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Guerre au Moyen-Orient et prix des engrais : « Je suis couvert en engrais pour la campagne 2026, mais très inquiet pour la suivante »

Dans le contexte actuel de flambée des prix des engrais azotés, la très grande majorité des producteurs de grandes cultures indiquent avoir sécurisé leurs besoins pour la campagne 2026. Mais les premiers prix annoncés pour 2027 les inquiètent et certains envisagent de revoir leur stratégie de fertilisation pour la prochaine campagne.

<em class="placeholder">Julien Pionnier (Loir-et-Cher et Eure-et-Loir), Clément Savouré (Eure-et-Loir), Alain Deketele (Marne), Gianny Bonnouvrier (Charente-Maritime), Sophie Renaud (Charente-Maritime), Bastien ...</em>
Les producteurs de grandes cultures Julien Pionnier (Loir-et-Cher et Eure-et-Loir), Clément Savouré (Eure-et-Loir), Alain Deketele (Marne), Gianny Bonnouvrier (Charente-Maritime), Sophie Renaud (Charente-Maritime), et Bastien Dubois (Gironde), indiquent être couverts à 90 ou 100 % (cultures d'été) pour la campagne en cours.
© J. Pionnier, C. Savouré, A. Deketele, G. Bonnouvrier, S.Renaud, MC. Bidault

À la question " Êtes-vous couvert en engrais pour la campagne en cours ? ", la quasi totalité des agriculteurs interrogés ces derniers jours à l'occasion d'un tour de plaine a répondu par la positive. Les besoins des cultures d’hiver sont couverts, et ceux des cultures d’été le sont généralement aussi. Néanmoins, dans quelques situations, 10 à 15 % des besoins manquent, ce qui pourrait entraîner une révision à la baisse des surfaces de maïs, notamment.

Des besoins couverts pour la récolte 2026

« Tout était acheté en fin d’année 2025 et on s’est même couvert pour l’engrais organique que l’on épandra cet été pour la campagne 2027 », indique Clément Savouré, producteur de grandes cultures en Eure-et-Loir. Ce dernier explique qu’il fait ses commandes le plus souvent en mai-juin, en morte-saison : « Mon premier apport d’azote liquide m’a coûté un peu moins de 300 euros la tonne (€/t), le second, un peu moins de 360 €/t. Les troisième et quatrième en urée achetée en vrac, sont restés eux aussi à des prix raisonnables. »

La réponse est la même chez Julien Pionnier, céréalier dans le Loir-et-Cher et en Eure-et-Loir : « Nous sommes couverts à 100 % pour cette campagne. Les engrais achetés en mai 2025, l’ont été à 346 €/t pour le colza (24-0-0 + 18S), 475 €/t pour les céréales (21-13-00 + 14S) et autour de 330 €/l pour l’azote liquide. » Le discours est identique chez Alain Deketele, producteur de céréales et betteraves à sucre dans la Marne. « Mes besoins sont couverts depuis mai 2025. En règle générale, je prends toujours des positions pour le début de l’été », explique celui qui a payé son ammonitrate 33,5 à 380 €/t pour cette campagne, ce qui lui paraissait déjà élevé à l’époque. Dans la Meuse, Adrien Tabary est lui aussi presque entièrement couvert, mais a dû néanmoins acheter le reliquat qui lui manquait pour ses cultures de printemps (7 à 8 tonnes) à des prix « très élevés ».

En descendant vers le sud, les producteurs de tournesol et de maïs sont généralement aussi couverts en engrais. En Charente-Maritime, Gianny Bonnouvrier, céréalier sur 320 ha, est serein pour cette campagne, tout comme Sophie Renaud, installée sur 300 ha, qui indique avoir finalisé ses achats d’urée en décembre.

Mais en Gironde, Bastien Dubois, maïsiculteur et éleveur à Bazas, indique n’être couvert qu’à 85 % de ses besoins en urée (achat en décembre à 510 €/t). Il lui reste donc 10 tonnes d’engrais à trouver pour fertiliser toutes ses surfaces prévues en maïs waxy (une soixantaine d’hectares). Le contexte actuel l’incite à envisager une réduction des surfaces : « Nous allons peut-être nous en tenir à ce que pourquoi nous sommes déjà couverts. » L’exploitant qui a un contrat maïs waxy à 210 €/t (prix ferme sans prime), « va faire le calcul. » À ce contexte économique difficile s’ajoutent les conséquences d’un hiver très pluvieux dans la région, avec des conditions de semis des cultures de printemps qui seront peut-être difficiles, précise Bastien Dubois.

