Changement climatique : 82 % des travailleurs agricoles inquiets, en particulier pour leur santé physique
Un collectif d’acteurs institutionnels et de terrain vient de publier le tout premier baromètre CLISEVE Agri France 2026 qui a pour objectif de s’intéresser aux impacts du climat sur la santé, l’organisation et l’avenir du travail agricole. Les résultats ont été présentés au Salon de l’agriculture.
Un collectif d’acteurs institutionnels et de terrain vient de publier le tout premier baromètre CLISEVE Agri France 2026 qui a pour objectif de s’intéresser aux impacts du climat sur la santé, l’organisation et l’avenir du travail agricole. Les résultats ont été présentés au Salon de l’agriculture.
82 % des travailleurs agricoles se déclarent préoccupés par le changement climatique, 94 % observent des signes concrets dans leur territoire et 64 % citent le climat comme première source de pénibilité, loin devant l’effort physique.Tel est le résultat d'un baromètre rendu public au salon de l'Agriculture par CLISEVE (Climat-Santé-Travail), un collectif comprenant des acteurs institutionnels et de terrain dédié à l’identification, à la compréhension et au pilotage du risque santé-climatique au travail.
« Le monde agricole à l’épreuve du climat, quels impacts sur la santé, l’organisation et l’avenir du travail », le tout premier baromètre 2026 CLISEVE Agri France a recueilli directement la parole de celles et ceux qui travaillent au quotidien, quels que soient leur statut et leur place dans la filière : exploitants-entrepreneurs, chefs d’entreprise, salariés permanents, saisonniers ou encadrants, dans l’ensemble des métiers, filières et territoires. En tout 2 653 personnes ont été interrogées.
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La travail sous la chaleur, la pluie ou le froid, principale difficultés pour 68% des travailleurs agricoles
Le changement climatique agit désormais au cœur de l’activité quotidienne. Il transforme les rythmes, désorganise les tâches, fragilise la santé et interroge la capacité des femmes et des hommes à exercer durablement les métiers agricoles. Il apparaît que 82 % des répondants se déclarent préoccupés par le changement climatique ; 94 % observent des signes concrets dans leur territoire ; 68 % citent le travail sous la chaleur, la pluie ou le froid comme principale difficulté, loin devant l’effort physique (29 %).
La chaleur extrême très redoutée
La chaleur domine très largement les expositions climatiques : 72 % des personnes interrogées citent la chaleur extrême comme condition à laquelle elles sont le plus souvent confrontées, devant le rayonnement solaire direct et la pluie fréquente (31 %), l’humidité importante (27 %). Le froid intense (20 %) et le vent violent (17 %) arrivent ensuite. Il est à souligner que la contrainte thermique s’installe dans la durée : 40 % des travailleurs déclarent être affectés plus de trois mois par an. Un tiers des sondés a déjà dû arrêter le travail en raison des conditions climatiques.
Une exposition sanitaire préoccupante
Le baromètre met en évidence une exposition sanitaire préoccupante : 85 % des personnes interrogées déclarent des risques physiques (coups de chaud, déshydratation…) et 52 % des risques pour la santé mentale (stress, anxiété, démotivation…). Elles ont par ailleurs 46,5 % à avancer des risques infectieux (piqûres de moustiques, frelons, risques allergiques…) et 18,5 % des risques chimiques (produits concentrés en période de chaleur, réactions cutanées ou respiratoires…).
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L’attractivité et la transmission sous tension
Pour 60 % des travailleurs agricoles, ces risques ne relèvent plus de la pénibilité habituelle du métier : ils sont directement liés à l’intensification climatique. De ce fait, l’attractivité et la transmission sont sous tension. Chez les exploitants et les entrepreneurs, 74 % expriment un sentiment d’impuissance et 26 % envisagent d’arrêter ou de changer d’activité d’ici cinq ans en raison du climat (dont 3 % se disent certains d’arrêter). Chez les salariés et les saisonniers, 77 % souhaitent revenir la saison suivante mais 47 % pourraient renoncer en cas de fortes chaleurs.
Une adaptation encore trop individuelle
Le baromètre juge l’adaptation encore trop individuelle. Si les entreprises agricoles ajustent déjà leurs horaires et leurs pratiques (75 % des exploitants ou entrepreneurs déclarent ajuster les horaires, 47 % des salariés affirment bénéficier d’une distribution d’eau), l’anticipation collective reste faible. Ainsi deux tiers n’ont jamais été informés d’un plan d’action lié au risque santé-climatique au travail et 7 exploitants ou entrepreneurs sur 10 n’ont jamais été formés au risque santé-climatique au travail. Il est à souligner que 46 % estiment le problème encore sous-estimé. Pourtant, un répondant sur deux considère que l’action collective serait plus efficace.
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