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Céréale : comment réussir son orge de printemps en la semant à l’automne

Une orge de printemps semée à l’automne permet d’obtenir de bons rendements en esquivant le stress hydrique de fin de cycle. Mais il y a un risque (limité) de gel et des maladies plus présentes. Préconisations.

Il y a un risque de gel de l'épicotyle quand une orge lève tardivement en décembre à cause d'un semis trop tardif.
Il y a un risque de gel de l'épicotyle quand une orge lève tardivement en décembre à cause d'un semis trop tardif.
© Arvalis

Un rendement supérieur d’environ 15 % pour une orge de printemps semée à l’automne (OPsA) comparée à la même orge implantée au printemps : c’est le résultat que met en avant Arvalis dans les situations de sols superficiels. « En plaine de Dijon, des résultats montraient même un rendement de + 20 % avec la variété RGT Planet », mentionne Léa Bounhoure, d’Arvalis Bourgogne-Franche-Comté. Cette différence importante est davantage obtenue sur les sols superficiels où les risques de stress hydrique sont plus importants qu’en sols profonds. En arrivant plus tôt à maturité qu’une orge semée au printemps, la culture semée à l’automne est moins soumise à ce stress de fin de cycle.

La culture de l’OPsA n’est pas sans risque. Arvalis conseille un semis au cours de la première quinzaine de novembre. « Il ne faut pas semer trop tôt, car la plante risque d’arriver au stade épi 1 cm début février, à un moment où le risque de gel de l’épi est fort. Si le semis est trop tardif, il y a cette fois-ci un risque de gel du coléoptile avec des plantes trop petites en décembre », détaille Léa Bounhoure. Pour Élodie Joudelat, de la chambre d’agriculture de l’Yonne, il ne faut pas semer avant le 25 octobre et la période optimale se situe entre le 10 et le 15 novembre en Bourgogne.

La rhynchosporiose trouve un terrain favorable sur les OPSA

L’orge de printemps est sensible à des températures inférieures à – 10 °C au stade épi 1 cm. « Depuis une quinzaine d’années que la technique se développe, il n’y a jamais eu trop de problèmes de gel fort, remarque Émeric Courbet, de la chambre d’agriculture de Haute-Saône. En janvier 2024 cependant, nous avons eu ces températures inférieures à – 10 °C. Les orges de printemps auraient pu geler dans ces conditions, mais aucune n’avait été semée à l’automne à cause des intempéries. » Les orges de printemps brassicoles se limitent quasiment à une seule variété, RGT Planet, plébiscitée par les brasseurs. « Elle reste la référence. La variété Lauréat ressort bien aussi », cite Léa Bounhoure. Le risque de destruction par le gel demeure malgré le réchauffement climatique et les semis de printemps ont un intérêt agronomique, pour lutter contre les adventices en particulier.

Un semis trop précoce peut avoir une autre conséquence négative avec le risque de développement important de rhynchosporiose. « La variété RGT Planet, qui concerne l’essentiel des OPsA, est notée comme moyennement sensible quand elle est semée au printemps mais très sensible dès qu’on la sème à l’automne, davantage que les escourgeons », signale Élodie Joudelat. Émeric Courbet relate la campagne 2022-2023 « où il y a eu beaucoup de rhynchosporiose à cause de la climatologie de l’hiver 2023 avec parfois une maladie hors de contrôle pour les semis trop précoces. Il a fallu frapper très fort en termes de traitements fongicides. » En règle générale, deux applications fongicides suffisent contre les maladies, mais des agriculteurs ont été amenés à réaliser trois traitements, quand les conditions ont été très favorables à l’expression des pathogènes.

Des solutions de désherbage chimique limitées en OPSA

Concernant le désherbage, les solutions chimiques sont limitées en orges. « La priorité est de semer dans une parcelle saine, sans problème majeur de graminées, conseille Élodie Joudelat. Si un traitement est nécessaire à l’automne, il ne faut pas faire de mélange à cause du risque de phytotoxicité élevé sur les orges, mais utiliser un produit seul, comme Trooper à 2,5 l/ha. Attention : les herbicides sensibilisent les orges au froid, notamment le flufénacet. » Un désherbage de printemps peut suffire dans beaucoup de situations pour maîtriser le développement des mauvaises herbes. À noter que les semis effectués en novembre permettent d’esquiver une bonne part des levées de graminées adventices, ainsi que la transmission de la JNO par les pucerons, par rapport à des orges d’hiver semées plus tôt.

Adapter la densité de semis à la date d’implantation

Les conseillers agricoles incitent à ne pas trop investir à l’automne dans des traitements, dans le cas où il faudrait retourner les orges à cause d’un gel. Le recours aux semences de ferme répond à cette logique économique, « pour ne pas trop mettre d’argent dans les semences », conseille Émeric Courbet.

Le nombre d’épis au mètre carré est une composante majeure du rendement sur les orges de printemps, davantage que le PMG, d’où l’importance de semer à une densité adéquate. Léa Bounhoure conseille des doses de 300 à 350 grains par m2 en plaine, et 380 à 400 grains par m2 en zone de plateau en Bourgogne-Franche-Comté. « Plus on sème tard, plus il faut densifier jusqu’à 380 grains par m2 en plaine et 450 grains par m2 en plateau. » Elle ajoute : « La fertilisation azotée se conduit comme celle d’une orge d’hiver avec un fractionnement en deux apports en sortie d’hiver, à tallage et épi 1 cm. Un pilotage d’un troisième apport peut être intéressant, avec l’outil N-Tester. »

L’orge de printemps brassicole, par ses qualités, est mieux rémunérée que l’orge d’hiver brassicole. Mais compte tenu du risque de gel qui demeure, Arvalis ne souhaite pas voir se généraliser la pratique de l’OPsA pour les orges de printemps.

La rhynchosporiose a tendance à se développer fortement sur les orges de printemps semées à l'automne.
La rhynchosporiose a tendance à se développer fortement sur les orges de printemps semées à l'automne. © Arvalis

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