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Élevage allaitant : « J’ai augmenté mon autonomie protéique grâce à l’ACS »

À Dolignon dans l’Aisne, l’EARL Le Fromentin a profondément réorganisé son système. En s’engageant dans l’agriculture de conservation des sols (ACS), l’éleveur a renforcé l’autonomie de son atelier bovins viande, diversifié ses activités et sécurisé ses revenus.

En 2016, la chute brutale des revenus agricoles agit comme un électrochoc. L’année suivante, les rendements sont corrects, mais les prix ne suivent pas. « En deux ans, on a pris de plein fouet les deux grandes menaces : le climat et les marchés », résume Arnaud Leclercq. Sur sa ferme en polyculture-élevage, la réponse ne sera pas la spécialisation, mais au contraire la diversification. Aujourd’hui, le chiffre d’affaires se répartit en trois grandes activités : productions végétales, productions animales : bovins viande et porcs sur paille, auxquels s’ajoute une activité de production de copeaux pour les collectivités. « L’idée n’est pas de remplacer une production par une autre, mais qu’elles se complètent », souligne-t-il.

Allonger les rotations pour nourrir le troupeau

Le cœur de la stratégie repose sur l’allongement des rotations et l’introduction de luzerne. Sur terres argileuses, rotation de 9 ans : blé – orge – colza – blé – maïs – blé – luzerne (3 ans). Sur limons, rotation de 8 ans : blé – lin – blé – maïs – blé – colza – blé – lin ou féverole. La luzerne est intégrée dans la rotation pour ses avantages agronomiques : une légumineuse à longue implantation, une capacité à capter l’azote, à piéger les nitrates et à couvrir le sol. « C’est l’ACS qui m’a fait revenir à la luzerne pour son double intérêt : agronomique et alimentaire. » Produite à hauteur de 800 à 1 000 balles par an, elle sécurise les stocks en fourrage face aux sécheresses et surtout elle me garantit une meilleure autonomie protéique qu’avant ACS. « La ration complète est produite sur la ferme désormais, elle est composée de maïs ensilage, enrubanné de luzerne, maïs grain et féverole. Il n’y a que pour les finitions que j’achète encore du colza. Ainsi, en supprimant le correcteur azoté dans ma ration de base, j’ai économisé 8 400 euros par an. Je n’ai pas de différence de production et de performances pour l’atelier bovins viande avant ou après ACS, mais j’ai une bien meilleure autonomie alimentaire avec l’arrivée de l’enrubannage de luzerne. »

 

 
<em class="placeholder">Couverts ACS avec agroforesterie</em>
Parcelle de couverts au mois de janvier, qui sera semée en maïs au printemps prochain. © G.Chatel

Fiche Élevage

260 ha de SAU dont 22 ha d’agroforesterie pour la production de copeaux

85 vêlages de charolaises

Atelier porcs sur paille

Se former avant d’agir

La transition vers l’ACS débute réellement en 2018, après plusieurs années de réflexion et de formation. « Il faut comprendre les trois piliers fondamentaux : couverture permanente du sol, diversification des cultures et réduction maximale du travail du sol. » La transition a duré cinq ans. Dès les premières campagnes, les effets économiques sont visibles : « -50 % de consommation de GNR et une usure du tracteur divisée par deux. Mais le plus important, c’est l’agronomie. On remet du sens et du décisionnel dans le métier. » Aujourd’hui, 60 % de l’assolement est conduit en semis direct. Les 40 % restants, en cultures de printemps, reçoivent un travail très superficiel avec un disque pour réchauffer les sols limoneux. Les amendements phosphorés ont été réduits de 25 à 30 % par rapport à la période de labour.

