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Inondations : le point sur l’état des céréales et du colza dans l’Ouest de la France

Céréales à paille et colzas souffrent dans les champs des excès de pluie que connaissent la majorité des régions en France. Des productions seront perdues sur les parcelles ennoyées. Pour d’autres, le potentiel n’est pas encore entamé à condition de pouvoir apporter les engrais azotés suffisamment tôt pour répondre aux besoins des plantes. Le point dans différentes régions.

<em class="placeholder">Parcelle d&#039;orge d&#039;hiver inondée, à proximité de la rivière Eure</em>
Si l’engorgement demeure temporaire, les dégâts se limitent à des retards de stades et des pertes de talles pour un blé. En revanche, un ennoiement total au-delà de deux jours peut provoquer des pertes de plantes.
© Charles Baudart

Avec Christian Gloria

Depuis novembre, les cumuls de pluie approchent ou dépassent les niveaux les plus élevés observés depuis vingt ans dans plusieurs secteurs de l’Ouest de la France. Clément Gras d’Arvalis indique que depuis le 1er janvier 2026, il est tombé 233 mm en moyenne sur le Poitou-Charentes, quand Jean-Luc Lespinas, responsable agronomie de la Cavac, parle lui de 350 mm depuis le 10 janvier en Vendée. En conséquence, des sols saturés, une hydromorphie marquée et, dans les cas les plus sévères, des parcelles totalement ennoyées.

Des blés au stade tallage relativement tolérants

Les ingénieurs régionaux d’Arvalis de la façade Ouest indiquent que la majorité des céréales à paille se situent au stade tallage, moins sensible à l’asphyxie racinaire qu’à la montaison. L’implantation automnale, globalement réussie, constitue un point positif. En Vendée, Jean-Luc Lespinas observe que les blés tendres supportent pour l’instant « assez bien » les excès d’eau, à des stades qui vont de fin tallage à début redressement. Mais il ajoute aussi que dans la zone de bocage, où les sols sont saturés, certaines plantes commencent « à souffrir sérieusement ». 

Arvalis confirme que l’anoxie racinaire peut déjà perturber les cultures. Si l’engorgement demeure temporaire, les dégâts se limitent à des retards de stades et des pertes de talles. En revanche, un ennoiement total au-delà de deux jours peut provoquer des pertes de plantes.

Le diagnostic sur un éventuel retournement devra attendre le ressuyage complet. Les seuils de décision indiqués par Arvalis, 50 plantes saines/m² en sols profonds, 80 en situations moins favorables, sont à combiner avec la régularité des manques. En Vendée, aucun retournement n’est envisagé à ce stade. « Des frais ont déjà été engagés sur des exploitations qui sont par ailleurs en souffrance financière », indique Jean-Luc Lespinas. « Dans le Lot-et-Garonne, 650 hectares de blé tendre et plus de 100 hectares d’orge sont sous un mètre d’eau depuis plus de cinq jours dans la vallée de la Garonne, indique Florent Ruyet de la chambre d’agriculture. Ces parcelles seront à ressemer. »

Dans leur dernier message technique, les ingénieurs d’Arvalis Poitou-Charentes précisent que « pour le blé, au-delà de 120-150 plantes/m² (…) le potentiel de l’année reste atteignable […] sous réserve que les conditions météorologiques du printemps soient assez favorables. » Mais ils préviennent : en cas d’engorgement prolongé jusqu’à la montaison, « les capacités de compensation peuvent être davantage affectées. » Leur inquiétude porte davantage sur les semis tardifs de décembre-début janvier, qui sont au stade 2-3 feuilles, et notamment les blés durs et orges de printemps, plus sensibles. « Si les excès d’eau perdurent plus de 2-3 jours courant levée et 6-8 jours à 2-3 feuilles, ils peuvent entraîner de fortes réductions du peuplement […]. »

Vigilance sur l’azote au stade épi 1 cm

Les pluies ont entraîné un lessivage d’azote marqué, et ce d’autant plus que les reliquats étaient élevés en fin d’année. Pour l’heure, les blés à fin tallage ne présentent pas de carence apparente, « mais les stades épi 1 cm vont vite arriver, et il faudra réaliser un premier apport d’ici dix à quinze jours, sinon on va perdre en nombre de talles », alerte Jean-Luc Lespinas. Il craint que les pertes par lessivage, associées à un contexte de prix des engrais élevé, ne pèsent sur les stratégies de fertilisation : « Les agriculteurs vont sans doute lever le pied sur l’azote, peut-être réduire le dernier apport. Nous sommes inquiets pour la qualité et les taux de protéines. »

Arvalis Poitou-Charentes rappelle que « les excès d’eau provoquent une lixiviation importante des éléments minéraux les plus mobiles (azote, soufre) ». Une adaptation au cas par cas s’impose, pouvant conduire à ajuster l’objectif de rendement et la dose d’azote. « Dès que les sols seront suffisamment ressuyés le déclenchement d’apports d’azote et de soufre permettra d’accompagner la reprise de végétation […], dans le respect du fractionnement », précise Arvalis, qui ajoute qu’un apport de phosphore pourra être envisagé dans les parcelles peu pourvues.

