ! »

Et puis, un beau matin, ce fut la vraie douche froide à la réception d’un courrier de l’interprofession laitière qui menaçait l’élevage d’une suspension de collecte si la situation des cellules ne s’améliorait pas. « J’avais réussi à limiter la dérive tant bien que mal jusqu’aux vêlages de printemps, mais à partir de l’été, les taux cellulaires ont explosé pour passer à 500 000 par millilitre », se souvient l’éleveur.

Cette alerte a eu l’effet d’un déclencheur pour prendre réellement les choses en main et solliciter l’aide d’un expert en qualité du lait, près d’un an après mise en route du robot : « Avec le recul, j’aurai dû réagir plus tôt, et surtout davantage anticiper… », considère-t-il aujourd’hui.

L’éleveur a notamment été surpris par la rapidité à laquelle les résultats se sont détériorés. Avant l’été 2024, le troupeau affichait 3,8 % de nouvelles infections en lactation (c’est-à-dire de vaches avec moins de 300 000 cellules et qui passent au-delà des 500 000 au contrôle suivant) conformément à l’objectif repère de 5 %. Et, trois mois plus tard, ce taux était passé à 16,7 %.

Des mammites d’environnement et de réservoir mammaire

« Chez John, nous étions en fait confrontés à deux problèmes, analyse Mathilde Chauvat. D’une part, le taux de nouvelles infections en lactation révélait que quelque chose n’allait pas à la traite. Et d’autre part, le nombre de mammites témoignait d’un souci de gestion de l’aire paillée. »

Un diagnostic confirmé par l’analyse du lait de tank (Bactériodetect) qui a mis en évidence la présence de Streptococcus uberis et de staphylocoques à coagulase négative.

<em class="placeholder">aire paillée avec vaches laitières</em>
Le curage est désormais réalisé deux fois par semaine, vu la densité animale sur l’aire paillée (6 m2/VL). © E. Bignon

« Avant le projet robot, tout se passait bien : le troupeau était sain avec peu de mammites, peu de vaches infectées et finalement peu de risque de contamination », résume Guillaume Romaigne, conseiller référent de l’élevage. La surface de couchage par vache approchait les 10 m2 et l’aire paillée était fermée deux heures après chaque traite, le temps que les sphincters se referment. Mais l’installation du robot a chamboulé cet équilibre : le couchage s’est notamment réduit à 6 m2 par vache après la suppression de deux travées pour réaménager la stabulation, ainsi que l’augmentation des effectifs d’une trentaine de vaches pour amortir l’investissement. Sans oublier qu’en parallèle, John n’avait plus la possibilité de fermer l’aire paillée… « Ces risques accrus ont conduit à plus de mammites et plus de capital infectieux », poursuit la conseillère en rappelant qu’ « en système robot, la situation peut vite devenir explosive, les risques de contamination se concentrant sur un nombre de postes très réduit ».

Nécessité d’un curage plus fréquent de l’aire paillée

<em class="placeholder">sonde de température sur aire paillée</em>
John surveille que la température de la litière n’atteigne pas 30°C. © E. Bignon
Malgré que John ait augmenté la fréquence de curage de l’aire paillée à une fois par semaine (au lieu d’une fois tous les quinze jours auparavant), cela ne s’est pas révélé suffisant. Pour preuve, lors de l’audit réalisé en octobre dernier, la litière affichait une température de 36 °C une semaine après le curage. « En traite robotisée, je recommande de curer avant que la litière n’atteigne 30 °C », prévient Mathilde Chauvat. Pour respecter cette consigne, le curage intervient désormais deux fois par semaine, le lundi et le jeudi. « C’est une sacrée contrainte, mais je perds moins de temps à curer l’aire paillée qu’à soigner les mammites. Et moralement, je préfère aussi », plaisante John.

En parallèle, pour améliorer l’ambiance dans le bâtiment, le bardage a été ouvert en partie de façon à favoriser la ventilation naturelle et des ventilateurs ont été installés en complément. « Ils tournent à plein lors du curage pour bien sécher la litière », précise John qui les valorise en toute saison pour l’aider dans la gestion de l’aire paillée.

Des contaminations aussi lors du tarissement

Un autre point critique a été mis en lumière lors de l’audit : les contaminations lors du tarissement. En moyenne sur un an, les nouvelles infections au tarissement ont concerné 26 % des vaches après le démarrage des robots. « Cela signifie qu’un quart des vaches taries saines sont revenues infectées en lactation, décrypte la conseillère en mentionnant qu’elles se limitaient à 5 % l’année précédente. Quand la situation cellulaire a commencé à décrocher, il aurait fallu adopter des pratiques plus drastiques au tarissement en appliquant un antibiotique et/ou un obturateur à davantage de vaches. »

Aujourd’hui, John a retrouvé le sourire. La qualité du lait est au rendez-vous et la situation est redevenue saine. En témoignent les quatre derniers contrôles mensuels à moins de 150 000 cellules. « Et côté mammites, je suis satisfait : je n’en compte que deux par mois alors que les vaches se couchent sitôt traites, et que la fréquence de traite s’élève à 2,8 », conclut John dans un sourire.

Côté éco

L’impact du passage au robot sur la qualité du lait est estimé ici à 18 500 € sur un an. Il inclut le coût lié aux pénalités cellules (3 500 €), celui lié au traitement des mammites (9 500 €), auquel s’ajoute le coût du lait non livré et/ou non produit.

L’entretien du robot est essentiel

Un robot de traite peut être vecteur de contaminations. En complément du lavage automatique du circuit, l’extérieur de la stalle est lavé à l’eau froide matin et soir et, deux fois par jour, John nettoie à l’eau chaude les manchons et les tuyaux à lait. De même que les « tabliers » en caoutchouc qui deviennent vite poreux. « Ce sont des endroits stratégiques, car ils ne sont pas inclus dans le circuit de lavage, signale l’éleveur. Au départ, je ne les lavais qu’une fois par semaine à la brosse, à l’eau froide. » La caméra des robots est désormais nettoyée une fois par jour à la pierre d’argile, plutôt qu’au vinaigre blanc qui agit sur le tartre sans dégraisser et qui ne suffit pas à enlever la pellicule de biofilm. « Cela évite les échecs de branchements, qui peuvent contribuer à un quartier moins bien trait et donc plus sujet aux risques », pointe Mathilde Chauvat de Seenovia. Enfin, tous les dix jours, l’éponge de la caméra est laissée à tremper dans des cristaux de soude (action bactéricide). Il suffit de disposer d’un jeu de deux éponges.

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