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Identifier les risques en grandes cultures pour mieux les maîtriser

Utiliser les bons outils de gestion du risque impose d’abord d’estimer précisément les principales fragilités de l’exploitation.

Présence ou non de l'irrigation, diversité des cultures... faire un diagnostic des risques permet de trouver les bons outils à mobiliser sur une exploitation. © G. Omnès
Présence ou non de l'irrigation, diversité des cultures... faire un diagnostic des risques permet de trouver les bons outils à mobiliser sur une exploitation.
© G. Omnès

Comme toute activité, l’agriculture comporte son lot de risques. Comment s’en prémunir pour sécuriser l’exploitation dans la durée ? « Le premier étage, c’est de réaliser un bilan d’exposition au risque, préconise Laurent Woltz, chef du service juridique et fiscal de la FNSEA. À partir de ce bilan et de l’analyse de la capacité de l’agriculteur à surmonter le risque, on va pouvoir mettre en face des solutions. » Premier constat : l’exposition au risque et la capacité de le supporter ne sont pas les mêmes selon que l’on est un jeune agriculteur ou bien proche de la retraite, sans emprunt à rembourser. Le premier, fraîchement installé, disposant de peu de références techniques et sans épargne, avec des annuités élevées, n’est pas aussi armé que le second pour encaisser les coups durs.

Bénéficier de regards extérieurs pour enrichir sa perception

Pour Olivier Bohn, conseiller d’entreprises à la chambre d’agriculture de Moselle, il faut avant tout « identifier les vulnérabilités, et utiliser les outils à disposition comme la comptabilité pour mesurer les fréquences d’exposition aux risques de ses cultures ». Pour appuyer les agriculteurs dans cette démarche, il a développé un diagnostic permettant d’objectiver tous les points d’exposition de l’exploitation aux risques. « Il y a de nombreux domaines à intégrer, souligne Olivier Bohn. Il y a le risque climatique, mais également le risque environnemental et la responsabilité civile, dans le cas où je cause un dommage à un tiers. Et l’on oublie souvent le facteur humain : si le chef d’exploitation se blesse alors qu’il est en charge du bon fonctionnement du système, c’est une mise en danger de la ferme. » Chaque exploitant a sa propre vision des risques auxquels il est confronté sur la ferme, mais faire appel à un regard extérieur amène parfois des surprises. Cela peut mettre en lumière des aspects dont n’avait pas conscience l’agriculteur. Les échanges avec les conseillers, les comptables et les assureurs peuvent ainsi enrichir la perception initiale. Ces interlocuteurs sont également source de proposition pour trouver les bonnes solutions pour sécuriser le système.

Externalisation du risque ou autoassurance

« Une fois que l’on a une vision claire des risques auxquels on doit faire face, on peut décider d’externaliser cette gestion du risque, par exemple au travers d’assurances, précise Laurent Woltz. Il reste alors à fixer les niveaux de protection souhaités. Concernant l’assurance récolte, on se contentera d’une franchise à 30 % si l’on est capable de résister à un aléa climatique important. La question à se poser pour déterminer le bon seuil est : suis-je en mesure de faire face, seul, à un accident d’un tel niveau ? » Le rachat de rendement est à envisager si l’on a subi plusieurs mauvaises années successives qui ont déconnecté le rendement historique moyen du rendement potentiel. Se reposer régulièrement ces questions est indispensable : une assurance récolte bien calibrée une année donnée, avec un niveau de franchise et un rendement assuré adaptés, peut devenir caduque en cas de changement sur l’exploitation. De nouveaux emprunts ? Une épargne de précaution vidée pour faire face à une année difficile ? Ou au contraire des investissements dans le système d’irrigation ? Tous ces événements sont autant de raisons de réajuster les curseurs de son assurance récolte. « Il ne faut pas repartir sur un contrat reconductible sans l’analyser chaque année », conseille Olivier Bohn.