De grosses inquiétudes pour la campagne 2027

Certains agriculteurs scrutent déjà les premiers prix d’engrais qui sortent pour la récolte 2027. « L’azote liquide est à 450 €/t sur du réapprovisionnement. On regarde, on est attentif aux premiers prix. Si on trouve à 400 €/t, on commencera peut-être à acheter », indique Clément Savouré en Eure-et-Loir.

Alain Deketele a lui aussi jeté un œil sur ce que ses fournisseurs pouvaient lui proposer. « Je n’ai rien trouvé en ammonitrate 33,5 en vrac, mais j’en ai vu en big-bag à 550 €/t, ça calme les ardeurs. J’ai vu aussi de l’ammonitrate 27 à 430 €/t en vrac pour un camion complet, ça ne rassure pas. » Dans la situation actuelle, l’agriculteur se réjouit d’avoir des stocks pour les autres types d’engrais (S, P, K) : « En soufre, j’étais bien couvert pour la campagne 2026 et il m’en restait même un peu. J’ai réapprovisionné en prenant un camion complet. Je vais composer avec ça en 2027. » En phosphore et potasse, l’agriculteur est également couvert pour 2027 : « J’ai aussi du stocks car je travaille en localisé au semis. Je privilégie l’efficience et j’en utilise peu. »

D’autres n’ont pas encore regardé les prix pour 2027. Julien Pionnier est dans l’attente d’une évolution positive, « on a déjà du mal à payer nos factures », tout comme Gianny Bonnouvrier, ou Sophie Renaud qui s’inquiète : « A quel prix sera la solution 39, y aura-t-il du soufre de disponible au vu des régions du monde dans lequel il est produit et à quel prix ? »

Des stratégies pour acheter moins d’engrais

Alain Deketele s’inscrit dans une stratégie d’économie : « J’essaie d’optimiser 80 % du potentiel de mes sols. Je calcule mes achats d’intrants avec cet objectif. Si je mets habituellement 200 unités d’azote pour faire 100 q/ha de blé, je n’en mettrai que 170 pour faire 80 q/ha, et réduire mes charges. » L’agriculteur Marnais suit ce raisonnement pour « préserver » son exploitation, tout en soulignant que « cela ne fait pas pour autant du revenu », aux prix actuels des céréales. 

Dans La Meuse, Adrien Tabary est lui aussi dans une logique d'économie. « J'ai réduit les doses de 10 à 20 unités d'azote sur toutes mes cultures. J'ai mis en jachère les petites surfaces difficiles à cultiver. J'ai augmenté mes surfaces de protéagineux et remis du tournesol. » Et l'agriculteur envisage de repenser tout son système d'exploitation pour réduire fortement ses charges : « Je réfléchi à différentes options, passer en bio, faire des contrats de luzerne ou déléguer une partie du travail. » 

Clément Savouré se réjouit, lui, de disposer d’un outil de stockage efficient : « Nous avons la capacité de stocker de l’engrais solide et liquide, c’est une sécurité et cela nous apporte de la flexibilité pour acheter au meilleur prix. » L’agriculteur d’Eure-et-Loir va raisonner ses achats d’engrais en réalisant des simulations de coût de revient. « Si l’azote liquide est à 500 €/t et le blé tendre à 250 €/t, ça peut s’équilibrer. Il faudrait quasiment vendre des céréales au moment où on achète de l’azote. »

En Charente-Maritime, Gianny Bonnouvrier, indique être dans l’attente, « on va laisser passer la campagne », tout en soulignant qu’il est sur une rotation de 8 ans qui répond à une stratégie agronomique : « Mon assolement est fait pour 10 ans et ce n’est pas les cours des engrais qui me feront changer de cultures. Je vais regarder l'évolution du prix des céréales. Calculer mes coûts de production m'aidera peut-être à prendre des décisions quant aux achats d'engrais. » 

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