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Pommes de terre invendues : quelles précautions sanitaires pour leur gestion au champ ?

Épandage, compostage ou mise en tas peuvent constituer des solutions de dégagement pour les lots de pommes de terre invendus. Ces pratiques doivent toutefois être conduites avec beaucoup de précaution afin de limiter les risques sanitaires et la dissémination de bioagresseurs.

<em class="placeholder">tas de pomme de terre dans un palox</em>
Une mauvaise gestion des excédents pourrait en effet favoriser l’apparition de foyers de maladies ou de ravageurs susceptibles de pénaliser les campagnes à venir.
© Pixabay

Une part des excédents de la récolte de pommes de terre 2025 (800 000 tonnes à 1 million de tonnes) devra être gérée directement sur les exploitations malgré les divers débouchés de dégagement existants (alimentation animale, dons alimentaires, méthanisation…). La filière (CNIPT, UNPT, GIPT) et Arvalis mettent en garde contre les risques sanitaires liés à une mauvaise gestion des pommes de terre qui resteront à détruire. 

L’enjeu est à la fois d’éviter la dissémination de maladies mais aussi de limiter l’apparition de foyers de bioagresseurs susceptibles d’affecter les cultures voisines.

« Une pomme de terre reste du vivant. Elle peut donc germer et constituer un réservoir d’inoculum pour le mildiou et autres ravageurs, comme les doryphores ou les pucerons, rappelle Solène Garson, animatrice filière pomme de terre et ingénieure région Nord chez Arvalis. Par contre, si elle a eu un traitement anti-germinatif en végétation avec de l’hydrazide maléique, les repousses seront fortement limitées. » 

Concernant les parasites de quarantaine, il existe des zones à risque. La filière recommande donc une gestion très encadrée des excédents sur l'exploitation et une traçabilité précise de ces pratiques. Ces éléments peuvent être déterminants pour bénéficier d’une indemnisation du Fond de mutualisation sanitaire et environnemental (FMSE) en cas de foyer sanitaire.

Recouvrir les tas de pommes de terre d’une bâche

La mise en tas constitue la solution la plus simple pour les producteurs, mais elle reste aussi très sensible sur le plan sanitaire. L'opération doit se faire le plus tard possible dans la saison (fin juin/début juillet si possible) notamment pour éviter les foyers actifs de mildiou. Pour réduire les risques de développement du champignon et des bioagresseurs, « il faut recouvrir le tas d’une bâche plastique noire pour limiter les repousses et accélérer la dégradation des tubercules », indique Solène Garson. La note recommande de déposer les pommes de terre sur une zone plane avec un matelas de paille et d’entourer le tas de petites buttes de terre.

Le choix du lieu de la mise en tas ne doit pas être laissé au hasard. « Le tas doit être éloigné des futures parcelles de pommes de terre, des habitations, des fossés et des cours d’eau, ainsi que des zones de captage d’eau potable », précise l'ingénieure Arvalis. Un emplacement à l’écart des zones de passage ou de promenade est important pour limiter les nuisances pour les riverains.

Déchiqueter les tubercules en cas d’épandage au champ

L’épandage au champ permet de restituer au sol une partie des éléments fertilisants contenus dans les pommes de terre. Mais des précautions sont à prendre pour limiter les repousses. La filière recommande de détruire au maximum les tubercules, ce qui peut nécessiter le recours à des entreprises spécialisées. Il est important d’épandre après les moissons, sur les chaumes.

Le choix de la parcelle est là aussi très important. Il est conseillé d’épandre sur des parcelles où il n’y aura jamais de pomme de terre ou à défaut de dégager les pommes de terre dans leur parcelle d'origine (où elles ont été produites en N-1). Dans tous les cas, une parcelle ayant reçu un épandage de pommes de terre doit être exclue de la rotation pendant au moins quatre ans afin de limiter les risques liés aux parasites de quarantaine. 

Enfin, les pommes de terre étant considérées comme des fertilisants organiques de type II, elles doivent respecter les règles de la directive nitrates (plafonnement des apports d’azote, respect des périodes autorisées, distances minimales vis-à-vis des cours d’eau…).

Retourner plusieurs fois le tas si compostage

Le compostage constitue une autre option pour éliminer les excédents, mais sa mise en œuvre demande une organisation technique plus importante. La note de la filière précise que pour assurer une dégradation efficace et limiter les risques sanitaires, les pommes de terre doivent être mélangées avec une matière riche en micro-organismes, comme le fumier. Ce mélange favorise l’activité biologique et accélère le processus de compostage. Plusieurs retournements sont nécessaires afin de permettre une montée en température (jusqu’à 60 à 70 °C), qui va contribuer à dégrader les tubercules et réduire les risques sanitaires.

Le site de compostage doit être choisi avec soin : une surface stabilisée et plane, suffisamment éloignée des captages d’eau, des fossés ou des cours d’eau. Dans de bonnes conditions, un compost peut être obtenu en trois à quatre mois, notamment lorsque le processus est engagé au printemps ou en été.

Dans tous les cas, la filière insiste sur la nécessité d’éviter toute dissémination de bioagresseurs. Une mauvaise gestion des excédents pourrait en effet favoriser l’apparition de foyers de maladies ou de ravageurs susceptibles de pénaliser les campagnes à venir.

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