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L’accompagnement, gage de réussite pour son projet de méthanisation

La méthanisation à la ferme ne s’improvise pas. De l’idée au fonctionnement, il faut compter en moyenne quatre ans, pour des investissements de plusieurs millions d’euros.

La sécurisation de l'approvisionnement du méthaniseur est un des points clés à prendre en compte dans un projet.
© C. Gloria

Pour réussir à concrétiser son projet de méthanisation, il y a plusieurs points clés à aborder.

Bien s’entourer

« Avant le démarrage du méthaniseur, il faut compter un à deux ans de réflexion, entre six mois et un an pour l’étude de faisabilité, un an pour le montage du dossier et un an de construction », estime Hélène Berhault-Gaborit, chef de projet méthanisation à l’association Vienne Agri Métha. L’accompagnement est essentiel, que ce soit via une association, un bureau d’études indépendant ou la chambre d’agriculture. « Prendre la mesure de ce nouveau métier est essentiel, insiste Hélène Berhault-Gaborit. À travers des retours d’expériences, des formations… C’est aussi l’occasion de se rendre compte que cela, parfois, ne vaut pas le coup. » Selon elle, plus de la moitié des projets ne passent pas de l’idée à la réalisation.

Partir en solo ou avec des associés

« La première idée souvent, c’est de partir seul, observe Hélène Berhault-Gaborit. Au fur et à mesure les gens se tournent vers du collectif. Généralement, on se réunit pour mettre en commun des matières premières, mais il faut d’abord se demander si l’on a envie de travailler ensemble. » Attention à l’organisation du travail : les astreintes sont contraignantes et ce poids ne doit pas être négligé. La distance entre les fermes est aussi à prendre en compte. Ensuite, se pose la question du portage juridique de l’unité de méthanisation. Est-elle intégrée dans l’exploitation ? Crée-t-on une société dédiée ?

Sécuriser ses approvisionnements

Cultures intermédiaires à vocation énergétique (Cive), effluents d’élevage, biodéchets… La ration du méthaniseur peut être variée, avec une idée clé : « des approvisionnements en volumes suffisants, sécurisés et à un coût raisonnable », résume Hélène Berhault-Gaborit. En la matière, les Cive sont intéressantes, par leur pouvoir méthanogène et leurs avantages agronomiques : apport d’azote, lutte contre les ravageurs, moindre salissement des parcelles… Attention aux approvisionnements exogènes avec le risque qu’ils se tarissent. Et gare aux distances qui engendrent vite des coûts énormes. « On peut transporter l’électricité et le biométhane, mais les matières premières doivent être transformées le plus localement possible », appuie Francis Claudepierre, président de l’AAMF. Les biodéchets commencent à être très demandés : s’ils sont intéressants, ne pas compter dessus au départ.

Valoriser le digestat

« Il faut pousser la réflexion sur les conditions de transport et de stockage, et la valorisation du digestat », prône Hélène Berhault-Gaborit. Outre que son transport coûte cher, les ballets de camions sont l’une des raisons de la méfiance des riverains envers les projets de méthanisation. « Certains misent sur des systèmes de canalisations qui apportent le digestat dans les parcelles même. Cela peut générer d’importantes économies par la suite », indique Hélène Berhault-Gaborit.

Choisir le constructeur et injecter le biogaz

En grandes cultures, l’injection est en général plus intéressante, avec le bémol du coût de raccordement. Pour les démarches liées à celui-ci et à la vente de l’énergie, une pré-étude (optionnelle) et une étude de faisabilité pour évaluer le coût sont à réaliser, avant de s’atteler aux contrats et conventions avec le gestionnaire de réseau pour raccorder l’unité et avoir le droit d’injecter. Ensuite, viennent les contrats avec le fournisseur d’énergie pour la vente de l’électricité ou du biométhane. Le tarif d’achat est fixé par l’arrêté du 23 novembre 2011, pour une durée de 15 ans. Il dépend de la taille de l’installation et de ses intrants. Quant à la location du poste d’injection, son coût est fixe : 52 000 €/an HT, chiffre Christophe Bellet chez GRDF, auquel il faut rajouter le coût d’analyses annuelles du gaz, pour un total avoisinant 55 000 €/an HT. Côté constructeur, la vigilance est de mise quant au sérieux de l’entreprise. « Après l’étude de faisabilité, nous proposons de rédiger une note de cadrage, avec un cahier des charges à présenter au constructeur. Cela permet d’avoir une réponse à cette demande et de pouvoir comparer les propositions », illustre Hélène Berhault-Gaborit.