Déterminer la marge de manœuvre sur sa ferme

Et l’assurance récolte n’est pas une assurance tout risque. « Elle doit répondre en grande partie à de l’exceptionnel, relève Éric Quineau, du cabinet Fiteco, en Eure-et-Loir. Il faut avant tout anticiper la commercialisation en amont. Cela impose aussi de connaître son prix de revient et de tout faire pour que celui-ci soit le plus adapté par rapport au prix de marché. Le niveau 1 de la gestion, c’est maîtriser ses charges. » Parmi les clients de l’expert-comptable, certains affichent des charges en produits phytosanitaires situées entre 130 et 170 euros par hectare. « Le rendement en blé chez eux n’est pas exceptionnel pour la région, autour de 7,5 tonnes à l’hectare, mais ils dégagent in fine une excellente marge brute, identique à celle d’autres agriculteurs dont les dépenses phyto s’élèvent entre 250 et 340 euros par hectare. Ces derniers sont confrontés à un risque plus élevé. » Plus globalement, calculer le prix de revient permet de déterminer la marge de manœuvre existant sur la ferme, en définissant le besoin d’excédent brut d’exploitation (EBE) et en le comparant à l’EBE habituellement dégagé en année normale. « Si j’ai peu de marge de sécurité, je peux décider de prendre une assurance récolte très protectrice, mais je peux aussi travailler sur mon assolement, par exemple pour le rendre moins dépendant d’une culture, suggère Éric Quineau. Selon les cas, je peux réfléchir à développer une nouvelle activité générant un revenu fixe, ou faire de la prestation… L’idée est de compartimenter au maximum son produit. Le premier assureur peut être l’agriculteur lui-même ! »

Attention aux systèmes structurellement fragiles !

Une exploitation peut traverser une phase de fragilité accrue, par exemple en raison d’investissements importants. Mais si le diagnostic de l’exposition aux risques révèle une faiblesse structurelle, alors il faut se poser des questions en profondeur. « Les assurances ne sont pas là pour protéger d’un risque certain, rappelle Marine raffray, agroéconomiste à l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture. L’assurance récolte ne peut pas être un palliatif à un système déficient, même si elle participe à la résilience des exploitations. L’existence d’autres outils qui améliorent la robustesse reste nécessaire, ce qui pose notamment la question des politiques publiques à mettre en place dans cet objectif. »

Avis d’exploitant : Julien Leroux, agriculteur à Eauze, Gers

« Nous créons nous-mêmes notre assurance »

« Une part importante de l’exploitation est consacrée à de la production de semences, pour lesquelles l’assurance récolte est obligatoire. Cela nous semble de toute façon nécessaire du fait des risques importants pour ces cultures. Pour les cultures conso, compte tenu des faibles marges et du coût de l’assurance récolte, nous prenons la décision de nous assurer au cas par cas. Nous réfléchissons à souscrire une assurance récolte notamment les années où nous avons une grosse sole de maïs non irrigué dans des terrains spécifiques ou plusieurs dizaines d’hectares de blé. Cela dépend aussi de ce que représente la culture dans le revenu. Cette année, nous n’assurons pas les dix hectares de blé et dix hectares de colza. L’assurance récolte n’est pas la réponse à tout. Nous créons nous-mêmes notre assurance en ayant sept ou huit cultures réparties sur des sites éloignés de plusieurs dizaines de kilomètres. La surspécialisation des exploitations est aujourd’hui l’une des grandes sources de risque. Il y a aussi des méthodes de prévention à mettre en place, comme d’appliquer le semis direct, les rotations adaptées et des couverts pour éviter le ravinement dans nos terres battantes. Depuis que nous sommes passés au semis direct pour la quasi-totalité de nos cultures conso, nous n’avons plus de problème d’érosion ni d’excès d’eau. »

130 ha de cultures porte-graines (maïs, tournesol, colza), 45 ha de maïs conso, 10 ha blé, 10 ha colza, féverole, 55 ha en arboriculture.
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