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Mosaïques du blé dur : les variétés résistantes se font attendre

Aucune solution n’existe pour contrer les mosaïques du blé dur. La sélection variétale pour trouver des variétés résistantes à la maladie constitue donc une piste porteuse d’espoir. Le projet Mosadurum, qui vient de s’achever, montre que de nombreux obstacles restent à franchir pour y parvenir.

parcelle de blé dur atteinte par le virus de la mosaïque
Il existe des variétés moins sensibles que d'autres aux mosaïques, mais il n'existe, pour l'heure, aucune variété résistante.
© M.Cochar/Florimond Desprez

Mieux cerner les mécanismes des résistances aux mosaïques afin de disposer de ressources génétiques en blé dur utilisables en sélection, tel était l’objectif du projet Mosadurum qui vient de s’achever. Il n’y a en effet pas d’autres solutions pour contourner la problématique mosaïques que de rendre le blé dur résistant.

Témoignage | Mosaïques du blé dur : « J’ai trouvé des solutions pour limiter les dégâts »

Trois années de travaux prennent fin, dans la continuité d’autres projets réalisés peu ou prou avec les mêmes partenaires que sont Arvalis, l’Inrae, RAGT et Florimond Desprez. Leur objectif : avancer dans la recherche des variétés résistantes aux virus responsables de la mosaïque des céréales et de celle des stries en fuseau du blé, la plus dommageable pour les cultures. « Les résultats obtenus vont permettre de poursuivre les travaux », résume Faharidine Mohamadi, ingénieur Arvalis et coordinateur du projet dont les résultats officiels seront communiqués dans quelques mois.

Mieux comprendre les mécanismes de résistance

La première partie du projet a consisté à affiner les résistances observées dans une vieille variété de blé dur (Soldur) « de piètre qualité », mais se comportant bien vis-à-vis des deux mosaïques, et dans un Triticum dicoccum, espèce apparentée (mais pas un blé dur), résistant encore mieux. « À partir de cela, nous avons créé, avec nos partenaires, du matériel génétique dédié à ce projet afin de comprendre ces résistances », explique Michaël Cochard, sélectionneur blé dur chez Florimond Desprez.

Mais le travail est difficile, car si les chercheurs ont bien identifié des zones du génome (QTLs) qui interviennent dans les résistances, il semble que ce soit l’accumulation de plusieurs de ces zones, dont certaines à faible effet, qui permette d’atteindre un niveau de résistance suffisant. Autre écueil constaté : elles sont aussi responsables de caractères défavorables, qui seront transférés de fait.

Le projet a donc consisté à cartographier plus finement ces zones et à mettre au point des marqueurs moléculaires pour pouvoir vérifier que le caractère recherché sera bien transmis. In fine, les meilleures lignées de ces blés durs ont été testées au champ pour pouvoir les utiliser comme géniteurs en création variétale. Mais ces essais sont longs et compliqués car ils ne peuvent se faire que dans des parcelles déjà infestées (les mosaïques ne sont pas des maladies que l’on peut inoculer) et sont donc dépendants des conditions de l’année et du transfert du virus du sol vers les plantes via le microorganisme Polymyxa Graminis.

Transférer des zones génomiques responsables des résistances

La seconde partie du projet a consisté à travailler à partir des résistances vis-à-vis des deux mosaïques présentes dans le blé tendre. « Ces zones connues sont malheureusement situées sur le génome D et donc non transférables dans du blé dur car celui-ci ne possède pas ce génome », indique Faharidine Mohamadi. Toutefois, les chercheurs ont pu utiliser des lignées spécifiques pour parvenir à transférer des zones d’intérêt du génome D du blé tendre vers le génome A ou B du blé dur. « Il faut maintenant vérifier par des techniques pointues que nous avons bien transféré ce qui nous intéresse, avec idéalement les plus petits fragments de blé tendre possible », précise le spécialiste.

Le point sur | Blé dur : des surfaces en recul continu

Des premières lignées de blé dur ont ainsi été obtenues et la prochaine étape sera de valider leur résistance dans des parcelles contaminées. Michaël Cochard, se veut optimiste quant à cette nouvelle approche inédite, « il faut néanmoins rester prudent et attendre les premiers tests au champ ». Pour l’heure, à défaut de variétés résistantes, le projet va tout de même permettre de proposer des nouveautés variétales moins sensibles aux mosaïques, ce qui permet de limiter les pertes en cas de pression maladie contenue.

Un nouveau projet pour continuer à avancer

La suite du projet Mosadurum, intitulée Readme, devrait démarrer d’ici la fin de l’année pour trois ans. « Le travail d’identification et de définition des zones d’intérêt du blé tendre où l’on sait qu’il y a des résistances va se poursuivre, avec cette fois l’introduction d’une problématique rouille jaune pour étudier les mécanismes de cumul des résistances ou sensibilité », indique Faharidine Mohamadi. Dans un contexte de changement climatique où le risque de développement de ces deux maladies est de plus en plus grand, cumuler des deux résistances serait en effet un vrai plus.

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