En faire un projet de territoire

C’est l’un des freins majeurs à la méthanisation : l’acception des riverains. L’Ademe a rédigé un document pour bien se saisir de la problématique, en amont. Yves Debien, éleveur de porcs et céréalier sur 340 hectares, non loin de Poitiers à Sèvres-Anxaumont (Vienne), a mis sept ans pour obtenir l’autorisation d’exploiter de son méthaniseur en cogénération. Outre des problèmes administratifs, liés notamment à une zone de captage, il a dû faire face à des réticences des riverains. « Sur la commune, les motifs étaient : 'ma maison va perdre de la valeur', 'il va y avoir plus de camions', et le risque d’explosion, relate l’agriculteur. Cela montre bien la méconnaissance du sujet. » Son conseil : « préparer le terrain en amont. Montrer que ce sont des projets de territoire, avec un bénéfice au-delà du nôtre ».

Obtenir financements et feux verts administratifs

Une fois la faisabilité technico-économique du projet avérée, plusieurs dossiers sont lancés : rédaction du dossier ICPE (Installation classée pour la protection de l’environnement) et du permis de construire, plan d’épandage, demande d’agrément sanitaire, dossier de demande de subventions et dossier bancaire. « Pour suivre les démarches réglementaires, un guichet unique a été mis en place dans chaque DDT ou DDPP (Direction départementale des territoires ou Direction départementale de la protection des populations) », indique l’Ademe. Même si en pratique, trouver le bon interlocuteur n’est pas toujours simple. Quant aux subventions, il faut se renseigner auprès de l’Ademe et de sa région. Si les banques sont parfois frileuses, des solutions existent, notamment avec BPI France, ou via des financements participatifs.

EN SAVOIR PLUS

Des ressources disponibles

- Différentes structures peuvent répondre aux questions : association Aile, chambres d’agriculture, GRDF, GRTF, Vienne Agri Métha…
- L’Ademe a publié des guides pratiques, disponibles en ligne www.ademe.fr
- Le site www.injectionbiomethane.fr donne de nombreuses informations, et permet d’évaluer son potentiel de production de biogaz.

Une Cive entre deux cultures alimentaires

Trois cultures en deux ans : c’est ce que permettent les Cive, cultures intermédiaires à vocation énergétique. Plus précisément, il s’agit de faire deux cultures alimentaires et une Cive entre les deux. Il est possible de faire des Cive d’été (orge de printemps, sorgho, maïs…) semées en début d’été, après une culture d’hiver récoltée tôt (orge d’hiver, colza…), et des Cive d’hiver, en implantant à l’automne une espèce (céréales, seules ou en association avec des légumineuses…) avant une culture alimentaire d’été. Le rendement par hectare est le critère de choix de l’espèce, les différences n’étant pas significatives entre les potentiels méthanogènes. Pour l’Ademe, « il faut viser un objectif minimal de 4 t/ha de matière sèche (MS) pour rentabiliser les coûts d’implantation et de récolte. Dans de bonnes conditions, on pourra récolter 6 à 7 t/ha MS en moyenne ». L’organisme conseille de faire des essais en conditions réelles pendant le développement du projet, ce qui permet aussi de constituer des stocks.

Une bonne production avec les graminées

Pour Sylvain Marsac, ingénieur chargé d’études agricoles en économie et valorisations non alimentaires chez Arvalis, « quand on fait trois cultures en deux ans, il faut aller chercher les variétés les plus précoces à chaque fois ». À prendre en compte aussi, les services rendus par les cultures, à maximiser : lutte contre les adventices, les insectes… « Attention au risque de gel pour les Cive d’hiver », alerte le spécialiste. Pour lui, côté espèce, « ce sont les graminées qui produisent le mieux. Les légumineuses donnent moins de biomasse mais apportent de l’azote pour gagner en autonomie de fertilisation. Mais au-delà de 40 %, on perd en rendement ». Il préconise de semer les Cive d’hiver avant le 1er octobre, et pour les Cive d’été, avant le 10 juillet, « car les jours raccourcissent, ce qui fait perdre en biomasse ». Quant aux mélanges spécial Cive disponibles sur le marché, pour lui, « on sait que les associations légumineuses-graminées fonctionnent. Pour le reste, nous n’avons pas assez de recul. Peut-être dans des milieux contraints, certaines associations peuvent être intéressantes. En tout cas, il faut essayer en pur avant de parler de mélanges ».

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