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« J’ai résolu des problèmes agronomiques avec la culture du chanvre en Vendée tout en maintenant un même revenu »

Agriculteur à l’Herbergement (Vendée), Nicolas Danieau tire parti de la culture du chanvre sous contrat pour résoudre des problèmes agronomiques dans ses sols. Le chanvre se développe en Vendée et ailleurs en France, répondant à divers débouchés.

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Nicolas Danieau, agriculteur à l'Herbergement (Vendée)" Le rendement moyen en fibre du chanvre est de 6 à 6,5 t/ha avec une marge de l’ordre de 600 à 700 €/ha (1200 €/ha de produit)."
© Cavac

« Il y a une dizaine d’années, je cherchais une culture pour allonger ma rotation, notamment sur la partie non irriguée de l’exploitation où il y avait d’importants problèmes de piétin échaudage sur la succession maïs-blé-orge-maïs. Le chanvre a constitué une bonne opportunité. Je l’ai mis à la place de l’orge. J’ai intégré aussi du tournesol dans la rotation et je n’ai plus de piétin échaudage depuis. » La raison du choix du chanvre a donc été plus agronomique qu’économique pour Nicolas Danieau, agriculteur à L’Herbergement en Vendée (1), même s’il cherchait une espèce qui maintienne son revenu. « J’en cultive entre 10 et 15 hectares chaque année. Un contrat de production est passé avec la Cavac qui a créé une filière chanvre en 2009 avec une usine de biomatériaux d’isolation. »

Une seconde usine de production d’isolants à base de chanvre en Vendée

La coopérative vendéenne a bâti une filiale, Cavac Biomatériaux, entièrement dévolue au chanvre. Avec un investissement de 20 millions d’euros, une seconde usine a démarré en septembre pour la production d’isolants à base de chanvre pour le secteur du bâtiment (marque Biofib isolation). Sur le terrain, l’objectif est de doubler les surfaces de chanvre sur la zone couverte par la Cavac.

Pour la rémunération de la production de chanvre, la coopérative définit un tarif chaque année par rapport aux coûts des intrants et la capacité de vente de l’usine pour le marché. « Il était de 190 euros la tonne stockée en 2024, précise Nicolas Danieau. Un acompte de 75 % de cette somme est versé à la récolte qui est réalisée par une entreprise en contrat avec la Cavac. Le solde est payé à l’arrivée à l’usine avec d’éventuelles réfactions s’il y a de la terre ou de la pierre dans les fibres de chanvre et en déduisant le coût de la récolte. »

Une marge de l’ordre de 600 à 700 euros par hectare avec le chanvre

« En Vendée, le rendement moyen en fibre du chanvre est de 6 à 6,5 t/ha avec une marge de l’ordre de 600 à 700 €/ha (1200 €/ha de produit), détaille Nicolas Danieau. Mais en 2024, je n’ai produit que 4 t/ha et j’ai actionné l’assurance récolte. » Du fait des mauvaises conditions de l’année, une prime exceptionnelle de 200 €/ha a été octroyée aux producteurs de chanvre de la Cavac, en plus du prix de vente.

Une culture agroécologique se passant de traitements phytosanitaires

Le chanvre est une culture avec zéro phyto. L’investissement se limite aux semences, à la récolte et la fertilisation azotée. « Cette dernière ne nous coûte rien car le chanvre valorise très bien les effluents de notre élevage de vaches laitières », souligne l’agriculteur. Le coût est, par contre, élevé en semences (un peu plus de 300 €/ha) et pour la récolte de sa fibre très résistante qui nécessite un équipement spécifique et qui se chiffre aux alentours de 300 €/ha.

« L’introduction du chanvre dans la rotation contribue à rendre les parcelles plus propres et à diminuer l’IFT sur la rotation culturale, ajoute Nathalie Fichaux, directrice d’Interchanvre. La culture génère en outre un gain de rendement jusqu’à 10 % pour la céréale qui suit, selon une étude de Terres Inovia. » La culture du chanvre bénéficie d’une fiche CEPP, certificat d’économie de produit phyto. « Cette reconnaissance agroécologique est un atout qui est repris par exemple pour proposer des PSE, paiements pour services environnementaux, sur des hectares de chanvre », souligne Nathalie Fichaux.

Une surface de chanvre qui pourrait doubler dans les années à venir en France

Plusieurs chanvrières fonctionnent sur le territoire français. « Nous en avons sept dont deux nouvelles (en Vendée et Seine-et-Marne) et il y a cinq projets pour les deux à trois ans à venir : en Isère, Ille-et-Vilaine, nord de la Marne, Ain et Landes, énumère Nathalie Fichaux. La France est le leader européen pour la production de chanvre avec une surface de 23 600 hectares. Une étude prospective table sur 44 000 hectares en 2028 pour surtout répondre aux demandes du marché du textile et de la construction. » Il existe également des micro-filières locales de production de chanvre fermier pour l’éco-construction en France, réunies au sein de l’Association des chanvriers en circuits courts.

De multiples débouchés avec le chanvre : construction, textile, litière, alimentation…

L’utilisation de la fibre de chanvre s’est développée sur plusieurs créneaux, comme la construction « avec 10 % du marché des matériaux biosourcés (contre 4 % avant Covid), selon Nathalie Fichaux. Le débouché de la fibre textile augmente également. En quelques années, la proportion de fibre de chanvre pour ce débouché est passée d’1 à 10 %, avec la qualité environnementale de cette fibre mise en avant. » Mais la moitié de la fibre de chanvre va au débouché des papiers spécialisés. Dans le chanvre, la chénevotte (moelle de la tige) est utilisée pour la litière, le béton végétal… La graine (chénevis) voit son utilisation augmenter en alimentation humaine et la poussière de chanvre est valorisée également.

Gaec La Mitonnière (avec David Fournier). 200 ha dont 60 de blé tendre, 50 de maïs, 30 de haricot (Mogette de Vendée), 15 de chanvre, 10 de tournesol, lin textile, trèfle violet… Elevage laitier. Partie irriguée.

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