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Maladies sur blé : le recours aux fongicides en baisse structurelle

Avec des printemps plutôt secs ces dernières années et un recours plus important à des variétés tolérantes aux maladies, les fongicides se montrent moins indispensables.

Moins de deux traitements en moyenne sur blé tendre en 2020.Les maladies sont restées confinées au printemps 2020... © V. Marmuse
Moins de deux traitements en moyenne sur blé tendre en 2020. Les maladies sont restées confinées au printemps 2020...
© V. Marmuse

Moins de deux traitements en moyenne sur blé tendre en 2020. Ce nombre est tombé précisément à 1,9 application et il faut remonter à 2011 pour retrouver une telle situation. Cette utilisation modérée des fongicides est à relier à la faible nuisibilité des maladies. « Elles sont restées confinées au printemps 2020, remarquent Claude Maumené et Jean-Yves Maufras, Arvalis, dans un contexte Covid-19 de confinement pour les personnes. La septoriose est restée en bas des plantes sans monter sur les étages foliaires supérieurs, sauf dans le Sud-Ouest qui a connu des pluies en mars-avril. La rouille jaune a été très peu signalée. C’est une très petite année maladies en céréales avec une nuisibilité mesurée à 7,8 quintaux/hectare pour le blé. » Un record en dix-huit ans de suivi : la plus faible nuisibilité enregistrée jusqu’alors était de 8,3 q/ha en 2011. Pour rappel, elle a atteint le maximum de 27,1 q/ha en 2008.

Outre les conditions sèches du printemps, les retards de semis en 2019-2020 dus aux conditions pluvieuses de l’automne ont pu contribuer également à réduire la pression parasitaire. Ces dernières années, les printemps se suivent et se ressemblent avec une relative sécheresse peu favorable aux maladies foliaires. Résultat : le nombre moyen de traitements n’a cessé de décroître depuis 2016, passant de 2,5 à 1,9 en quatre ans. Doit-on y voir une tendance de fond ? La fréquence des printemps secs pourrait augmenter avec le changement climatique en cours.

Près de la moitié des blés tendres tolérants à la septoriose

Un autre facteur agit fortement sur la pression maladies : la tolérance génétique des variétés de blé utilisées. Vis-à-vis de la septoriose, maladie la plus préjudiciable et la plus régulière sur blé, les agriculteurs ont de plus en plus recours à des variétés tolérantes à ce pathogène.

« En 2019-2020, les producteurs ont semé 44 % de la surface en blé tendre avec des variétés présentant une note de résistance à la septoriose de 6,5 ou plus, rapporte Jean-Yves Maufras sur la base de données de FranceAgriMer, du CTPS et d’Arvalis. Cette proportion n’était que de 36 % la campagne précédente et de l’ordre de 10 % dix ans plus tôt. »

Dans le même temps, les variétés sensibles (note inférieure ou égale à 5) sont tombées à 15 % des surfaces (et même 10 % en 2018-2019) alors qu’elles représentaient la moitié des blés en 2010. Cette évolution variétale participe à rendre la septoriose moins présente et à retarder son installation.

La part des variétés résistantes à la rouille jaune (note supérieure ou égale à 7) est élevée également : 62 %. C’est moins le cas vis-à-vis de la rouille brune, une maladie plus tardive bien contrôlée par les fongicides en T2.

Avec une proportion croissante de blés moins sensibles aux maladies, les fongicides apparaissent dès lors moins indispensables, notamment pour le traitement T1 au stade deux nœuds qui fait l’objet de plus en plus souvent d’une impasse chez les agriculteurs.

« Les variétés de blé avec une note de tolérance supérieure à 6,5 ne nécessitent effectivement pas de T1 contre la septoriose, préconise Jean-Yves Maufras. L’utilisation d’un T1 a baissé de 30 % en proportion de la surface du blé tendre en 2020 par rapport à 2019, avec 1,9 million d’hectares traités. » Cela représente moins de la moitié de ce qui était pratiqué en 2016. Le recours à des programmes fongicides à un seul traitement a nettement augmenté, passant à 36 % des surfaces de la céréale.

« On assiste à une baisse structurelle du T1, confirme Jérôme Tournier, responsable pôle céréales chez BASF. Les surfaces en blé traitées avant le stade deux nœuds baissent plus vite que la surface totale de blé sur ces trois dernières années. L’année 2020 reste exceptionnelle. Le T1 devrait continuer à baisser en tendance par rapport à la moyenne de ces dernières années. En 2021, son utilisation sera sans doute inférieure à celle en 2019 mais peut-être pas à 2020 qui reste une année exceptionnelle du point de vue de la faible intensité de maladie. » Les firmes prévoient une baisse du marché des fongicides céréales tous les ans. Ce marché est arrivé à maturité avec des solutions efficaces. Il ne peut que décroître.

Moins de nuisibilité et de traitements depuis quatre ans © Source : Arvalis et firmes.

EN CHIFFRES

L’enveloppe fongicide décroît

59 €/ha de moyenne pour l’enveloppe fongicide en blé en 2020 contre 69 €/ha en 2019

42 % des surfaces de blé tendre ont été protégées avec un programme à 2 traitements en 2020 (stabilité par rapport à 2019). Ce programme reste majoritaire.

1,9 million d’hectares (Mha) de blé traités en T1 (stade 2 nœuds ou avant) en 2020 contre 2,7 Mha en 2019 et 3,2 Mha en 2018.

Seulement 19 % des surfaces ont été traitées 3 fois en 2020 et 36 % ont reçu une seule application (en forte hausse).

Sources : Arvalis et firmes.

Des OAD qui posent question

Les OAD tel Septolis d’Arvalis ne se sont pas trompés en 2020. « Septolis a apporté la prévision de ne pas déclencher de T1 dans 80 % des situations », rapporte Jean-Yves Maufras. Des sociétés mettent en avant leur outil d’aide à la décision dans le raisonnement des traitements fongicides avec Xarvio, Avisio, Atlas, Opti-Protec… « Ces OAD sont de plus en plus utilisés. Ce sont davantage des outils de prévision incitant à des traitements préventifs plutôt que des outils de décision. Pour la plupart, ils restent dans la main des sociétés qui vendent des phytos », observe un conseiller agricole de terrain qui préconise les observations au champ. Pas sûr que tous les OAD contribuent à baisser le recours à la chimie.

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