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Lutter contre les bioagresseurs avec des plantes de service : ce qui marche vraiment

Pour trouver des compléments à la lutte chimique, des essais étudient l’efficacité des plantes de service tels les couverts végétaux pour contrôler maladies, ravageurs et adventices. Quelques solutions probantes existent en grandes cultures.

La féverole associée au colza produit des effets contre les ravageurs, à condition d'en obtenir une biomasse suffisante. © C. Gloria
La féverole associée au colza produit des effets contre les ravageurs, à condition d'en obtenir une biomasse suffisante.
© C. Gloria

Les plantes de service sont bonnes à tout faire. Sous la forme de couverts végétaux d’interculture, d’associations avec les cultures ou situées en bordures des parcelles, ces plantes remplissent divers rôles. Leur utilité pour l’apport d’éléments nutritifs est bien connue, mais la lutte contre les bioagresseurs est une voie de plus en plus explorée, avec déjà des exemples concrets en grandes cultures.

Au fil des années d’essais, la technique des plantes appâts a fait ses preuves sur maïs contre les taupins, à condition d’adopter les bonnes règles. « La solution qui montre la meilleure efficacité dans les essais est l’utilisation d’un mélange de grains de blé et de maïs à 60 kg/ha chacun incorporé en plein à 10-15 centimètres de profondeur avant ou au moment du semis du maïs, présente Philippe Larroudé, Arvalis. Sur une synthèse de cinq essais bien attaqués, l’efficacité est proche de 60 %. C’est presqu’aussi efficace qu’un insecticide pyréthrinoïde appliqué dans la raie de semis qui constitue la référence du moment. »

Pour le spécialiste d’Arvalis, la technique n’est pas difficile à mettre en œuvre et ne prend pas trop de temps. « Cette application peut se réaliser pendant le semis de maïs avec par exemple un épandeur centrifuge de type Vicon à l’avant du tracteur, une herse rotative pour l’enfouissement et le semoir à maïs à l’arrière. Autre possibilité, répartir les graines appâts au moment de la préparation du sol avant le semis. » Mais plus l’application est proche du semis du maïs, plus la technique est efficace, selon des essais Arvalis.

 

Des plantes appâts qui ne doivent pas concurrencer la culture

Les graines enfouies germent et captent les taupins qui remontent vers la surface du sol, ce qui les détourne des lignes de maïs à protéger. Les plantes qui résultent de ces graines se doivent d’être détruites ensuite, pour ne pas entrer en compétition avec la culture. « Le recours au mélange blé + maïs nécessite d’utiliser des variétés de maïs tolérantes à l’herbicide Stratos Ultra (variétés Duo System) pour les plants destinés à être récoltés, afin de pouvoir détruire les pieds de maïs issus des graines appâts », précise Philippe Larroudé. D’autres céréales ont été testées en tant que plantes appâts comme le blé seul ou l’avoine, avec une efficacité moindre. Mais l’orge pourrait être une bonne candidate puisque deux essais Arvalis montrent une efficacité élevée avec une utilisation à 120 kg/ha. Les expérimentations se poursuivent pour confirmer ces résultats.

Ces plantes appâts exercent-elles une concurrence vis-à-vis du maïs ? « Par rapport à la référence du traitement insecticide dans la raie de semis, il y a une perte de rendement relativement modeste (moins de 10 %) avec le mélange blé + maïs, mais on gagne nettement par rapport au témoin non traité, souligne le spécialiste d’Arvalis. Pour réduire le plus possible cet effet, la destruction des plantes appâts doit se faire au stade 3 à 4 feuilles du maïs, pas après. »

Plantes appâts associées à insecticides en test

Actuellement, les insecticides disponibles contre les taupins se résument à des produits s’appliquant dans la raie de semis, à l’aide d’un microgranulateur bien réglé et d’un diffuseur bien positionné pour permettre une bonne répartition du produit et rendre le traitement plus efficace. « Dans le contexte actuel de réduction ou de contrainte d’utilisation des produits de synthèse contre les taupins, la technique des plantes appâts pourrait avoir un rôle à jouer tout en continuant à l’optimiser », signifie Philippe Larroudé. L’utilisation de diffuseur est interdite depuis deux ans pour un des insecticides (Force 1,5 G), ce qui réduit fortement sa performance. Il n’est pas exclu qu’à l’avenir, un tel interdit touche d’autres produits.

 

 
Des plantes appâts (avoine ici) sont testées sur maïs pour mieux contrôler les taupins. © Corteva
La société Corteva teste une solution hybride : l’utilisation d’un insecticide autorisé en bio (Success GR) associée à une incorporation de graines d’avoine dans l’interrang du maïs. « Pour cela, nous travaillons avec le constructeur Monosem. L’emploi de leur semoir classique est possible en utilisant les bacs fertiliseurs pour y mettre les graines d’avoine (50 kg/ha) et en décalant les disques enfouisseurs au milieu de l’interrang, présente Guillaume Quinot, Corteva Agriscience. L’avoine a l’avantage de germer rapidement et, dans l’interrang, elle est facile à détruire ensuite dans le maïs avec une bineuse ou un herbicide (nicosulfuron + mésotrione par exemple). L’efficacité de Success GR + avoine est comparable aux références du marché. » Le coût de Success GR est de 58 euros/ha. Philippe Larroudé ne voit pas trop l’intérêt de cette association : « l’efficacité de l’insecticide seul est très faible et, dans un de nos essais, l’avoine en interrang a montré moins d’effet que le mélange en plein de blé + maïs. » Guillaume Quinot met en avant l’absence de concurrence de l’avoine en ligne vis-à-vis du maïs.

