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Pomme de terre : comment lutter contre des arrivées précoces de pucerons ?

L’année 2025 a été favorable à des attaques précoces de pucerons sur pomme de terre de consommation, avec, dans certains cas, un impact significatif sur le rendement et la qualité du tubercule. État des lieux des moyens de lutte.

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Le puceron « Myzus persicae » est le plus préjudiciable aux pommes de terre, avec la transmission de virus et la ponction de sève.
© Arvalis

Les pucerons ont profité de la chaleur de l’année 2025 pour s’attaquer aux pommes de terre plus précocement que les années précédentes. « Sur le réseau BSV (bulletin de santé du végétal) des Hauts-de-France reposant sur le suivi d’une centaine de parcelles de pomme de terre, le seuil de nuisibilité avait été atteint sur 37 % d’entre elles, notamment pendant le mois de juin, rapporte Christine Haccart, conseillère pomme de terre à la chambre d’agriculture du Nord-Pas-de-Calais. En 2024, seules 5 % des parcelles avaient fait l'objet d'un dépassement de seuil. » De très fortes infestations peuvent générer des pertes de rendement de 10 à 15 tonnes à l’hectare. Pour Solène Garson, d’Arvalis, l’année 2025 a été exceptionnelle avec du jamais-vu en termes d’intensité d’infestation et de précocité. « Nous avons observé des arrivées dès début juin. Avec le changement climatique, ce type d’attaque risque d’être récurrent les années à venir. »

Pour autant, les attaques n’ont pas été généralisées à tout le bassin de production de pomme de terre. « Les infestations importantes ont été plutôt ponctuelles, présentes plus particulièrement dans les zones continentales », observe Christine Haccart. Les parcelles proches de la côte maritime ont été moins touchées. Les températures moins élevées et le vent plus fréquent près de la mer sont moins favorables à l’installation des pucerons.

Un impact direct sur le rendement et la transmission de virus

Des variétés s’avèrent sensibles aux viroses transmises par les pucerons (virus Y surtout) comme Nicola, Amandine, Dittta... et d’autres se montrent résistantes, d’où la limitation de l’impact de ces pucerons. Plusieurs espèces peuvent toucher la pomme de terre, principalement le puceron vert du pêcher (Myzus persicae) mais aussi Aphis nasturtii et Macrosiphum euphorbiae. Ces insectes occasionnent un impact direct sur le rendement de la pomme de terre par ponction de sève. « Cela limite le bon développement de la biomasse notamment en cas d’attaque précoce, souligne Solène Garson. Mais l’impact est également indirect via la transmission de plusieurs virus. » Transmis par ces insectes, le virus Y déprécie la qualité des tubercules en y produisant des nécroses circulaires. « Les lots atteints sont alors invendables en marché du frais. Il y en a eu beaucoup en 2025 », selon l’experte d’Arvalis. L’utilisation de plants certifiés sains et la destruction des repousses de pomme de terre contribuent à réduire le risque de viroses.

En temps normal, les pucerons se rencontrent tous les ans sur pomme de terre, mais plus tardivement qu’en 2025, dans le courant de l’été. « Les populations sont alors bien contrôlées par les auxiliaires. Mais en 2025, le pic de pucerons est apparu une quinzaine de jours avant le développement de ces insectes utiles (syrphes, chrysopes, coccinelles, microhyménoptères) », remarque Solène Garson.

Moyens de lutte limités avec l’usage des insecticides

Des insecticides peuvent être utilisés, avec une efficacité souvent limitée et des contraintes d’utilisation. Le seuil d’intervention conseillé est la présence de pucerons sur 50 % de folioles, en prenant soin d'observer au moins 40 de ces folioles sur la diagonale de la parcelle pour établir un bon diagnostic d’infestation. L’application d’un insecticide ne doit pas être prise à la légère. Un traitement insecticide peut avoir un impact négatif sur les auxiliaires qui ne pourront plus jouer leur rôle régulateur des pucerons.

Quels sont les insecticides utilisables ? « Seul le produit Teppeki est présenté comme respectueux des auxiliaires tout en étant efficace sur les pucerons avec une action rémanente. Mais il est homologué pour une seule application à un stade précoce sur pomme de terre, pas au-delà de deux à trois semaines après la levée (stades 1 à 5 feuilles étalées) », précise Christine Haccart. Sur des pucerons arrivant après ce stade, Teppeki n’est pas utilisable. Par ailleurs, certains cahiers des charges interdisent ce produit dans l’itinéraire cultural de la pomme de terre pour éviter toute trace de résidus dans les tubercules.

Huile de paraffine non adaptée à la pomme de terre de consommation

D’autres insecticides, à base de pyréthrinoïdes couplées ou non à du pirimicarbe, sont homologués contre les pucerons sur pomme de terre. « Ces produits ne sont pas rémanents (action de choc) ; leur efficacité est limitée sur les pucerons, avec en outre des résistances de la part de certaines populations, et ils sont peu respectueux des auxiliaires, présente Solène Garson. Quant à l’huile de paraffine, très utilisée en production de plants de pomme de terre pour réduire la transmission du virus Y par les pucerons, elle n’est pas trop adaptée à la pomme de terre de consommation. » L’agriculteur est donc un peu démuni sur des produits de traitement. Arvalis travaille à une demande de dérogation en mai pour un nouveau produit contre ces ravageurs.

Le paillage montre 40 à 60 % d’efficacité contre les arrivées précoces de pucerons

Des recherches sont menées par Arvalis et des partenaires sur la lutte contre les pucerons en pomme de terre. Les produits de biocontrôle testés jusqu’à présent montrent une efficacité limitée. L’institut technique travaille leur mode d’application. « Le paillage a montré des résultats intéressants en revanche, avec une réduction de 40 à 60 % des populations de pucerons selon le stade de la culture, informe Solène Garson. La technique consiste à pailler les buttes et interbuttes à l’implantation de la pomme de terre. Une quantité de 4 t/ha de paille de céréale semble un bon compromis. Elle agit sur les arrivées précoces de pucerons qui sont les plus problématiques du point de vue de transmission de virus. »

Un petit acarien localement préjudiciable

Le réchauffement climatique profite d’une façon générale aux ravageurs, et notamment à un petit acarien, le tétranyque tisserand (Tetranychus urticae). « En 2025, certaines parcelles ont été bien touchées. Le ravageur grille la végétation en venant de la bordure du champ ou des fourrières », relate Christine Haccart, de la chambre d’agriculture du Nord-Pas-de-Calais. C’est une nouvelle problématique que nous n’avions pas il y a quelques années. Plus les années sont chaudes, plus le ravageur a un cycle de développement court propice à sa nuisibilité. Heureusement, cela ne touche pas toutes les variétés. » En effet, quelques variétés de pomme de terre semblent très sensibles aux attaques d’acariens telle Markies utilisée beaucoup par McCain, Amigo ou encore certaines variétés féculières. « Une hypothèse envisagée pour expliquer cette différence de sensibilité est que les variétés qui présentent une certaine pilosité au niveau du feuillage se montreraient plus sensibles à ce ravageur », remarque Solène Garson, Arvalis. Il n’existe pas de moyen de lutte directe contre ces acariens en pomme de terre.

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