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Couvert d’interculture : des mélanges à base de légumineuses pour maximiser la restitution d’azote

Comment choisir et gérer son couvert pour que celui-ci restitue un maximum d’azote à la culture suivante ? Face au coût élevé des engrais azotés, l’implantation d’un couvert riche en légumineuses peut répondre en partie aux besoins de la culture.

<em class="placeholder">Mélange de fèverole et de vesce.</em>
Féverole et vesce font partie des légumineuses qui restituent le plus d'azote à la culture suivante.
© M.-C. Bidault

La fourniture d’azote par les couverts d’interculture dépend de la quantité présente dans leurs résidus et de la part ensuite disponible pour la culture suivante après leur destruction. Vincent Tomis, chef de projet chez Agro-Transfert Ressources et Territoires, indique que la quantité d’azote captée par le couvert va dépendre d’abord des espèces présentes. « Les plus intéressantes sont les légumineuses, car elles vont capter l’azote de l’air, entre 15 et 40 unités d’azote par tonne de matière sèche. » Elles sont peu dépendantes de l’azote restant dans le sol après récolte du précédent, contrairement aux espèces non légumineuses qui jouent surtout un rôle de piège à nitrates.

Sébastien Minette, coordinateur de projets à la chambre d’agriculture Nouvelle-Aquitaine, précise qu’il est intéressant de semer des mélanges riches en légumineuses associés à des non-légumineuses, plutôt que des légumineuses seules. D’après lui, « les mélanges qui sécurisent la production de biomasse sont plus résilients face aux aléas climatiques, aux adventices et aux attaques de ravageurs. » 

Idéalement, il est conseillé de semer des mélanges composés d’au minimum 3 à 4 espèces aux fonctions complémentaires, indique Simon Leroyer, agronome chez Axéréal. « On pourra mettre une crucifère à faible dose, une espèce type phacélie et une ou deux légumineuses, en proportion plus ou moins importante. Une plante comme la phacélie va indirectement stimuler la fonction fixatrice de l’azote de l’air des légumineuses en captant l’azote du sol. »

Beaucoup de légumineuses en cas de faible disponibilité du sol en azote

« Pour définir la proportion de légumineuses à prévoir dans le mélange, il est important d’estimer l’azote présent dans le sol à la récolte du précédent », indique Vincent Tomis. S’il reste beaucoup d’azote dans le sol, comme c’est le cas après un pois, un blé qui a fait un faible rendement ou des apports de matière organique, on limitera la quantité de légumineuses. « Les non-légumineuses trouveront suffisamment de quoi s’alimenter dans le sol et prendront le dessus sur les légumineuses », précise Vincent Tomis. A contrario, lorsqu’il y a peu d’azote disponible dans le sol, après un blé ayant fait un bon rendement ou peu fertilisé, il faudra charger le couvert en légumineuses.

Dans le contexte de prix élevés des engrais pour cette campagne 2026, certains agriculteurs auront choisi de limiter leur fertilisation. « La disponibilité en azote des sols est estimée, de façon générale, moyenne à faible pour les cultures à venir », avance Sébastien Minette. Dans ces situations, et en sol superficiel, Simon Leroyer préconise « entre 40 et 70 % de légumineuses dans le mélange ».

30 à 80 unités d’azote restituées avec des mélanges riches en légumineuses

Par la suite, la quantité d’azote restituée à la culture suivante va dépendre du rapport C/N (carbone sur azote) au moment de la destruction du couvert. Plus ce rapport est faible, plus les résidus se décomposent rapidement et libèrent de l’azote. À l’inverse, des résidus riches en carbone (C/N élevé) peuvent immobiliser une partie de l’azote pendant leur dégradation. Le pourcentage de l’azote restitué va varier de 15 % pour des C/N supérieurs de 25 à 45 % pour des C/N faibles entre 10 et 12, d’après Vincent Tomis.

D’une manière générale, plus le stade végétatif est avancé, plus ce rapport augmente, mais chez les légumineuses il va rester bas durant tout le cycle. Un mélange à dominante de légumineuses peut donc rester longtemps en place. « On peut espérer une restitution de 30 à 80 unités d’azote avec des mélanges riches en légumineuses », indique Sébastien Minette.

Positionner le couvert en fonction du contexte pédoclimatique

Pour accumuler le maximum de biomasse, on cherchera à semer le couvert le plus tôt possible. Les légumineuses sont globalement mal adaptées à des semis de juillet, car elles supportent mal des conditions sèches. Ainsi, dans beaucoup de situations, et notamment en sols argileux où un labour hivernal est souvent pratiqué, le couvert à base de légumineuses sera semé fin août – début septembre puis détruit en fin d’année. 

La minéralisation, qui est conditionnée par la température du sol, sera lente jusqu’au printemps, sauf si l’hiver est très doux et humide (risque de perte). « L’agriculteur choisira pour cette période de semis un mélange à base de vesce, velue ou commune, des légumineuses qui se développent rapidement et qui résistent mieux aux maladies que la féverole », précise Simon Leroyer.

Dans des conditions automnales sèches, sur des sols sableux et/ou à faible réserve utile, on va plutôt semer en novembre des mélanges à base de féverole (si la directive nitrate le permet dans la région), et on les détruira en sortie d’hiver, en février, mars, voire au-delà. La production de biomasse va augmenter avec les températures douces de sortie d’hiver, maximisant la quantité d’azote contenue dans les résidus, disponible ensuite rapidement pour la culture. Attention néanmoins aux couverts maintenus trop longtemps qui pourraient concurrencer la culture à venir en épuisant la réserve en eau du sol, précise Vincent Tomis.​​​​

Dans tous les cas, la minéralisation de la biomasse du couvert et son transfert vers la culture suivante dépendent fortement de l’aération, de l’activité biologique et de la structure du sol, qui conditionnent in fine la valorisation de l’azote restitué.

MERCI pour évaluer l’azote restitué

La méthode MERCI développée par la chambre régionale d’agriculture Nouvelle-Aquitaine permet d’évaluer l’azote restitué par un couvert et d’ajuster en conséquence la fertilisation de la culture. L’utilisateur peut réaliser soit une simulation des restitutions, soit utiliser ses données réelles (prélèvement et pesée de son couvert au champ peu avant sa destruction) qu’il saisira dans l’application en ligne.

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