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Prix du GNR : « J’ai calculé un surcoût de 15 000 € sur l’année pour mon exploitation »

Ils sont céréaliers, polyculteurs éleveurs, viticulteurs, en conventionnel, en ACS ou en bio… Tous sont impactés par la hausse du prix du GNR agricole, de façon plus ou moins forte selon l’état de leurs stocks et leurs pratiques culturales. Ils sont unanimes : un accompagnement financier de l’État est indispensable.

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Emmanuel Fontaine (Jura), Olivier Cosnard (Maine-et-Loire), Antoine Allard (Charente), Pierre Chollet (Gironde), Franck Bertrand (Val-d'Oise).
© E. Fontaine, O. Cosnard, MC. Bidault, P. Chollet, F. Bertrand

Face à la flambée des prix du GNR liée à la guerre au Moyen-Orient, la situation des exploitations varie selon le stock constitué avant le conflit. Mais tous redoutent déjà le coût des prochaines livraisons.

Un stock de GNR constitué ou non avant le conflit

« J’aborde les travaux de printemps sereinement car j’avais refait mon stock de GNR entre Noël et le jour de l’an, quand le prix était à 0,70 euro le litre (€/l) », indique Emmanuel Fontaine, céréalier sur 120 ha en agriculture de conservation des sols (ACS) à Saint-Aubin, dans le Jura. Néanmoins, il s’inquiète d’ores et déjà pour les moissons car il devra d’ici là reconstituer son stock. « Ma moissonneuse consomme 18 litres à l’hectare (l/ha). Avec une hausse du GNR de plus de 1 €/l, le surcoût de la moisson atteindra environ 20 €/ha.​​​​​ » Emmanuel Fontaine, qui fait un peu de moissons à façon, envisage d’indexer le tarif de sa prestation sur le prix du GNR. Antoine Allard, céréalier en Charente, sera alimenté lui aussi par sa dernière livraison (novembre 2025) pour ses travaux de printemps : « Je n’ai pas eu encore à me préoccuper de la hausse des prix. »

Mais certains exploitants subissent déjà l’impact du conflit au Moyen-Orient. « Je n’avais pas de stock et j’ai dû acheter 4 000 litres de GNR à 1 250 euros les 1 000 litres », indique Olivier Cosnard, agriculteur en bio (céréales et porcs) sur 220 ha à Ombrée-d’Anjou, dans le Maine-et-Loire. « Avec une consommation de 25 000 litres de GNR par an, j'ai calculé un surcoût au prix actuel (+ 600 euros les 1 000 litres par rapport à avant le conflit) de 15 000 €  sur l’année pour mon exploitation.»

Même situation chez Pierre Chollet, agriculteur (céréales et vignes sur 250 ha) et entrepreneur de travaux agricoles à Saint-Denis-de-Pile, en Gironde : « Nous travaillons à flux tendus car on ne peut pas stocker. Avec une consommation annuelle de 100 000 à 150 000 litres (exploitation et ETA), nous sommes très fortement impactés par des prix qui ont doublé. » L’entrepreneur n’envisage pas de répercuter la hausse chez ses clients, notamment viticulteurs, au vu des difficultés actuelles dans le Bordelais.

Peu de modifications de pratiques culturales à court terme

Pierre Chollet ne réduira pas le nombre de passages pour faire des économies, considérant « qu’il y perdrait plus qu’autre chose. » Pas de réduction non plus des interventions chez Olivier Cosnard qui cultive ses terres en bio : « Je ne veux pas prendre le risque de détériorer mes performances en limitant le nombre de passages en désherbage mécanique. » À l’opposé, travaillant depuis longtemps en ACS, Emmanuel Fontaine se dit « content de pouvoir minimiser ses passages », en cette période de grande incertitude. « Avec un plein de 300 litres, je sème 30 ha de maïs, passage de strip-till et semoir compris. »

Par contre, l’irrigation du maïs est un sujet d’inquiétude pour l'exploitant du Jura. « Si les conditions font qu’il faut arroser le maïs en mai ou juin, nous allons nous poser la question de le faire ou non. Il faudra raisonner au plus juste. » Utilisant des motopompes d’irrigation fonctionnant au diesel, l’exploitant craint par ailleurs les vols dans les réservoirs : « Les moteurs sont dehors, exposés, sans surveillance 24h/24. En temps normal, il y a déjà des vols de carburant, alors aujourd’hui… »

Emmanuel Fontaine, qui ne voit pas de solution pour acheter du carburant moins cher, estime que « les seuls moyens de limiter l’impact économique de la hausse des prix sont de réduire le nombre de passages ou encore d’avoir une conduite plus économique… ». Mais il observe peu de changement de pratiques chez ses voisins dans le Jura, si ce n’est « quelques préparations moins fines que d’habitude. » Néanmoins, dans le Val-d’Oise, le céréalier Franck Bertrand indique, lui, qu’il va essayer de « réduire au maximum le nombre de passages, même si certains sont obligatoires. » Pour l’an prochain, il réfléchit à faire du semis direct sur maïs derrière engrais verts, pour réduire les coûts.

De fortes attentes pour un accompagnement de l’État

À la question des diverses annonces gouvernementales de ces derniers jours, Emmanuel Fontaine estime qu’il ne voit pas de « mesure concrète qui puisse soulager » le monde agricole. Même réaction chez Pierre Chollet : « Ça n’apporte rien du tout. On ne va pas faire un prêt à 3 ou 4 % pour acheter du GNR, d’autant que nous n’aurons pas plus de trésorerie dans deux mois. » Olivier Cosnard attend de son côté « que l’État prenne en charge au moins la moitié de la hausse du prix », et estime ne pas être du tout accompagné par l’État. « Malheureusement nous subissons. Comme souvent, nous sommes les derniers maillons de la chaîne. » Il observe que si tous ses fournisseurs répercutent la hausse du GNR, il ne peut le faire, lui, sur ses prix de vente.

Dans ce contexte, Olivier Cosnard, qui a du stock jusqu’à mi-mai, envisage de changer de stratégie pour ses prochains achats. « Je vais peut-être commander de plus petites quantités, 2 000 ou 3 000 litres. On entend dire que des fournisseurs commencent à rationner. Le plus proche de chez moi n’autorise que 1 000 litres tous les 2 à 3 jours. » En Charente, Antoine Allard, qui roule depuis longtemps en voiture électrique, envisage même une évolution plus radicale : passer prochainement au tracteur électrique…

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