 

En colza, les légumineuses agissent si elles sont suffisamment développées

En colza, les connaissances sur la technique des couverts associés s’affinent sur les effets contre les altises et autres charançons. L’intérêt des légumineuses a été démontré contre ces ravageurs. Mais pour avoir un impact significatif sur les insectes, il faut que ces plantes et le colza atteignent un bon niveau de développement. « Quand le poids frais des légumineuses dépasse 200 g/m2 à l’entrée de l’hiver (début décembre), on relève une réduction des larves de ravageurs par rapport à un colza seul, présente Michaël Geloen, Terres Inovia. Ce poids est un minimum à atteindre mais il vaut mieux viser entre 400 et 500 g/m2 de légumineuse début décembre pour obtenir un effet intéressant. »

D’autre part, plus le colza sera robuste à l’entrée de l’hiver et mieux il sera armé contre les insectes. « Le poids frais à atteindre devra être de 1 à 1,5 kg/m2 pour la culture, niveau de développement à partir duquel le pourcentage de plantes saines dépasse les 80 % dans la grande majorité des cas, rapporte le spécialiste de Terres Inovia. Cela donne un optimum de 1,5 à 2 kg/m2 de poids frais du couvert associé et du colza comme objectif à l’entrée de l’hiver. » L’effet biomasse est déterminant : peu développées, les plantes se montrent très vulnérables.

Michaël Geloen l’avoue : « on ne s’explique pas vraiment pourquoi l’on a une réduction du nombre de larves par plante. On suppose que cela peut être un effet barrière, un effet leurre et/ou un effet répulsif. Une plante comme la féverole produit une odeur particulière qui peut agir comme répulsif. On sait que cela marche mais on ne connaît pas les mécanismes qui font que l’on observe ces résultats ».

Des plantes multifonctions contre les maladies et ravageurs

 

 
Biofumigation : des couverts broyés peuvent libérer des composés dans le sol, toxiques pour des bioagresseurs. Les isothiocyanates provenant de la dégradation de crucifères agissent contre des pathogènes du sol tel le piétin échaudage ou des ravageurs (nématodes, par exemple). Ces substances peuvent agir indirectement via les organismes du sol pour détruire le pathogène ou induire des mécanismes de défense de la culture.

 

Stimulation de défense : la plante de service produit des composés qui vont être reconnus par la culture et y induire des mécanismes de défense. Une molécule du maïs, le DIMBOA, est produite lors d’attaques d’insectes et peut induire les mécanismes de défense d’autres cultures tel que le soja contre des pathogènes.

Effet barrière par camouflage de la culture ou pour réduire les déplacements du ravageur, comme des couverts (légumineuses) testés contre les pucerons d’automne sur blé et orge. Contre les maladies, l’effet est physique en perturbant les flux de spores.

Répulsion : une plante de service installée dans la culture va repousser le ravageur, à l’instar de la féverole dans un colza.

Attraction : une plante dans l’environnement de la parcelle attire le ravageur en l’appâtant et le détourne de la culture, comme une céréale vis-à-vis des taupins sur maïs. L’attraction peut aboutir à la destruction du ravageur. C’est ce qu’on observe avec les crucifères nématicides à l’interculture contre les nématodes.

Sentinelle : la plante de service attire et sert de refuge aux auxiliaires pour combattre les ravageurs.

Biomasse et allélopathie contre les adventices

 

 
Le sarrasin produit des substances allélopathiques en présence d'adventices. © C. Gloria
Contre les adventices, l’impact des plantes de service (PDS) est probant surtout à l’interculture. « Il faut au minimum 3 à 4 t/ha de matière sèche produites par le couvert pour exercer une concurrence efficace sur les adventices et repousses, rapporte Nathalie Verjux, Arvalis, sur la base d’une synthèse d’essais. Mais il n’y a pas d’effet cumulatif sur la culture qui suit car généralement le travail du sol efface tout et les adventices qui poussent dans la culture sont différentes de celles à l’interculture. » Outre l’effet biomasse, des PDS peuvent agir par leur ombrage et également en sécrétant une substance influant sur le développement des mauvaises herbes. C’est l’allélopathie. À l’institut Agroscope en Suisse, Aurélie Gfeller cite quelques exemples pratiques : « en Asie et en Australie, le riz allélopathique supprime assez efficacement le panic pied-de-coq. Pour ces mêmes propriétés, le sarrasin est parfois associé au soja, et le sorgho au maïs dans l’interrang pour lutter contre le souchet… » Ces solutions sont très peu reprises sous nos latitudes.

 

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