Blé équitable : « En Vendée, notre contrat Agri-Éthique apporte une sécurité au revenu de l’exploitation »
À Pouillé, en Vendée, Antoine et Xavier Martin ont choisi de commercialiser une partie de leur blé tendre sous contrat Agri-Éthique. Ce débouché en commerce équitable français leur garantit une rémunération davantage liée aux coûts de production qu’aux fluctuations des marchés.
À Pouillé, en Vendée, Antoine et Xavier Martin ont choisi de commercialiser une partie de leur blé tendre sous contrat Agri-Éthique. Ce débouché en commerce équitable français leur garantit une rémunération davantage liée aux coûts de production qu’aux fluctuations des marchés.
C’est un petit volume dans leur production, mais il apporte à Antoine Martin un revenu régulier et sécurisé. Depuis 2024, lui et son père Xavier, agriculteurs installés en Gaec à Pouillé, en Vendée, commercialisent 75 tonnes de blé tendre à la Cavac via un contrat Agri-Éthique, premier label français de commerce équitable. Cela représente environ 10 % de la production annuelle de l’exploitation de 240 ha (95 de blé tendre, 60 de tournesol, 30 de maïs irrigué, 30 de colza, 5 de féverole, 300 tonnes de stockage en copropriété). Le reste du blé est majoritairement autoconsommé par l’élevage porcin familial, qui produit 3 700 porcs par an.
Fournir de la farine équitable à la meunerie et à la boulangerie
La coopérative vendéenne Cavac propose ce type de contrats à ses adhérents dans plusieurs filières. Le blé tendre a été la première production concernée dans l’objectif de répondre aux besoins des industriels de la boulangerie. Le premier contrat Agri-Éthique dans la filière blé-farine-pain a été signé en juillet 2013, année de lancement de la démarche.
« Pour que le label fonctionne, nous avons besoin d’un engagement des marques sur des volumes significatifs », explique Ludovic Brindejonc, directeur général d’Agri-Éthique. Des entreprises comme La Boulangère, et plus récemment La fournée dorée, ont ainsi intégré des matières premières issues de filières équitables françaises dans une partie de leurs approvisionnements.
Une rémunération découplée des marchés
L’ambition d’Agri-Éthique est de garantir aux agriculteurs une rémunération construite à partir de leurs coûts de production. « Notre prix payé est décorrélé du prix du blé », explique Antoine Martin. Pour Ludovic Brindejonc, ce système constitue un moyen efficace de s’affranchir de la volatilité des marchés agricoles. Les contrats Agri-Éthique reposent sur un engagement pluriannuel d’au moins trois ans et sur un prix négocié en amont entre les différents acteurs de la filière (groupement d’agriculteurs, coopérative et industriels).
Même si le contrat est pluriannuel, le prix versé aux producteurs peut être révisé chaque année afin de tenir compte de l’évolution des coûts de production. « L’agriculteur ne subit pas les baisses de prix lorsque le marché s’effondre, mais sa rémunération ne suit pas non plus les hausses lorsque les cours flambent », souligne Ludovic Brindejonc.
En 2025, chez les Martin, le blé destiné à la filière commerce équitable a bénéficié d’un prix de base de 190 €/t auquel s’est ajoutée une prime de 20 €/t, soit une rémunération totale de 210 €/t (contre 180 €/t pour le prix de vente moyen du blé en France en 2025 d’après FranceAgriMer). Cerise sur le gâteau, l’année a également été favorable sur le plan agronomique : le rendement moyen a atteint 90 q/ha, contre 75 q/ha en moyenne quinquennale.
Le cahier des charges n’impose pas de pratiques culturales particulières. Le contrat porte avant tout sur un volume à livrer, quel que soit l’état du marché.
Un prix construit collectivement
Agri-Éthique ne fixe pas directement le prix des matières premières. Le label fournit un cadre de dialogue entre les producteurs, les coopératives, les transformateurs et les marques. « C’est un outil qui sécurise la contractualisation dans la durée. L’objectif est d’aboutir à un prix cohérent avec les réalités économiques d’une filière sur un territoire donné. Il n’existe donc pas de prix national unique », précise Ludovic Brindejonc.
Le responsable rappelle toutefois qu’un équilibre doit être trouvé afin de préserver la compétitivité des entreprises agroalimentaires et l’accessibilité des produits pour les consommateurs.
Cumul possible avec d’autres démarches qualité
Les producteurs engagés dans Agri-Éthique participent souvent à d’autres filières à valeur ajoutée. Antoine et Xavier Martin ont ainsi contractualisé 25 hectares de blé sous démarche CRC (Culture raisonnée contrôlée), leur permettant de bénéficier d’une valorisation supplémentaire de 20 €/t.
« Environ 20 % des producteurs engagés dans Agri-Éthique sont également en agriculture biologique », ajoute Ludovic Brindejonc. Satisfaits de leur contrat, les Martins envisagent d’augmenter leur tonnage contractualisé pour sécuriser l’exploitation dans un secteur de zones intermédiaires où les rendements sont aléatoires.
Cavac, partenaire historique d’Agri-Éthique
La coopérative vendéenne Cavac est à l’origine de la création du label Agri-Éthique en 2013 avec un premier contrat signé dans la filière blé-farine-pain. Depuis, la démarche s’est étendue à de nombreuses productions : orge brassicole, œufs, miel, porc, produits laitiers ou encore légumes secs. D’autres coopératives ont rejoint l’initiative, parmi lesquelles Eureden, Cérésia et Agribio Union.
Le commerce équitable français poursuit sa progression
Selon l’Observatoire du commerce équitable publié en juin 2026, les ventes de produits équitables ont atteint 3,27 milliards d’euros en 2025, en hausse de 23 % sur un an. Pour la première fois, les produits équitables issus de l’agriculture française (1,64 milliard d’euros) dépassent légèrement les produits tropicaux (1,63 milliard d’euros).
Le commerce équitable d’origine France bénéficie désormais à environ 13 000 agriculteurs regroupés dans quelque 120 organisations de producteurs.
Concernant Agri-Éthique, le label revendique 70 % des ventes du commerce équitable français et plus de 1 000 produits référencés pour un montant totale de vente de 1,2 milliard d’euros.