Le colza supporte mal les excès d’eau

Pour le colza, les années humides ne sont jamais les meilleures. « Dans la région Occitanie, les colzas sont touchés par les excès d’eau, notamment dans les départements du Gers et du Lot-et-Garonne, remarque Quentin Lambert, ingénieur régional Terres Inovia. En Haute-Garonne, Tarn et Aude, les situations sont plus hétérogènes. » 

Dans les parcelles inondées depuis au moins deux semaines, les colzas ne s’en remettront pas. « Avec anoxie des racines, Il y a pourrissement du pivot dans ce type de situation qui concerne les bords de rivières et certaines zones de plaines. Les pertes de plantes seront très importantes et nécessiteront un retournement, juge Quentin Lambert. Mais dans notre région, ces situations restent très minoritaires, de l’ordre de quelques pourcents des surfaces. »

Non inondées, d’autres parcelles souffrent néanmoins d’hydromorphie se traduisant par des plants de colza « rougissant ». « Leur potentiel n’est pas atteint, mais il faudra leur apporter de l’azote avant deux semaines », souligne l’ingénieur, en espérant que les parcelles soient praticables fin février. « Heureusement, les conditions de semis et de développement jusqu’aux premiers gels de l’hiver avaient été très bonnes, donnant des colzas robustes avec une biomasse élevée et une bonne valorisation de l’azote du sol. Cela aide dans le contexte actuel. Si les colzas avaient été chétifs à l’entrée de l’hiver, les craintes de pertes auraient été plus vives. »

Des apports d’azote en retard sur des colzas en souffrance

Entre un et deux tiers des colzas seraient dans cette situation dans le sud-ouest où le premier apport d’azote n’a pas encore pu être réalisé. En temps normal en Occitanie, les apports d’engrais (azote et soufre) sont bien entamés lors de la seconde quinzaine de février. « Avec un premier apport retardé, il faudra limiter le nombre d’apport à deux (et non trois quand la période est plus propice aux passages) », conseille Quentin Lambert.

Qu’en est-il dans les autres régions ? Aucune n’est épargnée par les excès de pluie, à différentes échelles. En zone de bocage en Vendée, le colza est la culture la plus en souffrance. « Il est à des stades très avancés entre C2 et D1, indique Jean-Luc Lespinas. On constate des pourritures de racines, des parcelles rouges, avec des plantes qui n’absorbent plus rien. On n’ira pas vers des retournements car les investissements ont été faits mais il risque d’y avoir des hétérogénéités de rendement très fortes. C’est dommage car le potentiel était là. »

Dans le Grand Est, Aurore Baillet, de Terres Inovia, observe les situations d’hydromorphie. « Ce n’est pas exceptionnel dans notre région à cette époqueMais il y aura des dégâts malgré tout. » Les sols sont détrempés. Les agriculteurs ne peuvent pas rentrer dans leurs parcelles. Or le colza doit être impérativement alimenté en azote avant le début de la floraison. 

« Les stades du colza sont moins avancés que dans le sud et les plants avec de bonnes biomasses peuvent attendre un peu. C’est moins le cas pour des petits colzas, qui souffrent par exemple d’attaques de larves d’altises, qui ont été importantes cette campagne, remarque Aurore Baillet. Mais la messe n’est pas dite, car ce sont surtout les conditions climatiques du printemps au moment de la floraison qui font le rendement final du colza. »

Pas de retournement du colza s’il reste au moins 5 à 10 pieds au mètre carré

À quel niveau de pertes de pieds de colza, doit-on retourner une parcelle ? « C’est une décision qui ne doit pas être prise à la légère et elle doit se prendre avant le premier apport d’azote. Si l’on a encore 5 à 10 pieds au mètre carré répartis de façon homogène, il n’y aura pas d’intérêt à retourner le champ, estime Quentin Lambert, Terres Inovia Occitanie. Il faut prendre en compte la biomasse des colzas, qui était plutôt bonne dans notre région avant les inondations et aussi le potentiel de la parcelle. » Le retournement sera d’autant moins pertinent que l’on est sur un sol profond, favorable à une bonne compensation de la culture. Le colza est justement connu pour avoir une bonne capacité de compensation d’aléas culturaux tels que ceux occasionnés par des évènements climatiques.

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