 
<em class="placeholder">Semoir Weaving GD6000T</em>
Le semoir Weaving GD6000T, un investissement conséquent qui leur apporte une grande précision et capacité de travail. © G.Chatel

Des sols plus vivants et plus résistants

Les couverts, majoritairement légumineuses (vesce, féverole, pois fourrager), associés à la moutarde d’Abyssinie, phacélie ou tournesol, sont implantés dès fin juillet après moisson. Objectif : produire un maximum de biomasse et d’azote, avec des espèces gélives. « Après avoir récolté le blé vers le 15 juillet, on passe notre herse à paille et on sème notre couvert pour l’hiver. Ensuite, au début du printemps, on passe un petit coup de disque, puis de canadien très superficiel, afin de lancer la minéralisation et l’aération du sol. On épand également un peu de fumier (30 t/ha) et on sème notre maïs vers la mi-avril avec un semoir capable de gérer les résidus de couverts qui encombrent. Au mois d’octobre ou novembre, on y sème notre blé en semi-direct avec notre semoir Weaving GD6000T. Et ainsi de suite. » Après dix ans d’ACS, dont cinq de transition active, les effets sont visibles : meilleure infiltration de l’eau, hausse de la matière organique, meilleure décomposition des résidus. « Je ne fais rien de révolutionnaire. Je modernise ce que faisaient mes grands-parents. »

Polyculture élevage un atout pour l’ACS

À l’EARL Le Fromentin, l’ACS est un levier au service d’un système d’activités complémentaires. L’objectif est clair : dépendre moins des marchés et valoriser au maximum les ressources produites sur l’exploitation. « Avec les animaux, on valorise mieux que par le seul marché. Une ferme de polyculture-élevage est l’exemple même de la résilience. » L’introduction de luzerne pluriannuelle illustre cette logique. Elle sécurise le stock fourrager, enrichit le sol en azote via les nodosités et structure les rotations longues. Les couverts végétaux, principalement légumineux, abaissent le rapport carbone/azote (C/N) et favorisent la minéralisation naturelle. Résultat pour le système : une meilleure autonomie azotée et protéique. Cette dynamique s’inscrit aussi dans des programmes d’accompagnement comme Climaterra, porté par les chambres d’agriculture. Sur la ferme, cela se traduit par la plantation de haies et des démarches d’agroforesterie pour limiter l’impact des canicules. L’économie circulaire prend ici tout son sens : les cultures nourrissent les animaux, les effluents fertilisent les têtes de rotation (colza, maïs, lin), la matière organique alimente la vie du sol. L’atelier porc sur paille complète la valorisation. « On ne substitue pas, on additionne », résume l’éleveur. Dans un contexte où l’ACS reste encore marginale, Arnaud Leclercq y voit une marge de progrès collective : « Il faut se faire accompagner. Mais quand le système est cohérent, il devient robuste. »

 
<em class="placeholder">Didier Gaschet, conseiller agroécologie à la Chambre d’Agriculture de l’Aisne</em>
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Didier Gaschet, conseiller agroécologie à la chambre d’agriculture de l’Aisne © G.Chatel

« Un système qui améliore le taux de matière organique »

« Arnaud Leclercq est engagé dans le projet Climaterra, dont l’idée est d’analyser les vulnérabilités de l’exploitation, de faire émerger des leviers d’action adaptés, puis d’accompagner leur mise en œuvre dans une perspective à 10 ou 15 ans.

Son système en agriculture de conservation des sols (ACS) répond déjà à plusieurs enjeux que nous identifions fréquemment : amélioration de la matière organique, couverts végétaux, haies, meilleure infiltration et préservation de l’eau. Car, sur le terrain, le besoin en eau n’est pas toujours le premier problème. Les agriculteurs sont aujourd’hui très préoccupés par l’érosion, la gestion de l’eau dans le sol, les inondations.

Le troisième volet du projet Climaterra prévoit un accompagnement sur quatre jours pour suivre la mise en œuvre du plan d’action. Pris en charge par le Casdar, il peine parfois à mobiliser sur le long terme, les exploitants étant absorbés par les urgences économiques. Pourtant, les dernières années nous montrent que les risques sont bien réels : excès d’eau, sécheresses, maladies émergentes, tensions fourragères. Dans ce contexte, l’ACS apparaît comme l'une des réponses cohérentes et globales : diminution de l’érosion, amélioration de l’infiltration de l’eau, augmentation des réserves utiles en eau, amélioration des stocks fourragers. Climaterra et l’ACS convergent : il s’agit d’anticiper plutôt que de subir et de bâtir des systèmes plus résilients. »

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